Cet article appartient au dossier : Gestion des ressources humaines : les ruptures annoncées.

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Les rémunérations dans l’industrie bancaire : un marché disparate

La volonté de conquête des banques, dans un environnement concurrentiel accru, les incite à axer leurs recrutements sur des fonctions commerciales et techniques. Elles semblent prêtes à faire des efforts sur les rémunérations pour trouver les candidats aux profils adéquats.

Les rémunérations dans la banque de financement et d’investissement

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Banque & Stratégie n°338

Gestion des ressources humaines : les ruptures annoncées

Depuis fin 2014 et après plusieurs années d’attentisme, le secteur bancaire est marqué par une reprise des recrutements externes des métiers juniors et opérationnels. L’année 2015 a de ce fait commencé sous les meilleurs auspices, avec en toile de fond des départs à la retraite qui s’intensifient dans le secteur depuis 2013. Un certain nombre de facteurs viennent expliquer cette recrudescence des recrutements.

Une nouvelle politique de conquête des parts de marché

Ces derniers mois, la banque a avant tout mobilisé ses besoins en recrutement sur les métiers commerciaux, afin de gagner des parts de marché. Si entre 2012 et 2014 la répartition des volumes de recrutement était de 70 % sur les fonctions support et 30 % sur les fonctions en front office, le curseur a bougé en 2015 : la répartition est en effet aujourd’hui à 50/50.

Après de nombreuses années de rétention, les réseaux bancaires ont lancé des projets très ambitieux de plusieurs milliers de recrutements pour suivre la reprise économique et renforcer leur ligne commerciale. Nous avons ainsi pu participer au premier semestre 2015 à des campagnes de recrutement initiées par les banques de réseaux nationales et mutualistes qui concernaient toutes les fonctions de vente, du conseiller particulier, au poste de management ou de gestion de portefeuilles professionnels. Les banques recrutent massivement des conseillers particuliers ou professionnels pour leurs agences physiques, les banques en ligne cherchent à recruter pour leurs nouveaux centres de relations clients spécialisés par services et par produits.

La très forte intensité concurrentielle dans le secteur de la gestion privée, marché opportuniste et dynamique, se traduit par la recherche de gérants privés capables de rapatrier leurs encours, rémunérés selon leur portefeuille entre 100 et 150 K€.

On observe également une recrudescence des recrutements pour les métiers de l’asset management : les sociétés de gestion ont besoin d’attirer des talents pour soutenir leur développement (création de nouveaux produits, de fonds de placements, de produits internationaux). Elles sont donc à la recherche d’assistants gérants (pour une fourchette de rémunération entre 35 et 40 K€) et d’analystes juniors (40-45 K€), de formation ESC ou école d’ingénieurs.

Révolution numérique et évolution réglementaire

Cette politique de conquête de nouveaux clients a aussi pour conséquence directe une recrudescence des besoins sur les métiers du traitement des opérations en back- et middle-office. Mais d’autres tendances fortes se dessinent.

La révolution numérique, tout d’abord, impacte pleinement les profils recherchés : la nouvelle segmentation de la clientèle, autonome sur les opérations de base avec les moyens technologiques que sont les smartphones et tablettes, et la montée en puissance des banques en ligne poussent les établissements à remettre les fonctions IT au cœur de leur activité, et donc à recruter des profils plus techniques en informatique. Par ricochet, elles font progresser en compétences techniques leurs équipes commerciales désormais sollicitées pour des opérations commerciales plus pointues.

Ensuite, l’évolution législative et réglementaire du marché (AML, Bâle, Ratio, Solvency 2) crée de nouvelles opportunités pour les profils risques et compliance, désormais au cœur de l’activité financière. Les rémunérations moyennes sont en croissance, notamment sur les profils de plus de cinq années (55-65 K€) et 10 années d’expérience (80‑90 K€).

Les moyens de paiement, au cœur de l’innovation bancaire, nécessitent notamment de nouvelles compétences en back-office et marketing, qui voient leur salaire moyen augmenter de 10 % en deux années.

Dans le cadre de cette nouvelle politique, le secteur reste disposé à avoir massivement recours au travail temporaire, aux CDD et aux contrats en alternance, qui demeurent de vrais tremplins pour accéder au CDI. Cela se vérifie sur les métiers du back- et du middle-office senior (dont la rémunération est supérieure à 40 K€ par an).

Des politiques de rémunération individualisée

Le secteur consent de plus en plus à des augmentations dans les grilles salariales des collaborateurs en poste : nous assistons en effet à une importante vague de départ à la retraite, difficilement maîtrisable, qui constitue un véritable levier de négociation salariale pour les nouveaux recrutés. Les jeunes diplômés sont toujours les grands gagnants de ce nouveau souffle puisqu’ils bénéficient d’une plus grande marge de manœuvre pour négocier leur salaire à l’embauche.

Au regard de la situation actuelle et avec la reprise observée au premier trimestre 2015, une hausse du volume d’opportunités peut être attendue, notamment sur les postes opérationnels et commerciaux. Le secteur devra donc être capable d’attirer les meilleurs profils en proposant des salaires motivants et en diminuant le temps de finalisation des processus de recrutement.

 

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