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Revue Banque n° 860 - Octobre 2021
45,00 € TTC

Covid-19 : accélérateur de tendances

Edito

La vie comme avant… ou presque

Il est déjà loin le temps du monde d’avant et du monde d’après. La Réserve fédérale américaine s’apprête dans les semaines qui viennent à replier en douceur son dispositif anticrise de quantitative easing et la Banque centrale européenne à renoncer, plus progressivement encore, aux largesses monétaires de son programme d’urgence contre la pandémie (PEPP)… pour mieux revenir à l’APP, sa politique de rachats de titres lancée en 2015. L’économie redémarre, outre-Atlantique comme en Chine ou en Europe, et les bourses n’ont pas été troublées plus de quelques séances par la tempête Evergrande, à ce jour sous contrôle discret mais strict des autorités de Pékin (page 16). Principale inquiétude, avec bien sûr l’explosion par nature imprévisible et toujours possible d’un nouveau variant viral, les prix s’envolent plus que prévu. Mais même cette ombre est balayée d’un revers de la main par le patron de la Fed, Jerome Powell, et sa consœur de la BCE, Christine Lagarde, pour qui les poussées de fièvre inflationniste enregistrées ici ou là, notamment aux États-Unis, ne sont que "largement temporaires".

Et le secteur bancaire, dans tout ça? A-t-il été durablement bouleversé par le Covid et les mesures de soutien exceptionnelles qui l’ont accompagné, à l’échelle de la France comme de l’Europe? Quelles leçons a-t-il tirées de ces mois insensés, jamais-vu sanitaire tout autant qu’économique, social et financier? Crédit aux entreprises, épargne des particuliers, assurances, immobilier… nous avons posé la question à nos experts qui, chacun dans leur domaine, nous font à peu de chose près la même réponse: le monde d’après ressemblera beaucoup à celui qu’ils voyaient venir dans le monde d’avant le cataclysme, mais en plus contrasté. Autrement dit, les tendances lourdes étaient déjà là, la crise sanitaire n’aura finalement fait que leur donner un coup d’accélérateur – et ça n’est probablement pas fini.

À lire également dans ce numéro, une tribune de Jacques de Larosière, qui s’alarme de l’indifférence française à l’égard de la dette, du poids de l’administration et de cette baisse des charges des entreprises qu’il appelle de ses vœux mais ne voit pas venir sous le quinquennat en cours. Dans notre pays, s’indigne l’ancien directeur du FMI et de la Banque de France, qui sait de quoi il parle, "on constate que le budget est en déséquilibre, on considère que c’est regrettable et… on passe à autre chose". Il est donc peu probable que sur ce sujet des déficits publics, le père de l’European Banking Authority (EBA) soit d’accord avec le plaidoyer de l’économiste Bernard Cherlonneix en faveur de la Théorie monétaire moderne, ce dogme "renversant" inspiré de Milton Friedman ou James Tobin qui, comme l’écrit Stephanie Kelton, dont il cite les propos, libère l’État "de la question immémoriale: comment allons-nous payer?".

Au Forum international de la cybersécurité (FIC), qui s’est tenu début septembre à Lille, on a beaucoup parlé ransomware, phishing, arnaques au président… toutes ces offensives informatiques plus ou moins sophistiquées qui, comme les aides de l’État, se sont multipliées à l’occasion de la crise sanitaire, de ses différents confinements et, naturellement, de l’essor du télétravail. Notre journaliste Stéphanie Chaptal y a rencontré des spécialistes préoccupés, voire pour certains, épuisés par les attaques incessantes et la méfiance des usagers, au bord de la rupture. Ce n’est pas la fatigue mais, à l’inverse, l’excès de confiance qui, en matière d’investissement, fait perdre leur lucidité à des dirigeants trop sûrs d’eux et peut les pousser à prendre des décisions contraires à l’intérêt de leur entreprise. Comme le rapporte Daniel Haguet, professeur à l’EDHEC, la finance comportementale s’est penchée sur leur cas. C’est passionnant et édifiant. Qui d’entre nous peut dire qu’à un degré ou à un autre, il ne se sent pas concerné ?

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