Conso, immobilier

Le crédit dans tous ses états

Créé le

24.11.2021

Crédit conso et crédit immobilier ont connu des tendances divergentes en 2020, mais sont aujourd’hui bien orientés. L’un comme l’autre affrontent des enjeux majeurs : nouveaux comportements des consommateurs, verdissement de l’économie…  Leur point commun : de plus en plus de réglementation.

La crise du Covid de 2020 n’aura pas eu sur l’image des banques le même effet que celle de Lehman Brothers en 2008. Le secteur était alors pointé du doigt, accusé d’être la cause du problème. Cette fois, il a été la solution, en contribuant à alimenter le système en argent frais. Bref, en prêtant. Le crédit est le métier de base du banquier, aussi bien pour les entreprises que pour les particuliers, même si une différence de taille existe entre ces deux marchés : l’entreprise a la possibilité de s’affranchir du banquier pour lever directement des capitaux sur les marchés ; pour les particuliers, la concurrence porte davantage sur les paiements que sur les crédits.

Nous avons fait le choix ce mois-ci de nous focaliser sur le crédit aux particuliers. « Le crédit dans tous ses états. » Au-delà du bon mot, il s’agit de regarder les prêts sous toutes leurs formes, en s’arrêtant aux deux grandes familles : le crédit à la consommation d’une part, le crédit immobilier de l’autre.

Les états des lieux des deux marchés, après cette année 2020 si particulière, sont très différents. Françoise Palle Guillabert, déléguée générale de l’Association française des sociétés financières, nous le rappelle : l’année 2020 a été marquée par une baisse sensible de la production (-11,7 %), en raison, notamment, de la fermeture des magasins. Le crédit immobilier, lui, n’a pas vraiment souffert : selon les chiffres de l’ACPR, la production dans l’habitat s’est élevée à 252,4 milliards l’an dernier, soit une hausse de 2,4 % par rapport à 2019.

Pour l’avenir, les deux segments semblent bien orientés. Pour notre dossier, Aurélien Vernet, de Xerfi, nous livre ses prévisions à moyen terme sur le crédit à la consommation. Ses hypothèses ? L’environnement de taux va rester favorable et, en matière de consommation, 2022 devrait être dynamique. À la clef, une croissance à moyen terme du crédit à la consommation dans la plupart de ses composantes – « la plupart » excluant le crédit renouvelable. Mais les enjeux ne sont pas seulement liés au contexte économique. L’évolution des pratiques, comme des attentes clients, jouera un rôle majeur dans ce dynamisme retrouvé. La nouvelle directrice de la stratégie groupe et expérience client de Oney, Corinne Hochart, détaille l’approche innovation de son entreprise autour du paiement fractionné , mais pas seulement. Pour Aurélien Vernet, le crédit instantané, autre tendance du marché, est à portée de main .

Du côté de l’immobilier, les enjeux sont différents. C’est à Maël Bernier que nous avons confié le soin d’en parler. Selon cette égérie du courtage, il n’y a pas de « question sur la stabilité du système » , grâce au fonctionnement du marché, mais aussi au rôle que jouent des acteurs du cautionnement dans la sélection des risques.

Le risque. Il va falloir le regarder autrement, prévient Henry Buzy-Cazaux, le fondateur de l’Institut du management des services immobiliers, après que la loi Climat et Résilience, passée inaperçue cet été, a profondément changé la donne . Elle va avoir un impact sur les prix, mais plus encore, les banquiers vont désormais devoir s’intéresser à la qualité des biens qu’ils financent.

Des disparités entre les marchés, donc, mais un point commun pour finir : les autorités accroissent – encore et toujours – leur pression. Françoise Palle-Guillabert appelle l’Europe à une révision proportionnée de la directive sur le crédit à la consommation, jugeant que le marché français n’en a nul besoin. Maël Bernier rappelle que les recommandations du Haut Conseil de stabilité financière deviendront normes à compter du 1er janvier. De notre côté, nous analysons la récente mise en garde de la BCE sur les marchés immobiliers. Il y a là de quoi craindre des interventions macroprudentielles. Peut-être devrait-on informer l’Europe de la différence entre marché et… Marchais.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº862