Change et taux

La Réserve fédérale prépare les marchés à une hausse des taux… conditionnelle !

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Revue Banque n°798

Innovation financière : l’effervescence des pays émergents

Mi-mai, les messages envoyés par plusieurs membres de la Réserve fédérale étaient étonnamment convergents. Trois présidents de réserves régionales – J. Williams, D. Lockhart et R. Kaplan – ont d’abord pris soin d’expliquer que les marchés sous-estimaient la probabilité d’une remontée rapide des taux directeurs. Les propos d’E. Rosengren (président de la Fed de Boston), pourtant longtemps favorable au maintien de taux bas, puis de W. Dudley (président de la Fed de New York) leur ont rapidement fait écho. Les déclarations, fin mai, de J. Yellen sont venues convaincre les plus sceptiques.

Le moment choisi par la Réserve fédérale pour annoncer une nouvelle hausse de ses taux a pu sembler singulier : avant même la publication, début juin d’un chiffre très faible de créations d’emplois, la croissance du premier trimestre avait déçu, l’investissement des entreprises semblait à l’arrêt et l’appréciation passée du dollar pesait toujours sur les exportations américaines. Le moment choisi est toutefois moins déraisonnable qu’il n’y paraît. Au fil des mois, l’économie américaine a continué en effet de s’approcher du plein-emploi. Et les tout derniers indicateurs laissent penser que la croissance des prochains trimestres sera plus soutenue (proche de 2 %), tirée par la dépense des ménages.

Pour la Fed, relever bientôt son taux directeur est d’autant moins risqué que l’effet de frein sur l’économie a toutes les chances d’être modeste. En agissant au moment où la BCE continue, par ses achats, à tirer vers le bas non seulement la courbe des taux européenne, mais aussi par ricochet celle des États-Unis, la Fed sait qu’il est peu probable de voir les taux longs américains réagir fortement. Or, plus encore que par le passé, l’essentiel de la transmission de sa politique monétaire passe par le mouvement de ces taux : ils déterminent non seulement ceux auxquels les ménages empruntent, mais jouent aussi, depuis plusieurs mois maintenant, un rôle moteur dans les fluctuations du change du dollar. En poursuivant – à petits pas – la normalisation de ses taux directeurs, la Fed s’assure – à faible coût ! – contre le risque de voir, demain, les taux d’intérêt à long terme remonter brutalement.

 

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