Taux interbancaires

L’Australie n’inspire pas l’administrateur de l’Euribor

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Revue Banque n°760

Banques émergentes : vers un nouveau pouvoir au Sud

Le Libor et l'Euribor ne sont pas les seuls taux interbancaires à se réformer. Leur équivalent australien, le BBSW [1], fait lui aussi sa mue. L'AFMA [2], l'alter ego australien de l'EBF qui administre l'Euribor, vient de changer sa méthodologie. Cette association renonce à recourir aux estimations des banques et se fiera à l'avenir aux données recueillies sur les plates-formes de négociations (brokers et marchés électroniques). L'indice sera donc fondé sur des transactions réelles et non plus sur les déclarations des banques. Cette initiative pourrait-elle inspirer l'EBF qui met en œuvre actuellement la réforme de l'Euribor ? La réponse de Cédric Quéméner, directeur de l'Euribor-EBF et sa vision de ce que doit être l'indice européen.

Que pensez-vous de la réforme du taux interbancaire australien ?

Les transactions interbancaires ne passent pas toutes par une plate-forme ou un broker. Les transactions OTC (c'est-à-dire sans intermédiaire) sont particulièrement développées en Europe continentale. Elles occupent une place moins importante en Australie, ce qui peut justifier le choix de l'AFMA. Toutefois, cette initiative ne constitue pas un exemple à suivre pour l'Europe, car l'indice ne serait pas représentatif de l'ensemble du marché. En effet, les transactions réelles (OTC ou via un intermédiaire) sont très peu nombreuses en ce moment et sont réalisées par quelques banques seulement.

Dans un marché, il n'y a pas que les transactions effectives ; il y a aussi une part d'anticipation et d'estimation. C'est pourquoi nous demandons à un large panel de banques situées dans toute l'Europe de nous faire part de leur analyse du marché.

Les banques estiment qu'il est difficile de participer à l'Euribor lorsque les transactions sont rares…

Il est vrai que cela constitue une importante responsabilité pour les banques, un coût également, mais nous avons besoin de ces estimations élaborées grâce à leurs expertises.

Plusieurs banques ont quitté l'Euribor. Que vous inspirent ces départs ?

Nous regrettons particulièrement UBS, Deka Bank et Rabobank, qui sont très représentatives du marché européen, mais nous conservons 39 participantes, c'est-à-dire le double du Libor. De plus, quand l'Euribor sera réformé, nous pensons voir revenir certains établissements, comme Rabobank qui a une position trop importante sur le marché interbancaire pour rester à l'écart de cet indice.

Où en est la réforme de l'Euribor ?

L'EBA et l'ESMA, qui ont publié leurs recommandations en janvier dernier, nous demandent de les mettre en œuvre et d'achever notre réforme d'ici à l'été prochain. Nous serons au rendez-vous. Par exemple, nous sommes en train d'améliorer les définitions [3], les process, la minimisation des risques de conflits d'intérêt ou encore le renforcement des contrôles. Nous mettons également en œuvre les recommandations qui concernent le calculateur [4], c'est-à-dire Reuters.

Nous avons également un projet pour récupérer des données de marché afin de constituer un benchmarck sur des transactions effectives qui viendrait s'ajouter à l'Euribor. Nous serons prêts en mai 2013 au plus tard.

Michel Barnier ne lancera ses recommandations qu'en juin et, d'ici là, nous aurons réformé l'Euribor.

Pour éviter les conflits d'intérêt, ne serait-il pas plus simple de retirer aux banques le pouvoir d'établir les indices interbancaires ?

Les banques détiennent l'expertise. Il faut faire appel à leurs analyses et prévenir les conflits d'intérêt.

Propos recueillis par Sophie Gauvent

[1] Bank Bill Swap Reference Rate.

[2] Australian Financial Markets Association.

[3] L’EBA et l’ESMA demandent notamment d’affiner la définition de l’indice (par exemple, le terme prime bank).

[4] C'est l’entité qui calcule l’indice à partir des données livrées par les banques.

 

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