Brexit

Les banques britanniques achèvent leurs préparatifs sur le continent

Les banques britanniques s'affairent afin d’être opérationnelles dès le 1er janvier 2021, une fois la période de transition écoulée.

Les banques britanniques achèvent leurs préparatifs sur le continent

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Revue Banque n°849

Coût du risque : Une augmentation sous l’emprise d’IFRS 9

À deux mois de la fin de la période de transition du Brexit, les banques britanniques continuent de transférer personnel et opérations vers l’Union Européenne. Selon un rapport du cabinet EY, plus de 400 transferts d'employés des services financiers britanniques vers Europe ont été annoncés à la fin du dernier trimestre, portant le nombre total d'emplois ayant quitté Londres à plus de 7500. Et la deuxième vague de Covid-19 menaçant, les établissements financiers ont accéléré le mouvement afin d’être opérationnels dès le 1er janvier 2021. Les banques installées au Royaume-Uni seront alors privées de leur passeport européen, qui leur permet de proposer leurs services sur le continent. Plusieurs d’entre elles ont déjà prévenu leurs clients résidant dans l’Union européenne de la fermeture prochaine de leur compte bancaire.

Filiales et succursales

Lors du Forum financier international Paris Europlace, le 7 octobre dernier, François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, dressait ainsi le bilan des relocalisations vers la France : « En septembre, l’ACPR avait autorisé 43 entités à assurer la continuité de leurs activités en France, parmi lesquelles 4 établissements de crédit, 21 sociétés d’investissement et 7 succursales de pays tiers. Si l’on inclut également les relocalisations d’actifs de groupes français en provenance de leurs succursales au Royaume-Uni, ce sont environ 150 milliards d’euros d’actifs qui auront été relocalisés en France d’ici la fin de l’année. En outre, 31 entités, principalement des sociétés d’investissement, ont fait une demande d’agrément en France et leurs projets sont actuellement examinés par l’ACPR.» Avant de prévenir : « Une poignée de petites entreprises, en particulier dans les paiements, la monnaie électronique et l’investissement, doivent immédiatement accélérer le processus au risque de se retrouver prises au dépourvu en janvier.»

« Les grands groupes britanniques ont déjà des activités bancaires dans la plupart des pays européens, précise Jean-Edouard Colliard, professeur associé à HEC. Ils ont développé leurs activités en Europe à travers des filiales ou des succursales. Les succursales perdront leur passeport financier et ne pourront plus opérer en France sans lui. En revanche, une filiale, française par exemple, est considérée comme une banque française appartenant à un groupe britannique par le droit européen et les régulateurs. » Les groupes bancaires qui opèrent principalement via des succursales auront la possibilité de transformer celles-ci en filiales, avec l’accord du régulateur, moyennant un coût et un changement de modèle. « Les filiales seront entièrement supervisées par le superviseur local ou européen, selon leur taille, qui pourra leur interdire systématiquement de remonter des dividendes vers le groupe britannique, par exemple. »

Le gâteau de la City

Les régulateurs ne veulent pas non plus de banques européennes qui ne seraient que des boîtes aux lettres ou des coquilles vides. « Les dépôts des clients européens de filiales françaises, par exemple, sont assurés par le Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution (FGDR), explique Jean-Edouard Colliard. En cas de problème, ce sont les fonds français qui seront utilisés pour rembourser les déposants. L’ACPR sera alors en mesure d’exiger de pouvoir inspecter la banque et de savoir qui prend les décisions et qui gère le risque. »

Les employés venus de la City sont envoyés principalement à Dublin, à Luxembourg, à Francfort, près de la Banque Centrale Européenne, puis à Paris, près de l’Autorité bancaire européenne et de l’ESMA (European Securities and Markets Authority). Le système financier de l’après-Brexit s’annonce multipolaire en Europe, avec des places financières spécialisées : gestion d’actifs au Luxembourg, activités plutôt bancaires en Allemagne, activités de marchés en France … « Resteront à Londres les activités non régulées, la gestion du groupe, les activités de dérivés », précise Jean-Edouard Colliard. Lui estime que l’on se focalise trop sur les gains en termes d'actifs gérés en France ou d'employés à très hauts salaires «relocalisés». « Les risques de coûts accrus pour les entreprises sont complètement passés sous silence. Se partager le gâteau de la City n’apporte pas grand-chose à l’économie : des actifs financiers qui étaient gérés à Londres le seront en France. En revanche cela risque de rendre un certain nombre de services bancaires moins efficaces et plus chers. Or les premiers clients des services de la City sont des acteurs d'Europe continentale, qui pourraient ne trouver ensuite qu’un service plus cher ou de moins bonne qualité. Le Royaume-Uni et l’Europe ne peuvent qu'y perdre collectivement. »

 

 

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