Zone euro, Union bancaire…

Qu’attendre de l’ère Macron ?

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

Introduction

Qu’attendre de l’ère Macron ?

La relance du projet européen par Emmanuel Macron et ses ambitions pour la zone euro pourraient favoriser l’avancée de chantiers réglementaires en cours comme l’Union bancaire ou l’Union des marchés de capitaux. La mise en place d’un véritable final backstop (ultime filet de sécurité pour le secteur bancaire) serait à portée de main. Attention toutefois aux conditions allemandes !

Qu'attendre de l'ère Macron ?

Un « cœur d’Europe qui en soit l’avant-garde [1] » : c’est ainsi qu’Emmanuel Macron voit la zone euro, qu’il souhaite plus intégrée. Le Président français tente de relancer le projet européen et d’entraîner avec lui Angela Merkel. En Allemagne, Jan-Pieter Krahnen, professeur de finance à la Goethe University (voir son interview) affirme que, « au sein de l'establishment politique, notamment au ministère des finances, on pense de plus en plus que si nous n’allons pas plus loin avec le projet européen alors nous allons chuter. […] L’Europe n’a pas toutes les options : elle peut aller soit vers plus d'intégration c’est-à-dire vers le fédéralisme, soit vers moins d'intégration – mais nous ne pouvons pas rester dans la situation actuelle. Et pour aller vers plus d’intégration, il est peut-être plus facile de commencer par la zone euro, car les discussions y sont plus intenses et la compréhension réciproque y est plus développée. »

Les discours flamboyants d’Emmanuel Macron sur l’Europe arrivent au moment où le Pacte budgétaire européen doit être revu. Un momentum donc, pour l’Europe, qui a rendez-vous avec elle-même pour décider de son avenir. De nombreux chantiers sont susceptibles de progresser sous l’effet de l’élan politique insufflé par Macron ou sous l’effet d’interconnexions objectives comme celle que souligne Pervenche Berès, membre du Parlement européen (voir son interview) : « De fait, le sujet de l'achèvement de l’UEM [2] et celui de l'achèvement de l'Union bancaire sont en train de se rejoindre très directement, puisque la transformation du MES [3] en FME [4] se prépare : c'est le moment d’acter qu'une partie de la capacité du FME servira au financement du final backstop [5] du pilier 2 (pilier « Résolution ») de l'Union bancaire. C’est ce que propose la Commission dans sa nouvelle communication sur l’Union bancaire. »

Outil emblématique d’une meilleure intégration de la zone euro, la mise en place d’un budget qui lui serait propre est proposée par Emmanuel Macron. Mais cette idée fait débat. Et selon l’économiste Laurent Quignon (BNP Paribas), des avancées sur la garantie européenne des Dépôts bancaires (troisième pilier de l’Union bancaire qui reste à créer) et sur l’Union des marchés de capitaux réduiraient le degré d’intégration budgétaire requis, celle-ci devenant alors moins difficile à réaliser (voir son article).

Sur toutes ces questions, la position de l’Allemagne est cruciale. Jan-Pieter Krahnen, affirme que, pour débloquer certains chantiers, il faudrait octroyer au MES de nouveaux outils. Par exemple, « le MES deviendra un backstop seulement s’il obtient des instruments crédibles permettant de déclencher des réformes structurelles dans certains pays ». Toujours selon l’universitaire allemand, la coalition qu’est en train de construire Angela Merkel (avec le FDP et les « Grünen ») ne devrait pas beaucoup changer la position allemande, quand certains commentateurs craignent un durcissement.

C’est le moment, pour les européens, d’essayer de rapprocher leurs positions. Si l’Europe, notamment la monnaie unique, ne parvient pas à améliorer son fonctionnement, les mouvements eurosceptiques (voir les textes d’Éric Dor et d’Emmanuel Sales) continueront de convaincre.

 

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

[1] Expression extraite du discours prononcé à Athènes le 8 septembre 2017.

[2] Union économique et monétaire.

[3] Mécanisme européen de stabilité.

[4] Fonds monétaire européen.

[5] Filet de sécurité : fonds pouvant être utilisés pour intervenir directement au capital des banques en difficulté.

Sommaire

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