Pourquoi avoir décidé d’investir dans les entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS) à travers votre fonds Aviva Impact Investing France ?
Philippe Gravier. Cela répond tout d’abord à notre volonté d’exercer notre métier de façon responsable. La promotion de comportements responsables est tout à fait dans la logique du métier d’assureur. C’est le cas dans notre activité d’assurance dommage et nous voulons qu’il en soit de même à travers nos investissements. Il s’agit aussi d’une conviction profonde : celle que l’impact investing est en train de devenir une classe d’actifs à part entière, rentable et responsable. Dans l’environnement de taux bas que nous connaissons, il y a un réel besoin de diversifier nos investissements en utilisant ce que peut apporter un bilan d’assureur : une vision de long terme. Notre passif de maturité longue et l’impact investing, qui ne se conçoit que sur une durée d’investissement suffisamment longue elle aussi, sont donc compatibles.
Vous retrouvez-vous dans le terme de capital patient ?
P.G. C’est effectivement du capital patient, responsable mais également rentable.
Quel niveau de rentabilité financière attendez-vous ?
Philippe Taffin. L’impact investing doit s’inscrire dans une logique de rentabilité sociale claire et nous ne transigeons pas sur cela. Mais il doit aussi dégager une rentabilité financière, avec un taux de rentabilité interne de l’investissement de l’ordre de 3 à 5 %. Certains vont être dans cette fourchette comme
Quelle sortie avez-vous prévu pour ces investissements ?
P.G. Nous venons de réaliser ces investissements. Il n’est donc pas encore question de sortie. Nous nous poserons la question le moment venu, soit dans 5 à 7 ans. Nous sommes en tout cas là pour accompagner l’entreprise. Il ne s’agit pas de faire un « coup » financier. Aviva s’est engagé l’an dernier sur une enveloppe de 10 millions d’euros et vient de doubler cette participation : nous sommes bien dans une démarche de long terme. Si les entreprises que nous finançons aujourd’hui poursuivent leur développement, il n’y a aucune raison que nous ne continuions pas, nous aussi, de les accompagner.
Pour réaliser ces investissements, vous avez noué un partenariat avec le Comptoir de l’innovation. Pourquoi ?
P.G. Le marché de l’économie sociale et solidaire est morcelé et hétérogène. Or la clé, pour ce type d’investissement, est de parvenir à « sourcer » les bonnes opérations. C’est l’expertise que viennent nous apporter le Comptoir de l’innovation et le groupe SOS auquel il appartient.
Comment se partage la prise de décision ?
P.T. Les opportunités d’investissement nous parviennent par les réseaux, internes et externes, du groupe SOS. Le Comptoir de l’innovation réalise une première analyse des dossiers et les transmet au comité d’orientation sociale. Ce dernier va juger du caractère social et solidaire du projet sur la base d’une analyse multicritère. Puis les projets retenus passent en comité d’investissement, composé de représentants du Comptoir de l’innovation, du groupe SOS et d’Aviva. Ce comité d’investissement est présidé par une personnalité reconnue du secteur, qui a beaucoup contribué à la professionnalisation de l’investissement socialement responsable : Thierry
Quels types de critères sociaux sont étudiés ?
P.T. Ils concernent bien entendu les éléments liés à son activité, l’aide aux chômeurs de longue durée par exemple. Son engagement doit être inscrit dans son ADN, à travers des chartes, une histoire… Mais il s’agit également de s’assurer que, dans sa gestion quotidienne aussi, l’entreprise est responsable.
D’où viennent les fonds investis ?
P.T. Ce sont les actifs du fonds général d’Aviva Vie en France. Il ne s’agit pas d’unités de compte.
Réfléchissez-vous à la création d’un contrat d’assurance vie solidaire ?
P.G. On peut imaginer que les clients souhaitent investir dans l’ESS à travers l’assurance vie comme ils le font notamment via l’épargne salariale. Mais on peut aussi s’interroger sur le niveau de risque que cela leur ferait porter, sachant que l’impact investing est un investissement en capital et quasi capital. A-t-il sa place dans un produit grand public ? C’est une question sur laquelle nous réfléchissons actuellement. La réponse n’est pas encore tranchée.
Communiquez-vous auprès de vos clients sur ce choix d’investir dans l’ESS ?
P.T. Nous cherchons toujours à expliquer à nos clients nos principaux investissements de manière pédagogique. Il n’est pas certain que nous développions une information spécifique sur celui-ci en particulier. En revanche, nous avons sensibilisé nos réseaux au sujet. Ils sont ancrés dans les terroirs et sont très proches des entreprises et des professionnels. Or nous avons mis en place une plate-forme permettant à tout entrepreneur social à la recherche d’un financement de s’adresser à Aviva par ce canal. À travers le réseau, nous pouvons démultiplier l’effet de notre démarche.
Comment est traité ce type d’investissement sous Solvabilité 2 ?
P.G. Nous investissons en acquérant des actions non cotées, des obligations convertibles ou des titres participatifs. Nos engagements sont donc logiquement assimilés à la catégorie des quasi-fonds propres, soit un facteur de stress autour de 40 % et une consommation de capital élevée. Je ne suis pas certain que le traitement sous Solvabilité 2 soit toutefois d’une importance majeure. La clé se situe bien davantage dans la capacité à repérer des entreprises répondant aux critères requis, à en assurer l’analyse à des coûts raisonnables et à accompagner les porteurs de projet. L’enjeu reste la professionnalisation du secteur. C’est que nous cherchons à faire avec le Comptoir de l’innovation.