Cet article appartient au dossier : Rétrospective 2015 - Banque, Finance, Assurance.

Rétrospective 2015

Entreprises sociales : financer autrement

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°791

Numéro double 791-792 : Rétrospective 2015 - Prospective 2016

Donner du sens. Tel est le leitmotiv qui revient dans la bouche des salariés, des épargnants ou encore des entrepreneurs. Et pourquoi pas des banquiers eux-mêmes ? Longtemps cantonné à des établissements « génétiquement » proches comme le Crédit Coopératif ou la Nef, le financement de l'économie sociale et solidaire (ESS) commence à intéresser les maisons de la finance plus traditionnelle. BNP Paribas a ainsi lancé son réseau de 50 référents Entrepreneuriat social et adapté ses grilles d'analyse à ces structures où l'impact social est aussi important que le résultat financier, voire plus. Aviva a investi 20 millions d'euros au capital de plusieurs start-up de l'ESS, cherchant dans ces investissements du sens bien sûr, mais aussi de la diversification et un rendement supérieur aux taux historiquement bas sur les marchés traditionnels. Mirova, la filiale de Natixis AM spécialisée sur l'investissement responsable, gère quant à elle, près de 5 milliards d'euros, notamment au travers des fonds dits 90-10 de l'épargne salariale, dont 5 à 10 % vont aux entreprises sociales. Bpifrance a par ailleurs adapté son offre de financement, élargissant son concept d'innovation aux projets d'innovation sociale. Les plates-formes de crowdfunding ne sont pas en reste et certaines se sont spécialisées sur l'ESS, comme Hellomerci, Arizuka, Spear ou 1001Pact…

La loi ESS de juillet 2014 est peu à peu entrée en vigueur en 2015. Elle élargit notamment la définition d'une entreprise sociale afin d'inclure des structures de capital privé mais visant un but social dans la grande famille formée par les coopératives, associations et autres mutuelles [1]. Elle a aussi créé ou dépoussiéré certains outils de financement (titres associatifs, certificats mutualistes, SCOP d'amorçage…) et d'autres pourraient encore voir le jour comme les titres à impact social (lire encadré). Elle a surtout permis de mettre un coup de projecteur sur ce secteur en mutation et aux interlocuteurs – notamment banquiers et structures de l'ESS – de se forger un vocabulaire commun.

Les besoins de financement vont croissant, du fait du désengagement de la puissance publique sous pression budgétaire. Parallèlement, les épargnants cherchent de plus en plus à orienter leurs bas de laine vers des projets socialement « utiles ». Restent aux acteurs financiers à s'adapter pour jouer au mieux le rôle d'intermédiaire, comme ils le font pour l'économie traditionnelle.

 

 

Ils ont dit

Une rentabilité prudente et non spéculative

« Le monde de la finance n’est pas l’ennemi de l’ESS ! Après avoir été longtemps timorés vis-à-vis du secteur de l’ESS, qu’ils regardaient comme vivant essentiellement de subventions et de commandes publiques par nature volatiles, ces acteurs de la finance traditionnelle s’y intéressent aujourd’hui de plus en plus. C’est plutôt une bonne nouvelle, car l’ESS a vocation à irriguer l’ensemble de l’activité économique et sociale du pays, avec ses valeurs propres et son modèle de gouvernance. Et les besoins financiers, notamment en fonds propres, sont immenses si nous voulons réussir le changement d’échelle. […] [Les banques] s’aperçoivent que le secteur de l’ESS adopte de plus en plus les stratégies de gestion et les instruments financiers qu’utilise tout acteur du secteur marchand traditionnel. Les mots “bilan”, “gestion”, “rentabilité” font leur apparition dans le vocabulaire des acteurs de l’ESS, qui les combinent avec les logiques d’intérêt général. C’est une rentabilité prudente et non spéculative qui est recherchée. Et des groupes comme Vitamine T, de la taille d’une ETI, qui ont de bons fondamentaux économiques, les intéressent. […] Pour la finance traditionnelle, ce mouvement vers l’ESS répond aussi à une volonté d’éthique – que je crois de plus en plus sincère, après la crise financière qui a ravagé notre économie et provoqué les dégâts que l’on sait. Elle s’ouvre à cette nouvelle façon d’entreprendre qui est amenée à se développer fortement, notamment chez les jeunes générations de dirigeants, dynamique qui va s’accélérer avec la raréfaction de l’argent public et le changement de culture des acteurs eux-mêmes. »

André Dupon, président exécutif, Vitamine T, président, Mouves, Banque et Stratégie n° 334, mars 2015, p. 5.

 

Rentable, responsable et à long terme

« [La création d'Aviva Impact Investing France] répond tout d’abord à notre volonté d’exercer notre métier de façon responsable. La promotion de comportements responsables est tout à fait dans la logique du métier d’assureur. C’est le cas dans notre activité d’assurance dommage et nous voulons qu’il en soit de même à travers nos investissements. Il s’agit aussi d’une conviction profonde : celle que l’impact investing est en train de devenir une classe d’actifs à part entière, rentable et responsable. Dans l’environnement de taux bas que nous connaissons, il y a un réel besoin de diversifier nos investissements en utilisant ce que peut apporter un bilan d’assureur : une vision de long terme. Notre passif de maturité longue et l’impact investing, qui ne se conçoit que sur une durée d’investissement suffisamment longue elle aussi, sont donc compatibles. »

Philippe Gravier, directeur général délégué, et Philippe Taffin, directeur des investissements, Aviva France, Banque et Stratégie n° 334, mars 2015, p. 8.

 

Ne pas s'attacher au statut juridique

« L’entrepreneuriat social est un sous-ensemble de l’économie sociale et solidaire, qui comprend aussi toutes les associations, fondations et ONG, acteurs que nous servons à travers nos centres d’affaires Associations. La définition que nous avons retenue ne s’attache pas à la notion de statut juridique. Le prérequis est que la structure soit viable économiquement, mais le critère primordial est que la finalité sociale soit supérieure ou égale à la finalité économique. Dans notre analyse, nous allons plus prêter attention à la pérennité des revenus qu’à la rentabilité. Nous exigeons aussi que 40 % du produit d’exploitation soit généré de façon récurrente par la production de biens et de services ; ce critère exclut donc les organismes fonctionnant uniquement à partir de subventions comme l’humanitaire, ou acquittant une délégation de service public comme les hôpitaux ou les crèches. […] Nous demandons par ailleurs qu’au moins la moitié des bénéfices soient réinvestis dans le projet social, ce qui exclut du périmètre, par exemple, l’environnement lorsqu’il est à but exclusivement lucratif. […] Sur la dimension crédit, nous sommes sollicités par des entreprises sociales aux profils très variés dont parfois même des entreprises sociales qui s’ignorent… Le rôle de notre réseau est prospecter, d’identifier les ES et de s’assurer que tout entrepreneur social qui pousse notre porte reçoive une réponse, qu’elle soit fournie à l’intérieur du groupe ou non. Quand on met en place une organisation comme la nôtre, ce n’est pas une démarche opportuniste, c’est un engagement de long terme. Nous croyons en ce marché, même si, pour le moment, il est encore petit. »

Laurence Pessez, déléguée à la responsabilité sociale et environnementale, BNP Paribas, Revue Banque n° 782, mars 2015, p. 31.

 

[1] Voir en particulier les décrets n° 2015-719 du 23 juin 2015 (agrément « entreprise solidaire d'utilité sociale ») et n° 2015-858 du 13 juillet 2015 (statuts d'une entreprise commerciale pour entrer dans le champ de l'ESS).

 

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