Cet article appartient au dossier : L’ISR va-t-il devenir la norme?.

Études

Les performances de l'ISR sont semblables à celles de la gestion classique

Selon Morningstar, sur 3 et 5 ans, les fonds obligataires ISR ont tendance à surperformer, mais c'est l'inverse pour les actions. Globalement, l'ISR et la gestion classique obtiennent des résultats comparables.

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Revue Banque n°758

ISR : va-t-il devenir la norme ?

Vous avez étudié pour Revue Banque la performance des fonds ISR [1]. Quels sont les enseignements de cette étude ?

Jean-François Bay: Pour étudier la performance de l'ISR, nous avons retenu tous les fonds gérés dans l'Hexagone ou à l'étranger qui se disent ISR et sont commercialisés en France. Il s'agit de véhicules ouverts, essentiellement destinés aux particuliers. Les fonds dédiés sont exclus.

Notre étude montre que sur 3 et 5 ans, les fonds actions ont tendance à sous-performer tandis qu'en 2012, ils surperforment légèrement. Cette évolution est due à la surpondération des valeurs financières – banques et assurances – dans les fonds ISR. En effet, la notation des valeurs cotées sur des critères sociaux (diversité, emploi des femmes, salaires…) ou environnementaux (émissions de CO2, consommation d'eau…) a mécaniquement eu tendance à favoriser les sociétés financières au détriment des industrielles. Ces analyses ne tiennent pas toujours compte des impacts des projets financés par les banques ou du moins pas suffisamment pour faire baisser la note ESG des établissements financiers.

C'est ce qui explique que l'ISR n'a pas protégé l'investisseur de la crise sur les actions et que les performances à plus court terme soient plus élogieuses (grâce au rebond des financières). À l'inverse, sur la classe d'actifs obligataire, on observe une surperformance sur 3 et 5 ans et une sous-performance en 2012. L'explication provient de la sous-pondération en titres émis par les pays de l'Europe du Sud. En effet, l'analyse ISR note sévèrement les États où la fraude fiscale et la pratique du travail au noir sont importantes. La Grèce par exemple a toujours été mal notée.

Au final, sur le moyen/long terme, les performances sont comparables, car la stratégie Best in Class, très utilisée en France, se différencie peu de la gestion classique. C'est d'ailleurs l'une des difficultés que l'ISR doit résoudre, car le grand public ne perçoit pas bien la différence.

Les fonds que vous avez analysés utilisent-ils tous le même processus ISR ?

J.-F.B.: Certainement pas. Les gérants et les investisseurs ISR ont un problème de définition. Chacun a sa propre vision de l'ISR. Pour certains l'environnement prime, alors que pour d'autres, c'est le critère social. Beaucoup de gérants refusent de faire appel aux agences de notation extrafinancières et notent eux-mêmes les entreprises, ce qui renforce l'hétérogénéité des pratiques. Quant aux agences, elles sont nombreuses et disposent chacune de leurs propres critères. Par ailleurs, les appellations se multiplient : ESG, ISR, IRD, thématiques... Bref, on ne sait plus très bien ce qu'est l'ISR, car l'industrie n'a pas fait son travail de standardisation. Mais tout cela n'empêche pas ce thème d'être en croissance.

Quels sont les univers dans lesquels une démarche éthique est la plus pertinente ?

J.-F.B.: Si la gestion ISR a du mal à démonter sa différence sur les grands marchés des pays développés (grandes capitalisations, dette souveraine...), elle est plus pertinente sur les marchés émergents. Il s'agit alors de veiller à investir dans des sociétés qui, par exemple, ne font pas travailler les enfants ou ne sont pas proches de gouvernements dictatoriaux. La performance financière peut également être au rendez-vous. À titre d'exemple, le gérant anglais First State propose le fonds Global Emerging Markets : la version ISR a réalisé une performance de +48 % sur 3 ans et +25 % sur 1 an, la version non ISR +42 % et +18 % et l'indice de référence +13 % et +13 % sur les mêmes périodes. La redondance de mêmes valeurs entre les deux fonds n'est que de 39 %.

L'univers du non-coté peut lui aussi offrir des possibilités d'investissement véritablement responsable. Par exemple, la société de gestion Nef Capital Éthique, filiale de la Nef, finance des entreprises qui dès le départ ont été créées pour répondre parfaitement aux critères ESG (crèches construites en matériaux écologiques, entreprises de livraison en voiture électrique, vêtements écologiques...).

 

Propos recueillis par Sophie Gauvent

 

Benoît Magnier (Cédrus AM) s’est lui aussi penché sur la question de la performance des actions sur un historique plus court et un univers ISR différent: l’Investissement responsable et durable. Dans ce domaine, certains fonds surperforment les indices. L'analyse de Benoît Magnier...

 

Expert en conseil et en gestion de fonds ISR, Cedrus Asset Management dispose d’une base de recherche sur l’Investissement responsable et durable (IRD). Développée à partir de 2004, elle constitue aujourd’hui un outil unique en Europe. Pourquoi IRD ? Pourquoi ne pas parler d’ISR ou de fonds éthique ? Utiliser ce terme d’IRD vise à éviter deux écueils :

  • adopter une définition trop stricte de l’ISR et exclure ainsi certaines approches comme les stratégies dites d’intégration ;
  • choisir une vision trop large qui engloberait plusieurs milliers de produits se déclarant ISR, avec l’application de critères extrafinanciers a minima.

Notre univers de recherche comprend environ 500 fonds sur toutes les classes d’actifs et peut se diviser en deux catégories :

  • les approches ESG, qui impliquent la considération à une étape du processus d’investissement de critères ESG, que ce soit une réduction de l’univers d’investissement par des exclusions ou bien par des approches de sélection (Best in Class, Best in Universe). Ces fonds ESG peuvent être assimilés à ce que l’on appelle généralement les fonds ISR ;
  • les fonds thématiques durables. Une thématique est considérée comme durable à partir du moment où les produits et services des sociétés investies contribuent par un ou plusieurs aspects au développement durable.

Une fois ces définitions clarifiées, qu’en est-il de la performance des fonds IRD ? En ce qui concerne les fonds actions ESG, 2012 a été très favorable à la sélection de titres en Europe, ce dont bon nombre des gérants ISR ont tiré parti ; en attestent les très bons résultats des fonds que nous suivons (+20,4 % contre +19,3 % sur la zone euro et +19,5 % contre +18,1 % sur l'Europe). Les sociétés de gestion françaises (Metropole Gestion, Roche Brune AM, Lazard FG, Sycomore AM ou La Financière Responsable) occupent les premières places du classement sur la zone euro, leur univers de prédilection. En Europe, ce sont les fonds qui ont fait le choix d'appliquer un processus ESG sur les petites et moyennes valeurs qui ont été récompensés (+27,8 % pour Montanaro European Smaller Companies).

Rebond des énergies renouvelables

Certains fonds thématiques ont eux aussi dégagé davantage de valeur que le MSCI world [2], notamment à travers des investissements dans le bois [3], segment qui a bénéficié du redémarrage de l'immobilier américain (qui représente 70 % du chiffre d'affaires des sociétés américaines exploitant des forêts) et des signes d'accélération de l'activité économique en Chine, élément positif pour la performance des sociétés spécialisées sur la pâte à papier. En ce qui concerne la thématique de l'eau, le segment des infrastructures et celui des technologies liées à l'eau se sont révélés les plus porteurs. Enfin, signalons le fort rebond du secteur des énergies renouvelables en fin d’année, provoqué essentiellement par plusieurs annonces du gouvernement chinois qui renouvelle son soutien au secteur, en grande difficulté depuis plusieurs années. En effet, ces activités ont été très subventionnées à une époque, notamment les producteurs de panneaux solaires qui traversent désormais une période de consolidation. Le nombre d’acteurs devrait continuer de diminuer, car nombre d’entre eux ne parviennent toujours pas à dégager une rentabilité satisfaisante.

Les résultats sur 1 et 3 ans des catégories présentées ici confirment que les fonds IRD peuvent apporter de la surperformance par rapport à des indices financiers traditionnels. Cela étant, l’univers des fonds IRD, comme l’ensemble de l’industrie, est très hétérogène, et nécessite donc une expertise dans la sélection des supports.

[1] Investissement socialement responsable.

[2] Indice mesurant la performance des marchés boursiers

[3] Cedrus AM sélectionne les fonds qui investissent dans des sociétés respectant des standards ESG et mettant en place une gestion durable de leurs actifs forestiers.

 

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L’ISR va-t-il devenir la norme?

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