La pérennité du marché des obligations bancaires hybrides se confirme

L'auteur

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°773

Financement de l'immobilier : profession en chantier

Si les derniers sceptiques avaient encore des interrogations au début de l'année, la pérennité du marché des obligations bancaires hybrides ne fait désormais plus de doute, en particulier celui des Bank Capital Securities, catégorie comprenant les AT1 [1] dont les émissions se multiplient. Ainsi, selon Pascal Decque, analyste Crédit chez Crédit Agricole CIB, « ce marché, qui représentait 15 milliards d'euros en 2013, en pesait déjà 25 fin avril 2014 ». Et tous les établissements semblent aujourd'hui destinés à y avoir recours. Pourtant, fin 2013, le phénomène pouvait ressembler à un feu de paille. Mais la réglementation bâloise demande aux banques d'émettre des titres capables d'absorber les pertes en cas de difficultés et, surtout, le traitement fiscal de ces papiers a été progressivement clarifié par plusieurs États membres de l'Union européenne (dont la France, l'Italie, l'Allemagne…). Ainsi, les établissements européens se sont peu à peu intéressés de plus près à ces titres. Selon Pascal Decque, le marché pèsera à terme 200, voire 250 milliards « puisque le régulateur permet aux banques d'y recourir à hauteur de 1,5 % de leursRWA [2] ».

Cyril Meilland, coordinateur de l’équipe de recherche sur les banques européennes chez Kepler Cheuvreux, remarque que ces titres séduisent les investisseurs, et plus seulement les hedge funds ou les banques privées asiatiques. Les investisseurs américains puis européens sont entrés dans la danse, car ils recherchent des actifs procurant des rendements.

Lors d'une émission, la demande est aujourd'hui 5 à 10 fois supérieure à l'offre. Selon Pascal Decque, cette demande accrue a fait baisser les rémunérations de 8-10 % à 6-8 %.

Attention : avec ces actifs, le versement des coupons n'est pas garanti, mais Pascal Decque souligne que les établissements bancaires souhaitent conserver leur réputation de bons payeurs.

Aux yeux de Cyril Meilland, la facilité des banques à placer ces émissions est rassurante, mais il rappelle que ce mode de financement reste coûteux, « ce qui pèse sur la rentabilité, et donc, à terme, sur la rémunération de l'actionnaire. Toutefois, les émissions ne peuvent représenter plus de 1,5 % des risques pondérés et le niveau actuel des coupons, autour de 6 à 7 %, reste raisonnable pour des instruments de capital. Or ce sont des instruments qui entrent dans le calcul du leverage ratio, c'est donc un bon moyen de satisfaire ce ratio, voire de constituer un buffer (coussin supplémentaire), sans avoir à lever du capital dur et diluer son nombre d'actions. »

Tous les investisseurs ne sont toutefois pas devenus des boulimiques d'AT1. Les plus exigeants en termes de rendements estiment que les taux servis par ces titres sont désormais trop bas.

Quant aux plus prudents, selon une étude récente menée par la banque RBS, ils demeurent à l'écart des Cocos (AT1 convertibles en actions). S. G.

[1] Additional Tier One. Voir "Pour en savoir plus".

[2] Risk Weighted Assets, en français Actifs pondérés des risques.

 

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet