Monnaies numériques de banque centrale

Vers le billet de banque 3.0 ?

Dossier réalisé par Séverine Leboucher, Journaliste

Introduction

Vers le billet de banque 3.0 ?

Près de neuf banques centrales sur dix réfléchissent actuellement à la création d’une monnaie numérique, en complément du cash. Une manière de répondre à la digitalisation croissante de l’économie, encore renforcée par la crise sanitaire. Ne pas innover dans ce domaine, c’est, pour les banques centrales, prendre le risque que des acteurs privés le fassent à leur place. Mais aller trop vite en besogne, c’est aussi menacer l’équilibre de tout le système financier.

Monnaies numériques de banque centrale

C’est une nouvelle page de l’histoire plurimillénaire de la monnaie qui est en train de s’écrire. Sel, coquillages, pièces métalliques puis simples bouts de papier… à travers le temps, l’argent a pris bien des formes. À l’heure où l’ensemble de l’économie se digitalise à vitesse grand V, les banques centrales, émettrices légitimes de la monnaie et garantes de la confiance qu’on lui accorde, accélèrent depuis quelques mois leurs réflexions autour de la création d’une monnaie sous forme numérique. Leur objectif est double : rester à la pointe de l’innovation en matière de paiement, tout en contrant les tentatives de certains acteurs privés de créer des systèmes qui échappent à leur contrôle. C’est en particulier la présentation du projet Libra de Facebook, en juin 2019, qui a servi d’aiguillon pour les autorités monétaires. Mais l’inexorable développement du bitcoin – qui a passé pour la première fois de son histoire, le 16 février dernier, la barre symbolique des 50 000 dollars – et plus généralement de la finance dite « décentralisée » (DeFi) compose plus largement la toile de fond des réflexions des banques centrales.

Un cinquième de la population dans trois ans

La première monnaie numérique de banque centrale (MNBC, CBDC en anglais) a vu le jour en octobre 2020 dans l’archipel des Bahamas. La Suède mais surtout la Chine sont également en bonne voie pour émettre prochainement une MNBC. Selon une étude de la Banque des Règlements Internationaux, un cinquième de la population mondiale serait susceptible de disposer d’une monnaie digitale d’ici trois ans. La Banque Centrale Européenne, quant à elle, s’interroge encore sur l’opportunité de se lancer dans une telle entreprise. « Comme l’histoire nous l’a enseigné, si les innovations autour de la monnaie de banque centrale ne sont pas bien conçues, elles peuvent venir perturber le système financier », a mis en garde Fabio Panetta, membre du Directoire de la BCE dans un discours le 10 février. Il faisait en particulier référence aux prémices des billets de banque au XVIIe siècle qui avaient entaché la crédibilité de l’émetteur souverain.

Parmi les principaux risques, il y a celui de déstabiliser le système bancaire. Si elle était directement mise à disposition de tout un chacun, comme le sont les pièces et billets, une MNBC viendrait concurrencer les dépôts des banques commerciales, menaçant à la fois leur rentabilité, leur liquidité et même leur solvabilité. Ce serait en particulier un danger pour une banque fragilisée par une crise et perdant la confiance de ses clients : l’existence d’une monnaie digitale sans risque – car assise sur le bilan de la banque centrale – pourrait faciliter la fuite des dépôts. Des risques que les banques centrales ont bien en tête. La Banque de France, par exemple, concentre ses propres expérimentations sur l’émission, bien moins déstabilisante, d’une MNBC uniquement accessible aux acteurs institutionnels, tels que les banques.

Plus de 8 000 avis sur l’euro numérique

Une innovation intéressante pour rendre les marchés interbancaires plus efficients, mais loin d’être aussi révolutionnaire que la promesse d’une MNBC de détail. L’enjeu est donc de rendre cette dernière compatible avec la préservation du système financier existant. Pour ce faire, les banques centrales devront vraisemblablement piloter de manière assez centralisée leur monnaie digitale et s’appuyer sur les banques commerciales pour la faire fonctionner. Loin des concepts de décentralisation et de désintermédiation prônés par la technologie blockchain et les promoteurs de la finance décentralisée. Si elles ne permettent pas de contrer l’explosion des crypto-actifs, les MNBC garderont-elles leur raison d’être ? N’existe-t-il pas d’autres moyens de pousser plus loin la digitalisation des paiements ? Autant de questions qui méritent une attention approfondie de la part de l’ensemble des parties prenantes – autorités, banques, entreprises technologiques et, bien sûr, futurs utilisateurs. La BCE a ainsi reçu, suite à sa consultation sur l’euro numérique, plus de 8 000 réponses : un record. L’histoire du billet de banque 3.0 commence tout juste à s’écrire.

Dossier réalisé par Séverine Leboucher, Journaliste

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