Solvabilité 2, nouveau départ pour les offres aux assureurs

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

Introduction

Solvabilité 2, nouveau départ pour les offres aux assureurs

Critiquée par les assureurs, leur nouvelle réglementation prudentielle Solvabilité 2 pourrait bien constituer une opportunité pour d’autres acteurs financiers. Banquiers, réassureurs et gérants d’actifs renouvellent leurs offres en direction des professionnels de l'assurance.

Solvabilité 2

Honnie, Solvabilité 2 ? Par nombre d’assureurs, certes ; ils reprochent à cette directive court termiste d’être peu adaptée à leur métier, qui exige au contraire une vision de long terme, pour ne citer qu’une critique parmi tant d’autres (voir l'encadré : les reproches des assureurs). Mais pour d’autres acteurs, ce texte constitue une opportunité.

Les premiers gagnants sont les consultants, toujours très sollicités à chaque changement réglementaire. Pour ces prestataires de services (cabinets d’actuariat, consultants en stratégie d'investissement ou en organisation), les jeux sont faits et le bilan « Solva 2 » est largement positif. Mais une autre partie est toujours en train de se jouer : quels produits vont profiter de Solvabilité 2 ? Réassureurs, BFI et sociétés de gestion sont sur les rangs pour tenter de convaincre les assureurs d’investir dans leurs offres censées occasionner des économies de fonds propres. La date de mise en œuvre [1] de « Solva 2 » approche et les assureurs achèvent leurs derniers préparatifs. Mais ils ne perdent pas leur sens critique…

Leur vigilance porte d’abord sur le réel impact prudentiel de certains produits. Par exemple, les portefeuilles de prêts que les banques souhaitent vendre aux assureurs (tentés par ces investissements de long terme) sont-ils avantageux du point de vue de la directive ? Groupama AM (Asset Management) répond positivement, Société Générale est plus mesurée, et Odette Césari, directrice des investissements chez Axa France, demeure sceptique. Cela n’empêche pas la compagnie de s’intéresser à ces actifs vendus également par des gérants d’actifs (voir Encadré: Les portefeuilles de prêts : quel traitement prudentiel ?).

Autre domaine dans lequel les sociétés d’asset management s’immiscent, malgré la domination des banquiers : les stratégies optionnelles, lesquelles permettent de réaliser des économies de fonds propres sous Solvabilité 2. Les gros investisseurs ont une préférence pour les banques. Mais ce n’est pas forcément une aubaine pour ces établissements qui ont bien du mal à vendre des produits packagés aux marges confortables. Les grandes compagnies leur demandent de décortiquer ces produits, car elles veulent les acheter brique par brique, et donc moins cher (lire l'article: Prudence des assureurs).

Outre ces incursions dans le pré carré bancaire, les gérants d’actifs explorent principalement leur terrain de jeu historique (gestion actions, taux). L’enjeu est d’abord de compenser l’effet négatif de Solvabilité 2, qui dissuade les assureurs d’investir en actions, actifs dont la gestion autorise le prélèvement de frais confortables. Comment les sociétés de gestion peuvent-elles continuer d’attirer les institutionnels, au moins autant, voire plus que sous le régime prudentiel précédant ? Dans une stratégie de reconquête, les sociétés de gestion calculent désormais l’impact sur les fonds propres que peut avoir un investissement dans tel ou tel fonds. Ces efforts semblent appréciés. « Il y a une vraie coopération entre les sociétés de gestion et les investisseurs », estime Vincent Ribuot, directeur des investissements de l’Union Mutualiste Retraite (UMR).

Quant à la réassurance, elle est mieux prise en compte par les nouvelles règles prudentielles, mais les assureurs ne perdent pas de vue ses inconvénients (coût parfois trop élevé, risque de contrepartie…).

Dans ce face-à-face entre clients et fournisseurs, un certain attentisme demeure car, si certains grands principes de Solvabilité 2 sont désormais gravés dans le marbre, de nombreuses dispositions peuvent encore évoluer. C’est d’ailleurs ce que souhaitent les institutionnels. Pour faire bouger le régulateur, nombre d’entre eux ont réalisé, de façon volontaire, un test quantitatif (QIS) qui n’était pas demandé par le superviseur. Objectif : ne pas laisser le dernier mot au QIS 5 qui a été réalisé sur la base des chiffres de 2009, année propice sur les marchés financiers et donc peu représentative de la période actuelle. « Nous avons effectué cette actualisation sur les chiffres de 2010 », explique Marcel Kahn, directeur général du groupe MACSF. Les résultats de plusieurs assureurs pourraient appuyer les demandes visant à faire évoluer certaines mesures d’application de la directive.

Les institutionnels tout comme leurs prestataires attendent donc de connaître la règle définitive dont la publication devrait être imminente.

Dossier réalisé par Sophie Gauvent

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