Temps réel : quand le paiement devient instantané

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

Introduction

Temps réel : quand le paiement devient instantané

Dans un monde digitalisé, il devient de plus en plus difficile pour un client d’accepter qu’un virement mette plusieurs jours à arriver sur son compte. Consciente que le temps réel est devenu inéluctable pour bien des opérations bancaires, l’industrie européenne s’organise. L’instant payment verra le jour en novembre prochain. Un premier pas vers le temps réel généralisé ?

Temps réel et paiement instantané

Suivre la livraison de son colis Amazon, localiser son chauffeur Uber en approche, connaître le prochain passage de son bus RATP, assister à un événement à l’autre bout du monde via Periscope… autant d’actes de la vie quotidienne qui ont en commun d’être en temps réel. Comme le souligne Alex Manson, banquier chez Standard Chartered basé à Singapour, nous sommes dans une « recherche de la satisfaction immédiate : on voit un produit et on veut immédiatement avoir plus d’informations, l’acheter, le payer et le recevoir ». Problème : l’acte de paiement et les services bancaires d’une manière générale sont encore loin d’être tous instantanés.

Si un certain nombre de marchés émergents et quelques pays développés (Royaume-Uni, Suède…) se sont emparés depuis plusieurs années du sujet du temps réel dans les paiements, l’Europe continentale reste à la traîne. Pour combler son retard, l’industrie s’apprête à lancer un nouveau moyen de paiement SEPA : le virement instantané ou SCT Inst. L’EPC [1], les banques, les chambres de compensation et la BCE travaillent à la « tuyauterie », qui doit être en place en novembre 2017. Mais les offres commerciales pourraient tarder.

Pas facile en effet de positionner ce virement, effectif en 10 secondes, dans le paysage des paiements nationaux. Selon une étude du CNPS [2] français, 38,5 % des entreprises seraient intéressées par cet instrument, en particulier les plus grandes. Que viendrait-il remplacer ? Indéniablement, le cash – dans un souci permanent des institutions de dématérialiser les flux – et le chèque – explicitement ciblé par le CNPS – mais aussi potentiellement la carte. L’EPC explique son choix de privilégier le virement comme support à l’instant payment par un souci de rapidité de mise en œuvre. Mais en filigrane, c’est aussi pour l’Europe une chance de s’affranchir du poids des schemes cartes américains, Mastercard et Visa en particulier. Une vision nuancée par Christophe Van Cauwenberghe chez Société Générale : « Tout dépendra du coût du service : le paiement instantané ne sera intéressant que s’il se révèle compétitif par rapport à la carte, dont les commissions d’interchange ont déjà beaucoup baissé. La mise à disposition instantanée des fonds au commerçant justifiera-t-elle le prix facturé ? Telle est la question. »

La FinTech à l’affût

Il faudra aussi compter avec les nouveaux acteurs du secteur des paiements, dont les ambitions seront rendues possibles par la DSP2 dès janvier 2018. On pourrait ainsi imaginer un cas d’usage où le commerçant collecterait l’IBAN de ses clients les plus fidèles et leur proposerait de payer directement à partir de l’application qu’il met à leur disposition. Le commerçant utiliserait pour cela les services d’un tiers de paiement. « Les banques ne seront pas capables de créer une interface véritablement ergonomique pour le client et le service restera très “bank centric”, prédit un de ces tiers de paiement. Il faudra des FinTech autorisées par la DSP 2 à faire de l’initiation de paiement, pour fournir aux commerçants ce type d’applications d’instant payment. »

L’air du temps semble donc être à l’instantanéité et les néobanques qui émergent, à l’instar du Compte Nickel, ne s’y sont pas trompées : elles ont misé dès le départ sur des systèmes d’information capables de gérer le temps réel, y compris pour la tenue de solde. C’est l’une des raisons qui ont poussé BNP Paribas à faire l’acquisition de la banque des buralistes début avril. Au-delà du SCT Inst européen, c’est donc bien l’ensemble de l’activité financière qui migre, bon gré mal gré, vers le temps réel. Jusqu’au jour où les crédits eux aussi seront octroyés en temps réel comme c’est déjà le cas dans certaines parties du monde [3] ?

 

 

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

[1] European Payments Council.

[2] Comité national des paiements scripturaux.

[3] Lire à ce sujet les dossiers « Innovation financière : l’effervescence des pays émergents » (Revue Banque n° 798) et « L’Afrique, laboratoire du digital » (Banque et Stratégie n° 349).

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