Néobanque

« Interdire le découvert nécessite de tenir le solde en temps réel »

Créé le

06.04.2017

-

Mis à jour le

27.04.2017

Le temps réel est un des arguments mis en avant par le Compte Nickel, qui a conquis en trois ans plus de 500 000 clients. Quelles sont les spécificités du système mis en place par cet établissement de paiement né de la DSP 1 par rapport à celui des banques traditionnelles comme BNP Paribas, qui a mis la main sur la néobanque début avril ?

En quoi le Compte Nickel diffère-t-il d’un compte de paiement chez les acteurs bancaires historiques en matière de temps réel ?

Nous avons conçu le Compte Nickel comme un compte simple se rapprochant le plus possible du porte-monnaie physique, donc sans découvert autorisé. Interdire le découvert semble simple en théorie mais nécessite, en pratique, que le solde du compte soit tenu en temps réel. Les banques traditionnelles, elles, tiennent un solde comptable qui n’est pas en temps réel. Notre système d’information est récent et nous utilisons des technologies plus modernes : nous avons donc la capacité de gérer la comptabilité des soldes en temps réel.

Concrètement, qu’est-ce cela change dans le cas d’un paiement par carte ?

Dans 70 % des cas, la transaction carte est offline, c’est-à-dire directement gérée par le terminal et la puce. Dans le reste des cas, elle transite par un prestataire de processing. Traditionnellement, c’est lui qui valide la transaction, pour le compte de la banque, en fonction des données dont il dispose. Mais le solde utilisé pour cette validation ne prend pas en compte d’autres transactions qui peuvent être réalisées dans la même journée, par exemple un virement sortant. Le prestataire de processing n’aura pas la connaissance de ce virement et un découvert sera techniquement possible. Pour s’assurer que cela ne puisse pas être le cas, nous avons demandé à notre prestataire de router l’ensemble des transactions réalisées par nos clients directement sur notre SI. Dès le premier centime, c’est nous qui prenons la décision d’accepter ou de refuser le paiement, sur la base d’informations en temps réel.

Votre statut d’établissement de paiement ne vous impose-t-il pas, de facto, le temps réel ?

Il nous interdit le découvert. Nous avons fait le choix de le rendre techniquement impossible.

Reste-t-il des transactions qui ne sont pas encore en temps réel ?

C’est le cas des virements SEPA interbancaires. Lorsqu’il s’agit d’un virement sortant, nous comptabilisons la transaction en temps réel – le client est donc débité instantanément – mais le compte du bénéficiaire ne sera, lui, crédité qu’après un délai car la transaction suit le circuit SEPA traditionnel. Elle est traitée en mode « batch », c’est-à-dire par fichiers regroupant un lot de virements sur des cycles horaires. S’il s’agit d’un virement entrant, nous créditons le compte lorsque nous recevons le fichier, moyennant un délai de 15 à 30 minutes pour réaliser les vérifications liées à la lutte anti blanchiment. C’est assez standard.

Qu’en est-il des virements entre deux Comptes Nickel ?

La transaction n’utilise alors pas le circuit interbancaire et le débit comme le crédit sont en temps réel. Nos clients l’ont d’ailleurs bien compris et utilisent les virements entre eux à la place du cash, comme le montre la volumétrie importante de virements de faibles montants unitaires entre Comptes Nickel.

Dans ce contexte, qu’attendez-vous du virement instantané (SCTInst) qui sera lancé en zone SEPA à partir de novembre ?

L’instant payment a été conçu pour fonctionner en quasi-temps réel, puisque les fonds doivent être disponibles sur le compte du bénéficiaire interbancaire dans un délai de 10 à 20 secondes. C’est la brique qui manque à notre dispositif de compte en temps réel et elle est très intéressante pour nous.

Comment prévoyez-vous de l’utiliser ?

Tout dépend du modèle économique mis en place par la Place. Si le coût d’un instant payment était comparable à celui d’un virement SEPA traditionnel, nous pourrions le proposer nativement et gratuitement à nos clients : tout virement vers un bénéficiaire externe serait alors instantané. S’il y a un surcoût, il faudrait étudier les options possibles. Je n’ai pour l’instant aucune visibilité sur ce point.

Est-il important, selon vous, que la BCE mette en place un système de règlement en monnaie banque centrale spécifique aux paiements instantanés (projet TIPS) ?

Cela me semble indispensable pour éviter toute perte de confiance potentielle entre les acteurs de la chaîne de paiement et les décalages comptables qu’un règlement le lendemain entraînerait.

Le temps réel implique-t-il un risque opérationnel accru ?

Oui, clairement. Chaque opération réalisée par le client sollicite le SI. Notre croissance forte met d’ailleurs sous pression notre architecture informatique, notamment lors des pics de début de mois. Nous sommes en train de la refondre pour améliorer la qualité de notre service. Le temps réel a donc un coût et exige beaucoup plus de rigueur dans la sollicitation des SI.

Comment concilier les obligations liées à la conformité réglementaire et la lutte contre la fraude avec le temps réel ?

Tout dépend de la qualité des algorithmes utilisés pour l’analyse des flux atypiques. Ce premier filtre est en temps réel. Nous avons en interne une équipe de Data Scientists qui les développe, sur la base d’analyses comportementales. L’objectif est que ces algorithmes soient capables de détecter une transaction anormale, de la bloquer et de la placer sous le contrôle du service fraude qui mènera une analyse plus poussée.

La DSP 2 va entrer en vigueur en janvier 2018. En quoi pourrait-elle vous impacter ?

Nous sommes déjà conformes à la logique d’open bank qui sous-tend la DSP 2, car nous avons conçu dès le début notre plate-forme en API ouvertes : des développeurs et des sociétés tierces pourront concevoir des services pour nos clients. Nous n’avons pas la vocation de créer toutes les briques de services financiers par nous-mêmes. Nous n’avons pas la science infuse !

Comment l’instant payment pourrait-il s’articuler avec la directive et notamment les nouveaux tiers de paiement qu’elle crée : les initiateurs ?

La DSP 2 permet à de nouveaux acteurs, non teneurs de compte, d’être à l’origine de virements : l’instant payment donnera plus de valeur ajoutée à leur offre. Cela peut s’apparenter à une menace pour les établissements bancaires traditionnels mais c’est surtout le moyen de générer de l’innovation dans un secteur qui était un peu au ralenti. Nous voyons ces nouveaux acteurs – dont nous faisons un peu partie, bien que nous soyons plus anciens – d’un œil favorable.

Pourriez-vous devenir initiateur vous-même ?

Pourquoi pas mais cela ne fait pas partie de nos ambitions à court terme.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº808