Technique de gestion

Scinder en deux parties le portefeuille des assureurs

Un portefeuille de couverture d’un côté et un portefeuille de rendement de l’autre, c’est le schéma que propose le pôle gestion d’actifs de BNP Paribas. Objectif : minimiser la consommation de capital réglementaire par actif ne générant pas de rendement pour les actionnaires.

Transformer la structure du portefeuille en une structure dualiste

L'auteur

  • Sophie Debehogne
    • Spécialiste des solutions sur mesure et Liability Driven Investments
      BNP Paribas Investment Partners
Ce texte est une synthèse d'un article paru dans Convictions, une publication de BNPP IP

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°745

Solvabilité 2 : un nouveau départ pour les offres aux assureurs

Parmi les différentes exigences de Solvabilité 2, celle concernant le capital réglementaire constitue un changement radical, car il a un impact direct sur la composition des portefeuilles d'investissement des compagnies d'assurance.

Solvabilité 2 constitue un bouleversement majeur pour l'allocation d'actifs des compagnies d'assurance. Par le passé, le capital de solvabilité requis (CSR) était un pourcentage fixe du passif (provisions techniques) et complètement indépendant de l'allocation d'actifs de l'assureur. Désormais, le CSR (SCR en anglais) est directement lié à la composition de leurs portefeuilles, ce qui soulève deux questions importantes :

  • Comment les compagnies d'assurance peuvent-elles optimiser leurs portefeuilles en tenant compte de Solvabilité 2 ?
  • Quelles sont les solutions d'investissement pour protéger le capital excédentaire des assureurs sur le long terme ?

De la compréhension des règles... à l'action

L’approche préconisée par Solvabilité 2 est fondée d’une part entièrement sur la valeur de marché et d’autre part sur des stress-tests appliqués à la fois sur l'actif et le passif du bilan. La différence de comportements entre actifs et passifs suite à ces stress-tests devra être couverte par du CSR. Solvabilité 2 devrait donc favoriser les classes d'actifs qui reflètent le mieux le passif des assureurs, afin de minimiser leur capital requis. Nous devrions donc assister à un ajustement des allocations d'actif ciblant une réduction de l’exposition aux classes d’actifs consommant un CSR élevé telles que les actions ou des produits de gestion alternative.

Bien que l'analyse de l'impact du CSR soit nécessaire, selon nous, elle n’est pas suffisante. En effet, il est important d’optimiser le portefeuille en tenant compte non seulement de son coût en capital, mais également de son rendement attendu. Une telle optimisation doit en effet remplir un double objectif, à savoir maximiser la valeur pour les actionnaires et protéger le niveau de solvabilité de la compagnie d’assurance, mesuré à travers son capital excédentaire [1].

Optimiser en scindant le portefeuille global

Pour tenir compte des différentes caractéristiques de Solvabilité 2, nous préconisons, pour construire un portefeuille adapté, de le scinder en deux parties : un portefeuille de couverture, faisant face au passif, et un portefeuille de rendement, faisant face au surplus [2]. L'objectif de cette partition est de minimiser la consommation de capital réglementaire par actif ne générant pas de rendement pour les actionnaires, représenté par le portefeuille de couverture.

L’objectif de ce portefeuille de couverture est de répliquer la sensibilité du passif (essentiellement la duration, la convexité [3] et le crédit) sur la base des règles de valorisation du passif définie dans la Directive Solvabilité 2, afin de minimiser le capital requis et de réserver les besoins en capital pour le portefeuille de performance.

Afin de construire ce portefeuille de couverture, nous préconisons d’y inclure des investissements en obligations à long terme et des swaps permettant d'augmenter la duration et de mieux tenir compte de la convexité ; le crédit de bonne qualité permettra quant à lui de répliquer la prime d'illiquidité utilisée dans le taux d’actualisation du passif requis par Solvabilité 2.

Définir un cadre spécifique pour le portefeuille de rendement

Le portefeuille de rendement a quant à lui pour objectif de produire un surcroît de performance par rapport au passif afin de créer de la valeur pour les actionnaires. Afin de construire ce portefeuille, nous recommandons de tenir compte de deux indicateurs clés, menant à un double objectif :

1. D’une part, le surplus (actifs, provisions techniques), qui est le capital détenu par les actionnaires : l'objectif est de maximiser le rendement attendu de ce surplus et de limiter le CSR et/ou les pertes dans la plupart des scénarios extrêmes.

2. D’autre part, le capital excédentaire (actifs, provisions techniques, CSR), qui est un indicateur de solvabilité utilisé par le régulateur : il consiste en un objectif prudentiel visant à maintenir ce capital excédentaire au-dessus d’un certain niveau (par exemple, son niveau initial).

Le premier objectif sera atteint en optimisant le portefeuille de rendement en fonction des objectifs définis par la compagnie d'assurance (notamment le rendement cible du surplus, la volatilité, le CSR visé, le rendement minimum, etc.) et en tenant compte de leurs contraintes en termes de classes d'actifs. La pondération de chaque classe d’actif dépendra surtout de son ratio rendement/risque. L’objectif étant d’améliorer le ratio rendement/risque du portefeuille au moyen de la diversification…

L’optimisation de l'allocation d’actifs du portefeuille de rendement s'inscrit dans un horizon à moyen terme. Par conséquent, une telle allocation n'offre pas de protection contre les fluctuations du marché à court terme et leur impact négatif sur le capital excédentaire. Cette perspective suscite des craintes en matière de prudence ou de solvabilité, auxquelles remédie le second objectif précité, lequel consiste à protéger un niveau de capital excédentaire. L’approche de BNPP IP consiste à gérer de façon dynamique le niveau de risque du portefeuille afin de tenir compte de cet indice prudentiel et de protéger, par conséquent, un niveau précis de capital excédentaire.

Cette approche dynamique de gestion du risque est selon nous la plus indiquée pour respecter les contraintes réglementaires à court terme, tout en construisant un portefeuille de rendement capable de répondre aux exigences de performance à long terme des actionnaires.

Protection du capital excédentaire

Une gestion du risque sous forme d’overlay est la réponse optimale pour ajuster le risque d’un portefeuille en fonction des conditions de marché, sans interférences avec les gestions sous-jacentes. La réduction du risque s'appuie généralement sur un algorithme dédié, déterminé en fonction de l'aversion pour le risque du client. Dans le cas des compagnies d'assurance européennes, cet algorithme tiendra également compte des paramètres de Solvabilité 2. Outre l'algorithme, nous avons la possibilité de croiser nos perspectives d'investissement avec les profils de risque/rendement, ce qui permet d'améliorer le degré d'efficacité et de réactivité de notre approche de gestion du risque.

Des tests rétrospectifs montrent que, sur le long terme, cette approche dynamique de gestion du risque induit des coûts modestes sur des marchés haussiers, à la fois sur le surplus et le capital excédentaire, et qu'elle génère une véritable protection du capital excédentaire et du ratio de solvabilité sur des marchés baissiers.

[1] Le capital excédentaire est défini comme le capital en excès du capital réglementaire et constitue un indicateur du niveau de solvabilité de l’assureur

[2] Le surplus est détenu par les actionnaires et représente la somme du capital réglementaire et du capital excédentaire

[3] La convexité est un indicateur du risque de taux lié à un changement de la courbe des taux.

 

Sommaire du dossier

Solvabilité 2, nouveau départ pour les offres aux assureurs

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