Cet article appartient au dossier : Chine, Année du cheval… et des grandes réformes.

Libéralisation

Le gouvernement chinois multiplie les zones pilotes

En Chine, les annonces de création de zones pilotes se multiplient, comme autant de signaux d'une libéralisation prochaine de l'économie. Cependant, les réformes locales spécifiques promises tardent à venir et, à l'heure actuelle, ces zones restent à l'état de promesses.

La province de Shangdong

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Revue Banque n°770

Chine : année du cheval… et des grandes réformes

La réforme financière annoncée en septembre ​2012 dans le 12e plan quinquennal pour le développement et la réforme de l'industrie financière, et confirmée par le 3e plénum du parti communiste chinois, en novembre 2013, ne fait pas exception à la règle. Dans la lignée de la première zone économique spéciale de Shenzhen, qui a contribué à dessiner la physionomie du secteur industriel chinois tel que nous le connaissons, quatre zones expérimentales – Qianhai, Wenzhou, Lishui et Yiwu – ont été créées en 2012. Elles sont destinées à tester les réformes dans des domaines distincts de l'industrie financière. Si les investisseurs ont commencé à affluer à Qianhai, les trois autres zones sont restées en friche (voir Encadré).

Qianhai : chantier en cours

Qianhai a pour elle un avantage géographique de taille : ce bout de terre de 15 km2 est situé à proximité de Shenzhen et à une heure de route de Hong Kong. L'objectif de cette zone est de tester des initiatives tendant à libéraliser les échanges en RMB : prêts transfrontaliers, émissions obligataires à Hong Kong, trading de devises… Dans le domaine financier, la création de fonds de fonds et le développement du private equity sont également encouragés. En mai 2013, une Bourse des PME a été lancée ; environ 1 700 entreprises s'y sont enregistrées. Mais en l'absence de toute procédure réglementaire, celles-ci peinent à attirer des investisseurs.

22 « politiques » spécifiques en matière financière et fiscale ont été annoncées et promises. Elles sont largement inspirées du système en vigueur à Hong Kong, avec un taux d'imposition sur les sociétés de 15 % (contre 25 % dans le reste de la Chine).

Qianhai, qui affiche de grandes ambitions, communique autour d'une plate-forme de trading spécialisée dans les produits chimiques pour 2015. La ville souhaiterait à terme lancer une douzaine de Bourses spécialisées, auxquelles des investisseurs de Hong Kong et des investisseurs privés pourraient potentiellement participer.

D'après Li Qiang, directeur général adjoint de l'autorité de Qianhai Shenzhen-Hong Kong, 3 600 sociétés se seraient installées à Qianhai en 2013, dont 60 % dans le secteur financier ; parmi elles se trouvent HSBC Holdings, ICBC, Standard Chartered, UBS ou encore Sumitomo Mitsui Banking Corp.

Mais en l'absence d'orientation politique précise, le projet patine quelque peu. L'annonce, en décembre 2013, de l'ouverture d'un bureau local à Qianhai, par la China Securities Regulatories Commission (CSRC), va peut-être contribuer à relancer ce projet.

En outre, suite à la création de la free trade zone (FTZ) de Shanghai, un certain nombre d'institutions financières étrangères sont réputées avoir modifié leurs projets. La zone demeure néanmoins pleine de promesses pour les géants de l'Internet, qui comptent bien s'y implanter, attirés par la promesse d'un accès à Internet non filtré [1]. Parmi leurs projets, figurent le développement de services de paiement en ligne, de solutions de micro-crédit, ou encore de trading de devises. Tencent, la première compagnie Internet d'Asie, a annoncé en décembre 2013 un investissement de près de 1,6 milliard de dollars. Elle attend simplement davantage de précision quant aux réformes qui seront implémentées à Qianhai. Ses principales concurrentes, Alibaba et Baidu, devraient également s'y installer.

Shanghai, concurrente de Qianhai ?

La création de la FTZ de Shanghai, le 29 septembre 2013, a fait grand bruit en Europe, car avec sa Bourse, la ville est le plus important centre financier de Chine continentale. Nombre de banques étrangères, de longue date, y ont ouvert des agences.

Cette zone pilote met l'accent sur l'innovation financière, avec un fort prisme sur le trading de commodities et les produits dérivés ; c'est un enjeu majeur pour un pays qui est le premier consommateur mondial de matières premières. La China Insurance Regulatory Commission (CIRC), qui est l'organe de régulation des assurances, a également déclaré vouloir encourager le secteur de la réassurance libellée en RMB. Tu Guangshao, maire-adjoint de Shanghai, espère que cette zone fera de Shanghai « un autre centre financier international connecté à Hong Kong, notamment dans le cadre de sa joint-venture avec HKEx ».

Mais là-bas, comme dans les autres zones, les réformes annoncées n'ont pas été publiées. Seule une « negative list » recensant tous les interdits a été diffusée en décembre 2013. À l'occasion de l'Asian Financial Forum, Tu Guangshao, minimisant l'absence de règles, déclarait que « les principales politiques avaient été initiées dans la free trade zone ; il reste seulement des ajustements à trouver ». Un corpus complet est annoncé pour le mois de mars. Des mesures venant assouplir la politique actuelle de taux d'intérêt et de change pourraient y figurer. Preuve néanmoins que les choses avancent, les premières transactions transfrontières en Renminbi ont été réalisées à la mi-février. Selon l'orientation de la Banque centrale, les entreprises disposant de licences de services de paiement, qu'elles soient inscrites à Shanghai ou gèrent des filiales dans la zone pilote de libre-échange, peuvent fournir de tels services.

À Shanghai comme à Qianhai, les sociétés étrangères hésitent à sauter le pas. Selon Danien Jian, vice-président du Conseil d'administration de la FTZ, plus de 6 000 entreprises sont enregistrées dans la zone jusqu'ici, dont environ 400 compagnies étrangères. La plupart font du commerce international. Bien que le fonctionnement de la zone soit encore flou, les chiffres semblent témoigner d'un impact positif de la zone sur l'économie locale : « le commerce a crû de 16,5 % en un an, au-dessus de la moyenne nationale de 10,3 %, grâce à la FTZ pilote », a déclaré le maire dans un communiqué en date du 18 février 2014.

Les ambitions de la province de Guangdong

Au-delà du district de Qianhai, la province de Guangdong tout entière affiche l'ambition de devenir une zone spéciale. Marquée par son développement industriel, avec une pollution devenue « problématique » selon les termes mêmes de Liu Wentong, directeur général des affaires financières de la province de Guangdong, la région cherche à diversifier son économie dans le secteur des services : « Peu d'institutions financières sont implantées dans la province, ce qui est une faiblesse », constate-t-il. Selon lui, le Guangdong a construit une coopération fructueuse avec Macao et souhaite utiliser sa proximité avec Hong Kong pour développer le secteur financier. Outre le développement économique que les autorités locales espèrent stimuler de la sorte, elles visent également la diffusion d'une culture financière : « Certaines personnes vivent dans la pauvreté. Les autorités doivent améliorer l'efficacité de leurs investissements ; nous ne pouvons pas nous permettre que, pour 1 dollar investi, seulement 22 centimes aillent aux bénéficiaires. » Guangdong a donc déposé un dossier, dans la perspective de devenir une zone de libre-échange. Il est trop tôt pour parler date de mise en œuvre, mais les autorités croient en leurs chances.

Yunnan-Giangxi, tournée vers l'ASEAN

Dévoilée en novembre 2013, la plus vaste des zones pilotes (près de 318 000 km2 et 44 millions d'habitants) couvre plusieurs villes et préfectures des provinces du Yunnan et de Guangxi. La mise au point de produits financiers dédiés à l'agriculture, les échanges transfrontaliers libellés en RMB ainsi que la modernisation du système financier local figurent dans les priorités de cette zone. Les institutions financières du Sud-Est asiatique seront encouragées à y établir des agences.

Qingdao, la dernière née

Outre Shanghai, la création d'une zone spécifiquement dédiée à la gestion de fortune a été annoncée en février 2014. Cette zone est située à Qingdao, dans la province du Shangdong, au sud-est de Pékin. La zone encouragera l'établissement d'organisations de gestion du patrimoine. L'innovation dans le secteur et dans la supervision sera également favorisée, notamment dans le domaine du contrôle des risques et de la protection des droits et des intérêts des investisseurs et la coopération internationale. Entre autres projets, la ville souhaite créer une Bourse régionale des PME et une Bourse de métaux précieux. La City de Londres s'est immédiatement positionnée pour offrir son expertise ; un projet de MOU a même été envoyé aux autorités chinoises.

À leur suite, d'autres villes tentent leur chance : Hengqin (près de Macao) et Binhai (près de Qingdao) affichent leurs ambitions. À la fin du mois de janvier, des rumeurs autour de la création de nouvelles zones ont aussitôt été démenties par le gouvernement. Les villes et provinces  considèrent que l'obtention d'un statut privilégié constitue une magnifique opportunité pour améliorer l'efficience de leur économie. Mais les lenteurs éprouvées par les autorités dans la mise en œuvre de politiques sur le plan local démontrent bien que le processus de libéralisation, porté à l'échelle d'un pays aussi vaste que la Chine, prendra plusieurs années et demandera bien des expérimentations.

[1] Source: Reuters, 26 septembre 2013, " China's 'mini-Hong Kong' eyes Internet access, shrugs off Shanghai threat."

 

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