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Opposition transatlantique !

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°752

Shadow Banking : pas si obscur…

Le discours de Ben Bernanke à Jackson Hole comme la décision récente du comité de politique monétaire de la Fed pourraient presque déconcerter de ce côté-ci de l’Atlantique : alors que la croissance continue de progresser à un rythme modeste et que, depuis 2009, le taux de chômage rebaisse lentement, la Réserve fédérale reste suffisamment préoccupée par l’état du marché du travail pour continuer d’assouplir sa politique. Ce volontarisme est louable. Mais la Fed a-t-elle encore les moyens d’influer sur l’activité ? Ses taux directeurs sont déjà au plancher et l’effet de nouveaux achats de titres sur la partie longue de la courbe a toutes les chances d’être relativement marginal.

La Fed n’en est pas pour autant totalement démunie. Elle dispose encore d’un outil qui peut être particulièrement efficace : sa politique de communication. Elle s’est mi-septembre engagée à garder ses taux bas jusqu’à mi-2015, une promesse qu’elle peut encore étendre. En préciser les termes serait une autre possibilité : cela l’engagerait certes plus, mais ne serait pas sans effet. La promesse de la Banque Centrale est en effet ambiguë. En annonçant qu’elle maintiendra ses taux bas jusqu’en 2015, la Fed peut ne livrer qu’une prévision économique : l’activité restera faible pendant encore plusieurs années. Elle peut aussi dire qu’elle ne suivra pas sa règle « ordinaire » et restera accommodante plus longtemps qu’à son habitude. C’est ce qu’elle vient de laisser entendre en indiquant qu’elle maintiendra ses taux bas « pendant une période considérable après que la reprise aura gagné en vigueur » et qu’elle poursuivra son assouplissement quantitatif « tant que l’amélioration du marché du travail ne sera pas substantielle ». La Fed pourrait, à l’avenir, devenir plus explicite encore et annoncer qu’elle maintiendra ses taux bas tant que, l’inflation restant maîtrisée, le taux de chômage ne sera pas redescendu en dessous d’un certain seuil.

Le débat qui anime depuis plusieurs mois déjà la Réserve fédérale contraste avec celui qui se déroule dans la zone euro. Alors que le président de la Bundesbank continue de réaffirmer son opposition à tout rachat massif d’obligations par la BCE, les membres du FOMC [1] en sont presque, eux, à s’interroger sur la manière dont ils peuvent, en suivant l’expression de Paul Krugman « promettre de façon crédible de se comporter de manière irresponsable » !

 

Achevé de rédiger le 17 septembre 2012

[1] Federal Open Market Committee.

 

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