« L’informatique de gestion est le seul métier dont la productivité diminue avec le temps, c'est-à-dire avec la complexité du système d'information. » « Si les méthodes marchaient, il n’y en aurait pas autant : méthode en V, en cascade, etc. » Ces deux constats émanent de Pierre Pezziardi, qui fut DSI de la BRED de juin 2010 à septembre 2011, avant de fonder Notrebanque.com. Amers ? Pas vraiment. Ce spécialiste de l’agilité informatique et du Lean IT pointe juste du doigt le principal problème de l’informatique actuelle, bancaire ou non, et met en garde contre l’application bête et méchante d’une recette miracle : le Lean IT. En effet, comme d’autres termes informatiques courants – cloud computing, consumérisation de l’IT, méthodes agiles –, le Lean IT est mis depuis quelques années à toutes les sauces et vendu comme l’outil idéal pour réformer ses services informatiques. En effet, quand cette façon de manager les équipes est mise en place correctement, les résultats sont visibles très rapidement (dans les 3 à 5 mois après le lancement).
Chercher l’amélioration permanente
De quoi s’agit-il au juste ? Pour Marie-Pia Ignace, Senior Advisor à l’institut Lean France et fondatrice d’Operae partners, « le Lean travaille sur quatre sujets complémentaires : satisfaire complètement le client, travailler juste à temps, construire de la qualité à l’intérieur du processus en faisant les choses correctement du premier coup et passer par le développement des collaborateurs et que chacun soit autonome et proactif dans les trois points précédents. » Dans un département informatique, le Lean va avoir plusieurs actions :
- dans la maintenance, il cherche à réduire le temps de traitement des incidents et à en éliminer le plus possible les causes ;
- dans la conduite de projet, il s’agit de renforcer le travail en équipe pour être plus rapide et plus fiable et chercher l’amélioration permanente ;
- dans la production, il vise à améliorer les processus.
Une équipe informatique « responsable de bout en bout »
Concrètement, comment mettre en place une approche Lean IT qui fonctionne ? « L’essence même du Lean, c’est la débureaucratisation au sens large de l’informatique, estime Pierre Pezziardi, c ’est-à-dire le décloisonnement des équipes. En particulier, le décloisonnement entre études et productions pour arriver à du “
Des résultats en moins de trois mois
Pour autant, la mise en place du Lean IT n’est pas instantanée. « Il y a une dimension humaine du Lean très forte », constate Xavier Muller. « Au niveau de la DSI, il y a une déconnexion entre les managers et les équipes de développement ou de production. Une des grandes difficultés du Lean IT est que c’est une méthode bottom-up, alors que les DSI ont souvent une approche top-down pour donner les grands objectifs de stratégie et de performance, et il faut réussir à faire la coordination des deux. » Pour faire du Lean, il ne suffit donc pas de plaquer quelques méthodes qui en sont issues. « Il faut opposer le Lean-outil, qui ne change pas la culture de l’entreprise, et le Lean-culture, qui va la modifier, mais prend plus de temps et n’est pas forcément simple à implanter » prévient Pierre Pezziardi, qui précise que « si l’on vous parle de schéma directeur Lean, de responsable Lean, ce sont des signaux faibles du déploiement total de la méthode, c’est le signe de l’échec. P ar contre, si on parle de valeur pour le client, de cycle court, d’autonomie, nous sommes dans le Lean-culture. Un autre bon signal est la confrontation la plus rapide à l’usager. Tous les résultats ont été obtenus en moins de trois mois. »
Marie-Pia Ignace propose des indices complémentaires pour reconnaître un bon consultant qui vous aidera à installer du Lean chez vous. « Déjà, si un cabinet n’est pas capable de tenir les délais et les budgets sur ses propres projets, il n’est pas à consulter pour du Lean. S’ils savaient en faire, ils commenceraient par l’appliquer chez eux. De même, il faut regarder l’atmosphère salariale chez le prestataire. Si elle est mauvaise chez eux, c’est que le Lean est mal fait. Une fois installé chez vous, y a-t-il transfert de compétence Lean vers vos équipes ? Des premiers résultats sont-ils visibles rapidement ? » Elle rappelle également que l’expert Lean doit être compétent en informatique. Une difficulté réelle, car le Lean reste pour l’instant bien ancré dans le monde industriel.