Le marché du crédit à la consommation a été très affecté par la crise économique et sanitaire de 2020. La production de nouveaux financements s’est repliée de 7,1 %. Quant au taux de détention de crédits, il a atteint un niveau historiquement bas, à 24,9 %, jamais vu depuis la fin des années 1980. En cause, le décrochage de la consommation des ménages (-7,2 %) et la chute des ventes automobiles (-25,5 % pour les véhicules neufs, -3,8 % pour les véhicules d’occasion), principal débouché du crédit à la consommation. Mais l’année 2020 est une parenthèse, déjà oubliée.
Le marché s’est rapidement redressé en 2021. La production de crédits à la consommation devrait battre un nouveau record cette année, en approchant la barre des 70 milliards d'euros. Soit une hausse de 10 %, selon les estimations de Xerfi. Ce rebond s’explique par le sursaut de la consommation des ménages, par la bonne dynamique du marché automobile, en particulier sur le segment de l’occasion, et des deux autres grands débouchés, les dépenses en équipement du logement et les travaux de rénovation énergétique.
Le rebond de la consommation amplifié en 2022
À moyen terme, les perspectives sont très favorables : le redressement de la consommation est en effet resté bridé cette année par les moindres opportunités de dépenses dans les services (restauration, tourisme) et une certaine prudence dans les comportements d’achat face à un environnement encore incertain. D’ailleurs, l’importante réserve financière accumulée par les Français au plus fort de la crise n’a pas encore donné lieu à un vaste mouvement de désépargne.
Le redressement de la consommation prendra toute son ampleur à partir de 2022, avec le rééquilibrage de la répartition des revenus entre épargne et consommation. La profession pourra encore compter sur la bonne dynamique du marché automobile, sur le segment des véhicules neufs – même si plusieurs facteurs, comme la tension sur l’approvisionnement en semi-conducteurs, limiteront l’ampleur du rebond – et, surtout, sur le segment de l’occasion, dopé par les offres locatives et le durcissement du malus écologique.
D’autres facteurs invitent à l’optimisme. L’environnement de taux restera favorable, grâce à une orientation toujours très accommodante de la politique monétaire de la BCE. Et les marchés de l’équipement du logement et de l’amélioration de l’habitat resteront bien orientés.
Un tiers des encours du crédit renouvelable disparus
Au-delà de la dynamique conjoncturelle qui anime le marché, plusieurs tendances lourdes en modifient la physionomie. Ces tendances devraient se confirmer dans les années à venir.
Le crédit renouvelable, longtemps accusé d’accentuer les difficultés financières des consommateurs, a été ciblé par des réformes engagées au début des années 2010, en particulier la loi Lagarde, qui ont pénalisé les établissements spécialisés, dont le modèle était centré sur ce produit et qui ont réduit la voilure. Le crédit renouvelable n’a cessé de perdre du terrain depuis : un tiers des encours se sont « envolés » au cours de la décennie. En 2020, le crédit renouvelable ne représente plus que 10,5 % des encours de crédits à la consommation, contre près de 20 % en 2010.
À l’inverse, la période récente a été marquée par le décollage des formules de leasing sur le marché des véhicules neufs. Dans le seul périmètre d’activité des établissements membres de l’ASF, la LOA génère désormais sur ce segment des niveaux de production quatre fois supérieurs à ceux enregistrés par les crédits affectés, en perte de vitesse, sauf sur les enjeux climatiques (voir encadré 1). Le volontarisme des captives automobiles, RCI Banque et PSA Banque Finance en tête, a joué un rôle moteur. Il faut dire que les formules locatives (LOA, LLD) permettent de générer de la récurrence, de fidéliser les clients et d’enclencher des cercles vertueux, créateurs de valeur, grâce aux bouquets de services adossés au contrat de financement.
Le développement majeur de formules locatives
Les formules locatives ou d’abonnement gagnent du terrain sur d’autres segments, en particulier sur le marché des véhicules d’occasion, de plus en plus investi par les captives automobiles et les filiales bancaires spécialisées, mais aussi sur celui des produits high-tech, à l’image de Cetelem, qui a développé une offre de location de téléphones mobiles avec Samsung, ou de BNP Paribas Personal Finance, en partenariat avec Evollis. Cette tendance touche même le mobilier : Maison de la Literie propose depuis peu la location de matelas et de lits, en partenariat avec Sofinco. Ce mouvement est à peine émergent.
Enfin, les mutations accélérées du commerce (essor du e-commerce et des marketplaces, digitalisation des points de vente physiques, complexification des parcours d’achat, etc.) posent de vrais défis aux acteurs : le financement doit désormais se fondre dans les parcours d’achat nouvelle génération, pour offrir aux consommateurs un parcours sans couture et optimiser les taux de conversion. Ces mutations contribuent à la progression rapide de solutions de paiement innovantes : facilités de paiement, formules de type « buy now, pay later », dont le paiement fractionné, etc.
Enjeu majeur : faciliter le crédit
Montée en puissance sur le paiement fractionné, promotion d’un crédit plus « responsable », offensive sur le financement automobile… les leviers de croissance des acteurs du crédit à la consommation sont nombreux (voir encadré 2). Il en est un, toutefois, qui se démarque par son caractère disruptif : la simplification de l’accès au crédit.
Les organismes de crédit ont engagé leur transformation digitale en enrichissant les fonctionnalités proposées en ligne (simulateurs, e-signature, etc.) afin de proposer aux clients des parcours plus simples et plus rapides. Les filiales bancaires ont une petite longueur d’avance, à l’image de BNP Paribas Personal Finance, avec plus de 70 % des contrats signés électroniquement et plus de 90 % des opérations réalisées en self-care. Mais tous les acteurs ont progressé en la matière, y compris les captives automobiles, pourtant attachées au financement en concession. En 2020, Banque PSA Finance a accéléré en mettant à disposition des parcours de souscription complets en ligne (configuration du véhicule, financement, services, e-signature, livraison à domicile de certains modèles…).
Le crédit instantané à portée de main
La directive DSP2 (voir encadré 3) et l’open banking, ainsi que les progrès réalisés par les algorithmes de scoring fondés sur l’intelligence artificielle, permettent de réduire considérablement les délais d'acceptation des dossiers. De nombreux acteurs ont d’ores et déjà développé des parcours DSP2 en direct, comme Franfinance, ou en marque blanche, comme Cofidis ou Carrefour Banque, avec la société spécialisée Alogoan. La Banque Postale Consumer Finance a franchi un pas de plus, en développant début 2021 une plateforme API en marque blanche qui permet à ses partenaires d’octroyer un préaccord en temps réel à plus de 5 millions de personnes identifiées et préscorées par la banque.
La simplification des parcours de souscription, reposant sur l’amélioration des process de scoring et d’octroi, l’accélération des délais de réponse et la dématérialisation de la souscription, ouvre une nouvelle voie : le crédit instantané.