Stratégie

Les risques de financement du business model bancaire

Le renforcement de la réglementation bancaire et financière et la révolution technologique sont deux phénomènes non liés mais qui font peser des risques nouveaux sur le modèle économique bancaire et notamment sur la capacité des banques à se financer, via ses deux principaux vecteurs, les émissions sur les marchés et les dépôts.

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L'auteur

  • David Alcaud
    • Coordinateur R&D
      Groupe Square Management
  • Adrien Aubert
    • Senior Manager leader de la communauté Risk
      Vertuo Conseil (groupe Square Management )
  • Hervé Alexandre
    • Professeur, Directeur du Master Banque et Finance, Membre de la House of Finance
      Université Paris Dauphine

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Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°357

Financement des banques : nouveaux instruments, nouveaux risques

Depuis 2007, l’industrie bancaire a été fragilisée par des faillites d’acteurs majeurs et une crise de liquidité suite à l’explosion de la bulle des subprime, puis pointée du doigt dans la spéculation contre la dette souveraine. Cette responsabilité, dans une crise financière jugée sans précédent depuis celle de 1929 et dont de nombreux pays européens peinent toujours à se relever, pèse aujourd’hui dans l’approche réglementaire suivie par les différentes autorités prudentielles actives au sein de l’Union européenne. Cette approche repose sur trois piliers principaux : le renforcement des exigences réglementaires, une surveillance rapprochée et intrusive, une politique monétaire non conventionnelle.

Les conséquences réglementaires

Sur le premier volet des exigences, et même si les discussions sur le calibrage du cadre réglementaire de la prochaine décennie semblent piétiner, la BCE et le Comité de Bâle se sont engagés sur la voie d’une révision massive de l’ensemble de ses thématiques de prédilection. Aussi bien sur le plan des exigences quantitatives avec une révision complète du dénominateur du ratio de solvabilité (prise en compte du risque de taux, limitation de l’usage et de l’intérêt des modèles internes, etc.) et la montée en charge du ratio de liquidité à long terme, que des exigences de gouvernance interne, de contrôle et de reporting financier. Cet accroissement significatif des exigences réglementaires quantitatives entraîne une diminution de la rentabilité des actifs bancaires parallèlement à un accroissement du coût moyen pondéré au passif. Les banques sont ainsi fortement incitées à envisager des financements les moins coûteux possibles mais en cohérence avec les nouvelles exigences réglementaires, notamment la plus grande exigence en fonds propres, particulièrement pour les grandes banques, alors même que les dettes admissibles à ce titre par les régulateurs deviennent plus complexes et doivent être de plus en plus sécurisées.

Sur le second volet, la BCE fonde désormais sa supervision bancaire sur la constitution d’équipes d’audit (les Joint Supervision Teams) dédiées à temps plein à l’analyse des outils et processus internes. Enfin, sur le troisième volet, la BCE pensait, avec sa politique dite du « Quantitative Easing » d’expansion monétaire, combiner une stratégie de soulagement des bilans bancaires (la création de monnaie se faisant indirectement à travers le rachat d’actifs inscrits au bilan des banques) avec une relance de la demande de crédit (donc de la consommation des ménages et de l’investissement des entreprises) rendue possible par le maintien de taux directeurs exceptionnellement bas. Dans les faits, cette baisse des taux et cette libération des bilans se sont surtout traduites pour les banquiers et assureurs, par une remise en cause des marges de rentabilité orientant les stratégies vers des marchés actions plus rentables (mais extrêmement volatils) loin de l’objectif initial. Ce nouveau contexte faisait finalement planer une forme de risque de taux à une échelle tout à fait nouvelle, imposant une adaptation rapide et de grande envergure.

L’émergence des FinTechs

La responsabilité des établissements financiers pèse également, encore aujourd’hui, dans la perception du grand public de l’image et de la fiabilité des banques. Combinée à d’autres facteurs macroéconomiques, cette quasi-défiance a pu se traduire dans certains pays par un retrait partiel des dépôts et une décollecte de l’épargne sur les différents supports classiques (livrets, assurance vie, prévoyance retraite).

Par ailleurs, le contexte économique général exposé plus haut a été propice à l’émergence de nouveaux acteurs profitant de facteurs structurels facilitateurs, comme l’exploitation de progrès technologiques au service d’un usage digitalisé plus proche des attentes finales des consommateurs, ou comme certains assouplissements réglementaires visant à une meilleure mise en concurrence de produits et services financiers (dans les paiements, dans l’épargne, etc.). Par exemple, la DSP2 (deuxième directive sur les services de paiement) facilite l’entrée dans l’activité de paiement de tout un ensemble d’entreprises pour lesquelles seuls un agrément d’établissement de paiement est suffisant auprès de l’ACPR.

Longtemps considérées comme évoluant sur un marché non contestable, les banques se trouvent donc aujourd’hui bousculées par l’arrivée des FinTechs. Ces dernières pourraient menacer à terme les banques sur un des fondements de leur solidité : les dépôts. En effet, agrégateurs et initiateurs de paiement favorisent une moindre stabilité des dépôts. En outre, certains d’entre eux évoluent d’ores et déjà vers un statut de néo-banque et donc une captation des dépôts jusqu’alors présents dans les réseaux traditionnels. Par ailleurs, en France, la loi Macron facilite énormément le transfert du compte courant d’un client d’une banque à une autre et va renforcer cette contestabilité.

Ainsi, attaquée sur ses parts de marché traditionnelles, pénalisée sur sa structure de coûts, fragilisée sur la question de la rentabilité, l’industrie bancaire doit se réinventer en profondeur afin de répondre à l’évolution des besoins et des attentes de ses clientèles et de ses investisseurs. Son salut réside dans l’innovation financière et l’établissement de partenariats technologiques qui repositionnent le client au centre de toutes les attentions.

Adapter les passifs bancaires

Face à ces enjeux, et depuis plusieurs années, Vertuo Conseil, en collaboration avec la House of Finance de l’université Paris-Dauphine, a initié un programme de recherche appliquée dédié aux stratégies d’adaptation des passifs bancaires. Ce programme se décline en six volets dont trois sont synthétisés dans ce numéro. Avec, d’un côté, une innovation financière tournant à marche forcée pour assurer l’émission de produits éligibles au refinancement bancaire, nous nous proposons d’apporter un éclairage sur la réaction des marchés à l’émission des obligations Contingent Convertible ainsi qu’une compréhension affinée des déterminants du spread lors de la « commercialisation » de titres tels que les Covered Bonds. Cette approche par la dette se complète d’une analyse des mécanismes de collecte bancaire, que pourraient venir mettre à mal les perspectives de développement intensif des FinTechs, ce qui consiste donc notre troisième décryptage. Autant de réflexions qui laissent augurer une longue et profonde mutation des business models et de la structure des passifs bancaires.

 

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Financement des banques: nouveaux instruments, nouveaux risques

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