Covid-19, accélérateur de tendances

ovid-19 : accélérateur de tendances

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°860

Covid-19 : accélérateur de tendances

Se lancer dans un dossier sur les conséquences de la crise du Covid est un exercice à haut risque. L’équipe de Revue Banque a décidé de le gérer, preuve que leur maîtrise est une faculté commune à bien des professions. Notre ambition : ne pas tomber dans les travers du prisme déformant de la dernière information disponible ou du risque de jouer les Madame Irma.

Pour bâtir ce dossier, nous sommes partis d’une idée simple. Notre monde est en perpétuelle évolution : les tendances naissent, se développent, s’amplifient. Amorçage, capital développement… dirait-on dans le monde des business angels. Partir d’un powerpoint de quelques pages sur l’idée d’un visionnaire talentueux eût été trop périlleux. Notre dossier est donc intitulé « Covid-19 : accélérateur de tendances ». Des réflexions sur des mouvements préexistants, mais amplifiés par la crise sanitaire.

Retour en arrière, le 23 juin 2020 exactement : moins de trois mois après le premier confinement, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) publie un état des lieux sur les pertes d’exploitation. Sur 93 % des contrats, elles ne sont pas couvertes, alors que 3 % des assurés sont en droit d’activer leur police. Pour le solde (4 %), la question demeure, en raison de formulations contractuelles peu claires.

Une crise différente

La crise sanitaire se distingue de la crise de 2008 sur plusieurs points. D’abord, elle nous a tous affectés, non seulement dans notre vie professionnelle, mais également dans notre vie personnelle – Lehmann Brothers ne nous avait pas empêchés d’aller au restaurant. Ensuite, l’épicentre médiatique s’est déplacé. En 2008, les banquiers étaient au cœur du cyclone ; cette fois, ce furent les assureurs. D’où l’empressement de l’ACPR à éteindre le feu.

L’assurance devait être notre point d’entrée. Avec cette question de la montée en puissance des risques non assurables, car non mutualisables. C’est à Thierry Derez, le président de Covea, que nous avons confié la mission d’y réfléchir. Sa réponse est à la fois technique et commerciale. Car la croissance des coûts pour les clients pourrait provoquer un phénomène de matière assurable non assurée.

Ne soyons pas dupes. L’épisode « pertes d’exploitation » a aussi été le reflet d’une bataille commerciale majeure. À la clef, le débat des parts de marché sur l’assurance entreprises. La bancassurance française s’est imposée sur le marché du particulier. Jusqu’où peut-elle transposer la méthode dans le monde de l’entreprise ? Emmanuelle Serre a fait toute sa carrière chez Allianz avant de rejoindre, en mai 2019, le poste nouvellement créé de directrice du marché des entreprises et des professionnels de Pacifica. Elle nous apporte son regard sur ce sujet et donne les raisons de la montée en puissance du Crédit Agricole sur l’assurance dommages entreprises.

L’ampleur des endettements contraint la BCE à rester accommodante

Contrairement à 2008, la dernière crise n’a pas engendré un problème massif de financement. Tout au plus donne-t-elle de la visibilité à la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). L’ampleur des endettements contraint la BCE à rester durablement accommodante. Nous nous sommes interrogés sur l’impact de cette démarche, des deux côtés de la barrière. Avec Sébastien Raspiller, le chef du service Financement de l’économie à la direction générale du Trésor, il s’agit de réfléchir à l’équilibre entre dette et fonds propres dans cet environnement à taux zéro. Des fonds propres peut-être, mais est-ce bien là la volonté des entreprises à financer ?

De l’autre côté de la barrière, se trouvent évidemment les épargnants. Et des dépôts à vue qui ne cessent de gonfler. Pour notre expert Alain Tourdjman, créateur de BPCE L’Observatoire, la France est plutôt mieux lotie à cet égard que ses voisins européens, où l’engouement pour le cash est plus marqué encore. En revanche, ici comme ailleurs, la tentation est grande d’accroître structurellement l’effort d’épargne. Et de modifier l’allocation entre les différents placements. Le secteur bancaire peut se réjouir sur un point : la crise n’a en rien changé l’appétence de nos compatriotes pour le crédit immobilier.

 

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