Cet article appartient au dossier : Gestion des ressources humaines : les ruptures annoncées.

Recrutement : les attentes des banques ont changé

Après une période de repli, les banques ont recommencé à recruter de façon plus significative. Les critères de sélection ont cependant évolué et les établissements doivent aussi lutter, depuis la crise, contre une image dégradée de la profession.

L'auteur

  • Didier Legrand
    • Responsable de la Délégation patronale
      AFB
    • Président de la Commission paritaire de la banque
  • Gendillou
    • Directeur des Affaires Sociales
      AFB

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°338

Gestion des ressources humaines : les ruptures annoncées

Pourquoi les recrutements dans les banques sont-ils aujourd’hui plus complexes ?

Quatre principaux facteurs expliquent cette complexification.

Le premier, qui est sans doute le plus important, est la dégradation de l'image « employeur » de la profession. Dans le contexte de la crise des subprime, puis celle de la dette et la crise économique, l’industrie a été mise en cause, même si les banques françaises n'ont pas de responsabilité particulière dans la survenance de ces crises. Avec des effets induits sensibles : selon le classement Universum des entreprises préférées des étudiants [1], la première banque française, en 5e position en 2008, est reléguée en 19e position en 2015.

Le second facteur tient plus à un effet de cycle : après de nombreux recrutements entre 2005 et 2010, les banques ont moins embauché dans les années suivantes ; moins présentes sur le marché, elles ont été aussi moins visibles. Aujourd'hui, les recrutements reprennent, ce qui devrait inverser la donne.

Le troisième facteur est que les attentes des banques sur les profils des candidats ont changé. Elles recherchaient initialement des compétences techniques, des diplômés en banque et finance, à tous niveaux, du BTS jusqu'au Master. Aujourd’hui, la recherche porte plus sur des compétences comportementales, comme le savoir-faire commercial, le sens du service, de l’accueil, les capacités d'adaptation, à travailler de façon transversale, etc. En effet, les clients, notamment en banque de détail, se rendent moins souvent en agence et rencontrent plus rarement leur conseiller, ce qui oblige ce dernier à une forme d'excellence dans la qualité de ces contacts. Les banques préfèrent aujourd'hui former une recrue aux techniques bancaires plutôt que d’embaucher un candidat qui n’aurait pas le sens commercial. Cette évolution ouvre une période d'adaptation qui rend le marché plus complexe. En outre, ces profils sont plus rares et les banques se retrouvent en concurrence avec d'autres secteurs d’activité.

Enfin, le quatrième facteur, sans doute pas le plus important mais présent malgré tout, vient de ce que les générations Y ou Z sont parfois en quête d'entreprises plus agiles, notamment dans les technologies digitales, comme les FinTech.

Quels sont les métiers qui recrutent aujourd'hui dans les banques ?

Il faut tout d’abord garder à l’esprit que les banques continuent à recruter de façon significative, même si les effectifs de la profession bancaire sont stables, voire en légère érosion, du fait du grand nombre de départs en retraite des collaborateurs recrutés en masse dans les années 1970. Ainsi, les recrutements ont atteint 15 500 salariés en 2014 sur le périmètre AFB. De plus, dans le cadre du relevé de conclusion signé sur la mise en œuvre du pacte de responsabilité, la profession s'est engagée à embaucher sur ce même périmètre plus de 40 000 collaborateurs sur la période 2015-2017 .

Les recrutements concernent en premier lieu les professions commerciales, à tous niveaux de bac +2 à bac +5 : conseillers bancaires généralistes mais aussi patrimoniaux, banquiers privés, spécialistes de la relation entreprise, ou du haut de bilan, etc.

La deuxième grande catégorie de profils recherchés concerne les métiers touchant à l'informatique et à l'organisation, marqués par l'évolution permanente des technologies. Les banques ont besoin de personnes capables de les accompagner dans ces adaptations : responsables de projet ou organisateurs. Pour autant, pas question de cibler des techniciens purs : dans ce domaine également, les candidats doivent être à même d'interagir avec leurs clients internes et externes.

Ensuite, le phénomène de digitalisation de la banque fait que toutes les entreprises du secteur sont intéressées par des spécialistes de ces technologies et des datas. Elles apprécient également dans ce registre les profils de commerciaux attirés par un mode de relation distant avec les clients, que ce soit par téléphone ou Internet.

Enfin, la montée en exigence des régulateurs, la multiplication des réglementations bancaires conduisent les établissements, en France comme ailleurs, à étoffer leurs dispositifs de conformité.

Comment restaurer l'image du secteur bancaire ?

Quatre principaux leviers peuvent être actionnés :

  • le premier vise à rappeler sans cesse que nos métiers sont économiquement et socialement utiles. Le travail réalisé sur ce sujet par la profession, au niveau de l’AFB comme des établissements eux-mêmes, est considérable et doit perdurer ;
  • le deuxième levier consiste à mieux faire connaître ces métiers, leur diversité et leur évolution, surtout dans une période où la banque change beaucoup. Les actions entreprises par l’AFB dans cette perspective sont positives et doivent être poursuivies et amplifiées. L'AFB a notamment prévu, au deuxième semestre 2015, un programme de rencontres avec des universités et des écoles d’enseignement supérieur ;
  • le troisième levier est d’expliquer que les entreprises bancaires sont des organisations avec des ambiances de travail agréables et des relations enrichissantes avec les clients. Preuve en est que les démissions restent très ponctuelles : les collaborateurs peuvent passer d’un groupe bancaire à un autre, mais quittent rarement le secteur. Le turnover en dehors de la profession est quasi nul ;
  • enfin, le dernier point consiste à être encore plus proche des candidats, en adaptant nos modes de contact, par exemple en utilisant au mieux les réseaux sociaux ou en développant des programmes de cooptation ou de recommandation.

Quels sont les atouts que mettent en avant les nouveaux embauchés et qui justifient leur choix de travailler dans la banque ?

Un certain nombre de critères restent appréciés : d’abord les investissements importants que les banques consacrent à la formation, tout au long de la vie professionnelle. Ensuite, elles continuent d’offrir des diversités de parcours et des possibilités de faire carrière, même si cet argument est peut-être moins accrocheur pour les nouvelles générations Y ou Z plus mobiles et moins fidèles à un employeur.

Un autre attrait de la profession reste sa capacité à intégrer des jeunes. Les banques ont été historiquement très engagées dans l'alternance, mais recrutent aussi des stagiaires et des VIE [2]. Les rémunérations de la profession et les niveaux de protection sociale sont jugés plutôt corrects.

Puis viennent des atouts propres à chaque établissement : certains candidats peuvent être attirés par les banques qui proposent d'évoluer à l'international ; d'autres, à l’inverse, vont privilégier les réseaux régionaux, qui permettent de construire une carrière localement.

Les banques mènent-elles des réflexions en termes d'organisation du travail et des possibilités ouvertes par les nouvelles technologies, par exemple sur le télétravail ?

Ces évolutions sur le « travailler autrement » sont importantes, en particulier pour les nouvelles générations. Celles-ci ont un rapport au lieu et au temps de travail qui n’est pas structuré comme celui des générations précédentes. Beaucoup d'établissements mènent des expériences plus au moins avancées sur ces sujets.

 

[1] Le cabinet Universum réalise cette enquête tous les ans auprès de plus de 240 000 étudiants, dont 40 000 en France.

[2] Volontariat international en entreprise.

 

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