Rémunérations

Quelles perspectives pour les cadres du secteur de la banque en 2022 ?

La crise a paradoxalement dopé l’emploi dans certains secteurs d’activité. La banque en fait partie. Les compétences deviennent plus rares et les salaires plus élevés.

Quelles perspectives pour les cadres du secteur de la banque en 2022 ?

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Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°863-864

RÉTROSPECTIVE PROSPECTIVE

Depuis quelques mois, on constate une forte reprise du marché de l’emploi des cadres dans de nombreux secteurs, dont celui de la banque. Les introductions en bourse atteignent leur plus haut niveau depuis plus de vingt ans et la production de crédits a atteint un niveau record, permettant aux banques de réaliser des performances historiques. De là, un rattrapage concret et rapide des recrutements effectués en 2021. Et les perspectives pour l’année à venir sont très positives.

Au cours de la crise sanitaire, contrairement à de nombreux autres, le secteur de la banque est entré dans une phase de développement entraînant de nombreuses créations de postes. Cette relance est notamment portée par le marché des liquidités, aujourd’hui très important, et permet d’importants investissements et transactions. En conséquence, le volume d’offres d’emploi a progressé de 43 % entre 2020 et 2021.

Un contexte relativement euphorique

Dans ce contexte d’euphorie du marché, on observe trois grandes tendances, notamment du côté des banques d’investissement et asset management :

– record du nombre de deals réalisés cette année pour le M&A. De nombreux recrutements sont donc à prévoir au sein des pôles d’analyse des banques d’affaires (+12 % d’offres d’emploi entre 2020 et 2021 pour le poste de banquier d’affaires par exemple) ;

– record du nombre de deals de private equity, et plus particulièrement dans le private capital, avec un renforcement des équipes d’investissement et de la direction financière (+39 % d’offres d’emploi pour le poste de responsable stratégies d’investissements, par exemple) ;

– arrivée massive des banques étrangères et développement des bureaux commerciaux à Paris,  notamment à la suite du Brexit (voir encadré), en particulier sur la partie associate, jusqu’à vice-président (VP).

À noter que l’arrivée des banques étrangères sur le marché français impacte le volume de recrutements, mais également les rémunérations des professionnels du secteur. Les standards de salaires de ces banques sont plus élevés, ce qui leur permet de recruter des profils très spécialisés.

63 % des cadres s’attendent à une augmentation en 2022

Dans cet environnement, les cadres reprennent confiance, aussi bien sur le plan des opportunités de job dans leur secteur (82 % cette année, contre 48 % l’an dernier) que sur les augmentations qu’ils pourraient recevoir dans l’année à venir. En effet, alors que seuls 21 % d’entre eux pensaient recevoir une augmentation l’année dernière, ce chiffre a plus que triplé cette année (à 66 %). Comme dans les autres secteurs, les professionnels de la banque s’attendent à un effet de rattrapage du passé et à une compensation des difficultés rencontrées durant la crise sanitaire.

Cette augmentation des salaires aura bel et bien lieu en 2022, et la moyenne de ces augmentations sera de 13 %. Deux phénomènes sont à l’origine de cette hausse : l’arrivée des banques étrangères à Paris d’une part, qui entraîne une hausse du salaire moyen sur le marché français, la pénurie de compétences d’autre part. Les professionnels du secteur de la banque possèdent des compétences techniques rares, difficiles à trouver, et les entreprises n’hésiteront pas à leur proposer des rémunérations plus élevées pour les attirer.

La pandémie a obligé les entreprises et les collaborateurs à s’habituer à de nouveaux modes de travail. Les métiers de la banque se sont digitalisés. Les cadres possédant une double expertise, notamment des compétences commerciales, sauront tirer leur épingle du jeu en 2022. Certains postes verront les salaires particulièrement augmenter, en raison de la rareté des compétences (voir graphique).

Trois leviers pour retenir les collaborateurs

Le secteur de la banque a su tirer avantage de la crise sanitaire et voit ses indicateurs en constante progression, mais partage un enjeu commun avec des entreprises d’autres secteurs : la rétention des talents. Dans ce contexte de forte activité, de pénurie de candidats et de compétences, les entreprises ont du mal à recruter, mais également à conserver leurs collaborateurs déjà en poste. Les professionnels de ces secteurs sont ultra-spécialisés et possèdent des compétences très recherchées. Ils sont donc particulièrement chassés par les entreprises concurrentes. D’après l’étude de rémunération menée par le cabinet Robert Walters, deux cadres sur trois pensent changer d’emploi dans les deux prochaines années, un chiffre qui monte à 76 % chez les professionnels de la banque.

Pour faire face, il existe plusieurs leviers :

– proposer une rémunération plus élevée, en augmentant les salaires fixes, mais pas seulement. Les entreprises doivent être créatives et innovantes, en proposant de nouvelles manières de rémunérer les talents et les conserver. Cela passe par des augmentations sur le bonus, le variable, des actions gratuites, etc. Les entreprises doivent également corriger et réajuster les déséquilibres de salaires afin de ne pas perdre leurs experts déjà en poste ;

– favoriser la qualité de vie au travail en proposant une politique de travail hybride : les cadres recherchent un certain équilibre entre leur vie personnelle et leur vie professionnelle. Il est donc nécessaire de proposer du télétravail, à la fois pour attirer mais également retenir les collaborateurs. Dans le contexte de délocalisation des fonctions support en première ou deuxième couronne, les entreprises qui ne proposeront pas de télétravail auront plus de difficultés à attirer les candidats ;

– répondre aux exigences des cadres, à la hausse en ce qui concerne les valeurs, engagements et positionnement des entreprises. Les sociétés de gestion et les banques s’intéressent désormais au label ISR (investissement socialement responsable) et cherchent à investir dans des fonds labellisés, l’occasion pour elles de s’engager et d’attirer plus de collaborateurs. Ces investissements poussent les entreprises à adopter des pratiques plus vertueuses sur le plan environnemental, sociétal ou de gouvernance.

La réactivité très utile

Activer l'ensemble de ces leviers permettra aux entreprises de conserver leurs collaborateurs, mais également d’en attirer de nouveaux. Pour sortir gagnantes de cette guerre des talents, elles devront revoir leur processus de recrutement et le rendre plus court. C'est cette réactivité qui leur permettra de prendre l’avantage sur leurs concurrents.

 

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