Si, ces dernières années, la microfinance s’est énormément développée, passant en 15 ans de 5 millions à 200 millions de clients, elle est largement restée en dehors du secteur bancaire. Dans les années 1970, quand Mohammed Yunus a lancé la microfinance au Bangladesh, c’était suite à un constat sans appel : les banques ne s’intéressaient qu’aux clients fortunés et aux grandes entreprises. C’est toujours largement le cas aujourd’hui. En France, selon le rapport de l’Inspection générale des finances publié sur le sujet en mars 2010, les banques vont doucement vers ce type de financement. Néanmoins, le paradoxe demeure, car si la microfinance a pu se développer dans les années 1990, c’est aussi grâce à l’investissement socialement responsable (ISR), qui a trouvé dans la microfinance un secteur un peu « miracle » lui permettant d’obtenir des perspectives de retours sur investissement très corrects, voire importants. Ceci constitue une chance mais aussi un risque pour la microfinance, car tout en permettant un fort développement, cet intérêt de l’ISR pour la microfinance a aussi participé à sa forte commercialisation.
Et c’est à cause de cette commercialisation que la microfinance a perdu de vue sa mission originelle : lutter contre la pauvreté et participer à l’inclusion financière des plus pauvres.
Néanmoins, elle ne doit ni être perçue comme une solution miracle, ni être diabolisée. De même, il ne faut pas se méfier à tout prix des subventions pour la microfinance, qui pour certains viennent fausser le marché. Les subventions pour un marché comme la microfinance sont plus que nécessaires. L’idéal pour une société de microcrédit serait que son financement s’appuie sur un montage hybride : un savant mélange de subventions et d’investissements commerciaux.