Paiement sans contact, en ligne, instantané…

La nouvelle géographie des paiements

La série de quatre dossiers sur les nouveaux usages et l’adaptation des moyens de paiement, déclinée tout au long de l'année 2019, montre l’émergence d’une nouvelle géographie des paiements, qui se caractérise par une chaîne de valeur de plus en plus significative de ce service, une plus forte substituabilité des moyens de paiement et l’irruption des FinTechs, venant compléter les offres bancaires traditionnelles.

nouvelle géographie des paiements

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°837

Les nouvelles frontières de l'assurance

À travers notre série d’articles sur les cas d’usage et les moyens de paiement afférents, nous avons pris les prismes spécifiques du transport [1], des dépenses professionnelles [2] et de l’économie sociale et solidaire [3]. Ils ont montré à la fois la très grande diversité des usages, y compris au sein d’une même catégorie, l’adaptation nécessaire des moyens de paiement aux spécificités de ces usages, ainsi que le rôle privilégié joué par des FinTechs pour apporter des réponses adaptées aux besoins, y compris de niche.

Pour conclure cette série d’articles publiés en 2019, nous nous tournerons vers l’avenir proche. En effet, nous aborderons les usages émergents et les moyens de paiements en devenir ou bien déjà existants, mais à adapter, en les caractérisant par un aspect spécifique d’usage, en nous concentrant sur trois thématiques :

  • le formidable développement du paiement sans contact ;
  • l’inépuisable essor du paiement en ligne ;
  • le pari du paiement instantané.

Le formidable développement du paiement sans contact

Le paiement sans contact est plébiscité par les Français et les commerçants. Avec près de 2 milliards de transactions, soit environ 15 % du volume des paiements par carte, il semble maintenant suffisamment mature pour être étendu à de très nombreux usages, au-delà du paiement de proximité par carte bancaire.

Dans les transports publics, à travers l’open payment [4], le sans contact sur les valideurs (en remplacement des titres de transport) arrivera rapidement dans un très grand nombre d’agglomérations. Toujours dans les transports, le paiement sans contact semble évident aux péages d’autoroute. Encore faut-il que les banques acceptent de passer le plafond à 50 euros (limite fixée par l’Europe) pour répondre au besoin de régler de longs trajets d’un montant de péage fréquemment supérieur à 30 €.

Malgré un démarrage très en retard sur les prévisions, le paiement sans contact par mobile est en croissance, en particulier avec Apple Pay, essentiellement auprès des générations Y et Z, nativement mobile centric. En développement dans la période récente, ce type de paiement rencontre toutefois une contrainte lorsqu’il est nécessaire, chez le commerçant, d’associer la carte (virtuelle dans le cas d’un wallet mobile) à un profil utilisateur. En effet, le client ne connaît que le numéro de sa carte physique (Primary Account Number – PAN) et non pas celui utilisé par son m-wallet, alias (« token ») du numéro de la carte physique. Or cette association carte-profil utilisateur est nécessaire dans les usages de paiement physique, associés à un client donné, typiquement pour suivre ses comportements d’utilisation. C’est par exemple le cas en open payment ou dans le parking public ou encore demain dans les autoroutes, mais aussi pour tout type de distributeur automatique pour lesquels le fournisseur souhaite connaître ses utilisateurs et mettre cette connaissance à profit pour leur vendre en omnicanal. La solution, disponible à l’étranger chez les réseaux internationaux Visa et Mastercard, viendra par un nouveau mécanisme, le PAR (Payment Account Reference), permettant d’avoir un identifiant commun partagé entre le support physique (la carte) et ses dérivés virtuels (wallet mobile ou « wearable ») et donc de réconcilier l’usage du m-wallet avec le PAN de la carte physique qui y a été enregistrée.

Enfin, pour favoriser la généralisation du sans contact, il semble aussi essentiel d’éviter de faire trop souvent appel à un paiement classique (avec saisie du code confidentiel) et ainsi tenir la promesse de simplicité. Certes, le changement de mode de paiement (frappe du code au-dessus d’un certain montant ou au-delà d’une certaine fréquence de paiements sans contact) imposé sur le point d’acceptation (TPE) est justifié par les émetteurs pour limiter les risques de fraude ; pour autant, il procure une expérience utilisateur peu ergonomique que les clients acceptent difficilement, d’autant que plus l’on utilise le sans contact, plus on est confronté à la demande de paiement contact avec PIN. Il faudra sans doute que les pratiques évoluent pour faciliter ce type d’usage.

L’inépuisable essor du paiement en ligne

On assiste depuis quelques années à un transfert massif de l’activité dans le monde réel vers une présence dans l’univers du web et des paiements en ligne afférents. C’est le cas des achats, des abonnements, et de tous types de règlements (jusqu’aux impôts, l’administration fiscale imposant le paiement en ligne par prélèvement au-delà de 300 €). Aussi l’ensemble des moyens de paiements et assimilés se virtualisent et sont en passe d’être acceptés en ligne, tout comme la carte. On a vu par exemple les titres restaurant, les « cartes » cadeaux et les chèques vacances se digitaliser, y compris pour réaliser les paiements en ligne. On voit aujourd’hui l’arrivée massive des moyens de paiement basés sur des QR-codes, à l’instar des systèmes de paiement chinois AliPay ou WeChat Pay.

Bien évidemment, le cash est traité, avec sa transformation en un code à payer en ligne (p. ex., via PaySafeCash), même si cela reste marginal en France. En revanche, il reste à traiter la santé en ligne avec la Carte vitale dématérialisée, ainsi que l’assurance complémentaire (à la prise de rendez-vous ou à la téléconsultation), ainsi que les droits à des prestations de santé.

Notre société se base de plus en plus sur des services récurrents, où l’achat pur et simple est remplacé par un usage dans la durée. La gestion de l’abonnement en ligne afférente nécessite la mixité des moyens de paiement, par exemple pour un abonnement mobile, en associant un paiement par carte pour régler l’achat du mobile et ouvrir l’abonnement immédiatement (en bénéficiant de la garantie de paiement attachée à ce moyen de paiement) et le SDD pour pérenniser l’abonnement sans avoir à gérer les changements de carte lors de son renouvellement. L’instantanéité du premier paiement pourrait aussi être traitée avec le nouveau SCT-inst (ou Paiement instantané).

Cette véritable économie de l’abonnement donne lieu à une forte créativité de services autour de l’acte de paiement lui-même :

  • tournés vers les créanciers : traitement intelligent des retours/impayés (p. ex., SlimPay), plus grande intégration avec la souscription du service sous-jacent (p. ex., Zuora, qui a d’ailleurs un partenariat avec SlimPay), appui à la gestion des demandes d’information/réclamations de leurs consommateurs ;
  • tournés vers le client final : mieux l’aider à gérer ses abonnements (ideel.io), lui faire des offres cross-créanciers, en s’appuyant sur l’Intelligence artificielle (encore en gestation, mais plusieurs acteurs y travaillent).

Le pari du paiement instantané

Dans notre civilisation de l’immédiateté, il semble naturel que les paiements soient instantanés, tout autant que l’information, la communication et les réseaux sociaux. En voici des exemples parlants :

  • le transfert d’argent entre personnes se doit d’être aussi rapide d’un paiement en liquide, pour matérialiser l’appropriation des fonds ;
  • le crédit à la consommation a tout intérêt à être immédiat pour permettre l’achat du bien convoité dans la foulée ;
  • le règlement d’assurance ou de soutien social en urgence justifie l’instantanéité pour sortir l’assuré ou le bénéficiaire d’une situation bloquante ou délicate ;
  • la majorité des PME, qui sont souvent à court de trésorerie, n’attendent que des paiements plus rapides, sans délai de virement ;
  • et peut-être bientôt, avec les taux négatifs et la facturation afférente des dépôts excessifs, il pourrait être décisif de se défaire immédiatement des fonds payés ou transférés, à titre personnel ou professionnel, ainsi que pour le cash management des entreprises.

Le lancement récent du SCT-inst a pour ambition de permettre de répondre à toutes ces attentes et d’ouvrir le champ à de nouveaux services, encore à construire. Mais ce nouveau produit reste néanmoins un pari sur l’avenir, car il vient en concurrence de deux moyens de paiement déjà bien installés (la carte bancaire et le virement classique) et, pour pouvoir prétendre à les remplacer en tout ou partie dans les usages quotidiens de la clientèle, il devra démontrer sa valeur ajoutée.

Conclusion

Les nouveaux moyens de paiement comme le paiement instantané génèrent naturellement une évolution des usages, via de nouveaux parcours clients. Pour autant, des paiements et des pratiques déjà implantés (comme le sans contact et la consommation en ligne) continuent de susciter des évolutions pour les utiliser plus largement, dans des cas d’usage qui n’étaient pas imaginés à l’origine.

Au terme de cette série 2019 de quatre dossiers sur les nouveaux usages et l’adaptation des moyens de paiement à leurs spécificités, nous voyons émerger une nouvelle géographie présentant les caractéristiques suivantes :

  • la chaîne de valeur du paiement s’accroît considérablement, l’offre de services de paiement devenant un prétexte pour fidéliser et rentabiliser davantage les clients, en leur proposant des services en amont et en aval de l’acte de paiement ;
  • les frontières traditionnelles entre les différents moyens de paiement ont tendance à s’estomper au profit de leur association ou de leur substituabilité, en fonction du contexte d’usage, de la sécurité et de la qualité de l’expérience client ;
  • les acteurs fournisseurs de solutions se diversifient, avec notamment l’irruption des FinTechs, qui viennent selon les cas compléter, améliorer ou concurrencer les offres bancaires traditionnelles, pour le plus grand bénéfice des clients.

 

 

 

 

[1] « Transport – Vers le tout digital », Revue Banque n° 831, avril 2019, p. 56.

[2] « Dépenses professionnelles – Entre facilitation et contrôles », Revue Banque n° 833, juin 2019, p. 58.

[3] « Paiements en ESS – Une très grande diversité de cas d’usage », Revue Banque n° 835, septembre 2019, p. 64.

[4] Pierre Françon, « Ville intelligente – Les enjeux de l’open payment », Revue Banque n° 834, juillet-août, p. 58.

 

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