Sharing economy : un nouveau business tisse sa toile

Dossier réalisé par Annick Masounave

Introduction

Sharing economy : un nouveau business tisse sa toile

Ils s’appellent AirBnb, SideCar, BlaBlaCar, Uber, Albert, Neighborgoods, Kickstarters, Lending Club, Fon ou encore compte Nickel … En quelques années, ces start-up de la sharing economy ont su s’imposer dans le paysage de la consommation. Certaines sont devenues des marques mondiales, révélant une mutation profonde et durable des usages. La finance n’échappe pas à ce vent d’innovation, porté par ce qu’il convient de nommer la révolution numérique de l’économie.

Sharing economy

En dix années, l’essor de la sharing economy a bouleversé les modes de consommation. Conséquence conjointe de la crise économique et de l’explosion des réseaux sociaux, les consommateurs se sont faits « consommacteurs » et ont commencé à afficher d’autres attentes vis-à-vis de ce qui n’est plus pour eux un simple acte d’achat. Lisa Gansky [1], l’une des théoriciennes du concept, le résume ainsi : « Les entreprises traditionnelles respectent une formule simple : créer un produit ou un service, le vendre, collecter l’argent de la vente. Mais au cours des dernières années un modèle fondamentalement différent a vu le jour – dans lequel les consommateurs ont davantage de choix, d’outils, d’information, et de pouvoir d’interaction. » Dans le secteur financier, les déclinaisons sont multiples et touchent désormais l’ensemble des métiers de la banque. L’assurance elle-même est concernée par ce mouvement, avec en France des initiatives de mutuelle solidaire.

Il serait tentant de croire que le succès des initiatives est porté par un simple sentiment « anti-banques », qui se serait aggravé avec les années de crise. Mais ce serait réducteur que de l’affirmer ; ce serait occulter l’innovation et les promesses portées par ces « jeunes pousses », qui pour certaines ont déjà bien grandi. Cela reviendrait également à nier la professionnalisation et l’influence croissante des nouveaux entrants, qui ont su saisir les opportunités offertes par la directive Service de paiements, et plus récemment en France, par l’ordonnance Crowdfunding, qui donne aux acteurs un statut légal et une certaine crédibilité, via une régulation ad hoc.

Avec des croissances à deux chiffres, les fonds collectés témoignent de l’attractivité grandissante de cette branche de la finance, auprès du grand public mais également des investisseurs. Désormais, l’equity crowdfunding figure en bonne place dans les sources de financement des start-up, aux côtés des acteurs traditionnels, publics et privés, du capital-risque.

Chahutées dans leur business model et leur monopole par de nouveaux concurrents qui, à l’instar de Prêt d’Union ou du Compte-Nickel, communiquent crânement sur leurs avantages concurrentiels, les banques ne sont cependant pas en manque d’initiatives. Cependant, se préparent-elles suffisamment à cette mutation numérique ? Doivent-elles craindre la concurrence des GAFA [2], ou d’homologues étrangères qui auraient mieux intégré les enjeux de la sharing economy ? Jeremy Rifkin affirme que oui. Annonçant la fin du capitalisme, il fonde son raisonnement sur la théorie du « coût marginal zéro » et explique dans son dernier ouvrage [3] que la baisse des coûts induite par l’économie du partage peut abattre des pans entiers de l’économie globale, tous secteurs confondus.

Dossier réalisé par Annick Masounave

[1] Auteur en 2010 de The Mesh : Why the Future of Business is Sharing, Lisa Gansky a également créé « Mesh : The Pulse of the Sharing Economy », un site destiné à mettre en avant les initiatives liées à la sharing economy.

[2] Acronyme désignant Google, Amazon, Facebook et Apple, dont il se dit qu’ils pourraient considérer de venir un jour concurrencer les banques.

[3] The Zero Marginal Cost Society: The Internet of Things, the Collaborative Commons, and the Eclipse of Capitalism, ouvrage paru aux États-Unis en mars 2014.

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