L’enjeu de la rentabilité

Introduction

Après la période de vaches maigres post-crise financière de 2008, l’heure des bénéfices plantureux est-elle de retour dans l'industrie bancaire ? Les chiffres de 2021 pourraient le laisser croire. Pourtant, des enjeux majeurs demeurent. Et les marges de progression des banques sont non négligeables…

L'enjeu de la rentabilité

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°866

L'enjeu de la rentabilité

L’agenda financier de février 2021 était clair : BNP Paribas le 8, Société Générale, Crédit Mutuel et Crédit Agricole, le 10. La teneur des résultats l'est tout autant. BNP Paribas ? 9,5 milliards de profit en 2021. Deux jours plus tard, le Crédit Agricole se distinguait avec un bénéfice de 9,1 milliards pour le Groupe et de 5,8 milliards pour Crédit Agricole SA, sa structure cotée. De quoi pousser Philippe Brassac, son directeur général, à dépeindre CASA comme un « récidiviste » car, en 2019, la banque avait déjà franchi la barre fatidique des 5 milliards de profits fixée dans ses objectifs pour 2022 (5,3 milliards).

La Société Générale, elle, sortait 5,6 milliards de profit après une perte en 2020. Et Frédéric Oudéa, son directeur général, de se féliciter de ce résultat historique, au-delà du précédent record de… 2006 ! Quant au Crédit Mutuel Alliance Fédérale, elle a dégagé un bénéfice 3,5 milliards. « Efficacité opérationnelle et dividende social : Crédit Mutuel Alliance Fédérale boucle une année exceptionnelle au service de ses clients et de toute la société », résumait l’établissement dans son communiqué de presse.

Une remontée des taux favorable au secteur

Les profits des banques françaises excèderont les 30 milliards en 2021. Mais pourquoi diable, en décembre dernier, Dominique Laboureix, secrétaire général de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, se plaignait-il d’une trop faible rentabilité des banques européennes par rapport aux américaines ? Déjà, que penser de la situation des établissements hexagonaux sur le vieux continent ? « En moyenne, le résultat d'exploitation (après dépenses opérationnelles et coût du risque) sur encours pondérés s'élève à environ 1,9 % en 2021 pour les six banques françaises contre environ 2,2 % pour les 20 principaux groupes bancaires européens », nous explique Rafael Quina, de Fitch Ratings. Retour les pieds sur terre.

Comment la banque française peut-elle améliorer ? On peut déjà espérer que l’environnement soit plus favorable. Éric Dor, professeur à l’IÉSEG, a ainsi été chargé d’évaluer l’impact de la remontée anticipée des taux. Cette dernière sera globalement favorable même si, à court terme, ce mouvement peut être contreproductif. En 2022, les banques françaises devraient peu en profiter. Les chiffres d'Antonio Roman, gérant chez Axiom AM, le confirment.

Quid des actions à mener dans le secteur de la banque de détail ? En n’oubliant pas que la rentabilité est un simple calcul mathématique entre, notamment, des recettes d’un côté – le produit net bancaire dans notre univers – et des charges de l'autre. Nicolas Taufflieb et Mark Bennett, d’Alvarez et Marsal, insistent sur la réduction de ces dernières, vu le niveau encore élevé des coefficients d’exploitation. Avant de suggérer des coupes drastiques dans les effectifs et les réseaux d’agence, quitte à remettre en cause le pacte social de la profession ! Rafael Quina, lui, propose de mettre un peu d’ordre dans les très onéreuses couches de structures juridiques.

Le digital et le climat en ligne de mire

Notre dossier aurait pu se limiter à analyser les comptes de résultats. Mais il y a les grands enjeux autour du digital et de la finance durable. Sur le premier thème, notre choix a été de consulter à la fois des observateurs et des acteurs. Sylvain Deniau et Philippe Bailly de D-Rating nous livrent leurs préconisations, pour changer d’approche sur le digital. Benoit Grisoni, directeur général de Boursorama, nous dévoile tout de la stratégie d'un acteur en fait atypique du marché de la banque en ligne. Enfin, il y a ce thème de la finance durable à ne pas négliger. Coût ou opportunité ? C’est à Philippe Heim, le patron de la Banque Postale, que nous avons choisi de poser la question. Logique : d’une part, il a annoncé une sortie du pétrole et du gaz à échéance 2030 ; d’autre part, nous ne pouvions l’interroger sur ses résultats, qui ont été publiés le 1er mars, juste après la mise sous presse de ce numéro !

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