Gestion d'actifs

En 2014, la gestion collective française perd des parts de marché

Les encours et les souscriptions nettes en gestion collective

L'auteur

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°781

Chambres de compensation : un saut vers l’inconnu

Si l’on se concentre uniquement sur les fonds commercialisés et domiciliés en France [1], avec 761 milliards d’euros d’actifs sous gestion, la gestion française termine moins bien l’année qu’elle ne l’avait commencée. Après des rachats de l’ordre de 50 milliards en 2013, l’année 2014 s’achève une fois encore sur des rachats pour un montant avoisinant les 20 milliards d’euros. Les banquiers voient les encours des fonds de trésorerie baisser, accompagnant la chute de l’EONIA sur toute l’année, quant aux sociétés indépendantes, elles enregistrent des rachats nets sur les fonds d’actions et diversifiés et ceci en dépit de rendements positifs des Bourses mondiales. Seuls les fonds d’obligations tirent leur épingle du jeu en affichant une collecte nette de plus de 11 milliards d’euros.  Alors que bon nombre d’experts annonçaient la remontée des taux – et donc des rendements obligataires en berne –, c’est l’inverse qui s’est produit, avec de belles performances sur la dette souveraine toutes maturités confondues.

Pour les fonds d’actions, les 2 milliards d’euros de rachats nets se répartissent entre une collecte positive de 1,7 milliard pour la gestion passive et des rachats de 3,6 milliards pour la gestion active. L’année 2014 restera pour les gérants actifs la pire des années depuis 1998. D’après Goldman Sachs, à peine 14 % des gérants de grandes capitalisations ont réussi à surperformer le S&P 500. Dans un contexte de faible volatilité jusqu’au 3e trimestre, les gérants actifs n’ont pas été rémunérés relativement à leur prise de risque ; ajoutons à cela une performance médiocre des petites et moyennes valeurs privilégiées en général par les gérants. L’investisseur, déjà averse au risque, se tourne vers les produits les moins chargés en frais et si, de plus, la performance est au rendez-vous, on ne doit pas s’étonner de la croissance ininterrompue de l’encours des ETF et de la gestion indicielle.

L’industrie en question

La stagnation de la gestion collective française en termes d’encours sous gestion en 2014 s’inscrit dans la tendance depuis 2008. Le dernier rapport de l’EFAMA (European Fund and Asset Management Association) montre qu’il n’en est pas de même partout en Europe.  Depuis 2010, l’encours européen a progressé de 31 %, passant de 5 900 milliards d’euros à un peu plus de 7 721 milliards à la fin du 3e trimestre 2014. La France, qui représentait 20 % de ce marché en 2010, affiche un recul de 4 % des encours sous gestion et ne compte plus que pour 15 % du marché européen. Les principaux bénéficiaires, durant cette période, sont le Royaume-Uni qui progresse de 49 % et distance la France avec laquelle il faisait auparavant jeu égal, si l’on exclut des comparaisons le marché monétaire, spécificité française. Le Luxembourg et l’Irlande progressent respectivement de 36 % et 63 % sous l’action des sociétés anglo-saxonnes, suisses et du développement des fonds « cross borders », le plus souvent domiciliés au Luxembourg. La qualité de la gestion n’est pas en cause, encore moins les performances des produits, il faut plutôt regarder l’organisation de l’industrie. La France se distingue des autres  pays européens par le nombre de fonds (plus de 7 000 unités) : tout en étant en retrait par rapport à 2010, elle concentre aujourd’hui 20 % des fonds commercialisés en Europe, contre seulement 5,5 % pour le Royaume-Uni. Ces chiffres sont à rapprocher du nombre de sociétés de gestion, qui dépasse les 600 en France, contre 194 à Londres. Avec un encours moyen par fonds plus élevé et une plus forte concentration de sa gestion, le Royaume-Uni est probablement mieux préparé à une concurrence que la technologie tend à généraliser, à une plus grande transparence, que les régulateurs appellent de leurs vœux et – conséquemment – à une baisse des frais de gestion, tendance que le développement des ETF accompagne.

[1] Les données d’EuroPerformance concernent uniquement les fonds commercialisés, excluant de fait les fonds réservés ou limités à un petit nombre de souscripteurs, les FCPE et les fonds non UCITS. À fin septembre, l’EFAMA estimait l’encours de la France pour les fonds UCITS à 1 157 milliards euros. À ce chiffre, l’AFG ajoute 425 milliards d'euros de non UCITs et 1500 milliards d'euros de fonds sous mandat, estimant le volume d’actifs gérés par l’industrie de l’ordre de 3 000 milliards !

 

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet