Afrique

La réforme du franc CFA, une avancée vers la monnaie unique de la CEDEAO ?

Avec le changement de nom du franc CFA en ECO, les pays de l’UEMOA veulent commencer à concrétiser le projet de zone monétaire de la CEDEAO dont ils font partie.

La réforme du France CFA, prélude au projet de monnaie unique en Afrique de l'Ouest ?

Revue de l'article

Que pourrait induire la réforme du franc CFA, annoncée le 21 décembre 2019 à Abidjan par Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) [1] ? « Le sujet de l’abandon du franc CFA en Afrique de l’Ouest est directement lié au projet de monnaie commune des 15 pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) [2], initialement lancé en 1983. Le sujet teinté de post-colonialisme du lien du franc CFA avec la France est l'arbre qui cache la forêt de la création de la zone monétaire CEDEAO, avec une monnaie unique, et ses difficultés », analyse Estelle Brack, présidente de KiraliT.

La réforme annoncée du franc CFA signifie la fin, pour les 8 pays de l’UEMOA, de l’obligation de centralisation de 50 % des réserves externes à la Banque de France, et le retrait des représentants français des organes de décisions et de gestion de l’UEMOA. Le taux de change fixe par rapport à l’euro et la convertibilité garantie en euros demeurent, afin de « conserver deux piliers clefs de la stabilité monétaire de la zone », selon le communiqué du 21 décembre du gouverneur de la Banque centrale d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui indique également que la réforme prévoit « le changement du nom de la monnaie Franc CFA en ECO, lorsque les pays de l’UEMOA intégreront la nouvelle zone ECO de la CEDEAO ».

En effet, quasiment depuis sa création en 1975, la CEDEAO, qui compte 15 pays parmi lesquels ceux de l’UEMOA, vise la création d’une monnaie unique. Le projet a connu des avancées en 2019 avec le choix de ce même nom, l’ECO, et l’annonce que les pays qui seraient prêts pourraient rejoindre cette zone monétaire dès 2020. Un délai très court, pour l'éventuel passage du franc CFA à l'ECO également. « Le lancement d’une monnaie unique dès 2020 n’est pas réaliste, estime Estelle Brack. C’est un projet à 3 à 5 ans. Il faudra changer les systèmes informatiques partout où est présente la mention des francs CFA, introduire d’abord la monnaie scripturale (les virements puis les paiements mobile), puis la monnaie fiduciaire, ce qui implique de fabriquer la nouvelle monnaie et de la distribuer partout, jusque dans les régions les plus reculées, et de procéder au retrait des billets franc CFA. C’est un projet complexe et coûteux. »

Critères de convergence

« Le projet de la CEDEAO est un projet d’Union monétaire avec des critères de convergence à respecter. Or pour le moment un seul pays répondrait à ces critères, la Guinée-Bissau. Un pays seul ne peut pas lancer une monnaie unique, il faudrait un noyau dur de pays. Les pays de l’UEMOA constituant déjà une union monétaire avec le CFA comme monnaie commune, ils pourraient représenter ce noyau significatif. Mais ils devraient respecter les critères de convergence pour intégrer la zone monétaire unique ECO telle que définie par la CEDEAO, au même titre que les autres pays anglophones de la zone, y compris le Nigeria », estime Estelle Brack. Ce pays, qui pèse 70 % du PIB de la CEDEAO, fait partie de la Zone monétaire ouest-africaine (ZMOA), avec le Nigeria, le Ghana, le Liberia, la Sierra Leone, la Gambie, anglophones, et la Guinée (Conakry), francophone mais sans appartenir à la zone franc CFA. Ce groupe a fait savoir mi-janvier son désaccord avec le projet de réforme du franc CFA transformé en ECO.

 

[1] UEMOA : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo.

[2] CEDEAO : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo, Cap Vert.

 

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