Francophonie

Inclusion financière : les banques de l'UBF à l'initiative

Réunies le 4 avril dernier à Bruxelles, les institutions financières membres de l'Union bancaire francophone (UBF) ont témoigné sur leurs actions visant à développer l'éducation financière des populations, ainsi que leur accès aux services bancaires.

Éducation financière

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Revue Banque n°772

Plongée dans les IFRS : vers des eaux plus claires et calmes ?

Un dialogue sur l’éducation et l’inclusion financière : voilà le programme de travail que s’est fixé l’Union des banques francophones pour les deux années à venir. La richesse des échanges, à l’occasion de la conférence du 4 avril, à l’initiative de Febelfin, a été saluée au premier chef par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), qui va présenter sa stratégie économique au mois de novembre prochain, lors de son XVe sommet. Il s’agit d’une première : « Cette stratégie définira dans quels champs et selon quels axes de l’économie la Francophonie peut et doit intervenir, qu’il s’agisse d’influence, de coopération ou de formation », a déclaré Clément Duhaime, administrateur de l’OIF.

La réglementation : condition nécessaire…

Quel que soit le pays considéré, l’existence d’une réglementation propre à garantir la protection des consommateurs est considérée comme un prérequis à toute démarche visant à améliorer l’inclusion financière.

L’Europe elle-même doit encore parfaire son arsenal réglementaire : c’est seulement il y a quelques jours, le 15 avril, que le Parlement a adopté un projet de directive instituant un droit au compte [1]. Cette réglementation devrait contribuer à améliorer l’inclusion financière des quelque 58 millions d’Européens qui n’ont pas accès aux services de base. Parmi eux, explique Olivier Micol, de la DG Santé et Consommateurs de la Commission européenne (DG SANCO), près de la moitié souhaiterait se bancariser, mais n’en a pas la possibilité. En Bulgarie et en Roumanie, le taux de bancarisation est inférieur à 50 %.

Parmi les facteurs concourant à une meilleure inclusion financière, on retiendra le coût d’accès aux services, la connaissance et la compréhension des produits. En effet, le critère de la réglementation ne suffit pas à expliquer le faible niveau de bancarisation d’un pays. La méconnaissance des mécanismes financiers constitue également un frein à l’accès aux services bancaires.

…mais non suffisante

Sur ces aspects, la Banque Mondiale fonde de grandes espérances sur le développement des nouvelles technologies, et notamment des services mobiles, et l’émergence d’offres permettant de lever les barrières géographiques et financières à l’accès aux services financiers. Sur la question de l’éducation financière, l’institution ne se prononce pas : selon elle, ce sujet demeure un thème de recherche et de débat. Cédric Mousset, spécialiste des questions financières africaines pour l'institution, va plus loin dans son exposé : il explique que les solutions les plus évidentes dans le domaine – à savoir l’inscription de cette matière dans les programmes officiels d’éducation nationaux – se sont avérées décevantes dans leurs effets. Selon lui, cela reste une piste, mais ne change pas fondamentalement les choses. Des solutions plus atypiques, telles que des collaborations avec des émissions de télévision ou de radio, retiennent davantage l’attention des spécialistes.

Clément Duhaime défend l’idée selon laquelle le succès de démarches visant à améliorer le niveau d’éducation financière des populations les plus fragiles repose sur « une collaboration éclairée entre les éducateurs, habitués à trouver les biais pédagogiques efficaces, et les professionnels capables de cibler les compétences à acquérir et les niveaux de connaissances à atteindre ». Dans cette optique, une implication accrue des ONG comme des professeurs est jugée essentielle par tous. Les intervenants s’accordent pour regretter le rejet global du monde économique par ces acteurs. Selon Marie-Anne Barbat-Layani, directrice générale de la FBF, « l’éducation et l’inclusion financière sont un sujet sur lequel le secteur bancaire se mobilise, mais il ne peut agir seul ». Jean-Louis Kiehl, président de l’association Crésus, qualifie même ce manque d’ouverture de « nuisible » aux causes défendues par les ONG.

[1] Dans chaque État membre, les établissements devront proposer des services de base de façon gratuite, ou bien à un coût raisonnable. À titre d’exemple, en France, le droit au compte existe depuis 1984, au Cameroun depuis 4 ans.

 

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