Cet article appartient au dossier : FinTech : un écosystème en construction.

Capital-risque et institutions financières

Les FinTechs ont gagné la confiance des investisseurs

Tirant parti des nouvelles technologies et de la créativité de leurs fondateurs, le rythme de création et de développement des FinTechs s’accélère, dans un secteur financier où les besoins et les opportunités d’innovation sont très nombreux. Elles attirent l'attention des fonds d’investissement comme des institutions financières.

1. Investissements mondiaux dans les Fintechs

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Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°373

Fintech: un écosystème en construction

Avec une progression régulière depuis plusieurs années, le flux des investissements dans la FinTech en France s’est confirmé en 2018, le premier semestre marquant une accélération de cette dynamique. Cette croissance s’inscrit dans un environnement international très favorable, avec des levées de fonds record en Asie – Ant Financial pour 14 milliards de dollars – et des exits majeurs en Europe – avec WorldPay (13 milliards de dollars), Nets (6 milliards de dollars) ou iZetlle (2 milliards de dollars).

Notre étude KPMG « Pulse of Fintech France » (par Fabrice Odent et Mikaël Ptachek : goo.gl/ijjyjx) présente les résultats et les tendances marquantes des levées de fonds dans la FinTech en France au cours du premier semestre 2018. Elle porte une attention particulière aux principales d’entre elles, ainsi qu'aux métiers les plus porteurs, notamment en termes d’attractivité pour les investisseurs.

Performances du 1er semestre 2018

Les FinTechs ont levé 218 millions d'euros en France au cours des six premiers mois de l’année 2018, soit l’équivalent de deux tiers des fonds levés sur toute l’année 2017 (328 millions d'euros). Le nombre d’opérations du semestre s’élève à 34, contre une soixantaine pour toute l’année 2017 traduisant une augmentation de l’investissement moyen qui ressort en 2018 à 6,4 millions d'euros contre 5,4 millions d'euros en 2017 et 2,7 millions d'euros en 2016. Cette progression significative du ticket moyen, avec des opérations supérieures à 10 millions d'euros, de plus en plus nombreuses, témoigne à la fois d’une plus grande capacité des investisseurs en France à financer les sociétés de croissance et d’une maturité plus élevée des projets financés.

Les principales opérations

Les cinq opérations les plus importantes ont capté 66 % des fonds levés au cours du semestre :

  • Ledger, dans les technologies Blockchain, avec ses solutions de sécurisation de cryptoactifs, se démarque avec une levée de 61 millions d'euros en série B ;
  • deux autres opérations présentent des tickets d’investissement importants en France pour des séries A ou B (levées de fonds en phase d'optimisation ou de développement) : Alan, dans l’AssurTech , avec 23 millions d'euros en série A et Tiller Systems, dans les paiements, avec 12 millions d'euros en série B ;
  • deux séries C (levées de fonds en phase de scalabilité) complètent le top 5 des opérations : Lendix dans le financement alternatif, avec 32 millions d'euros et Lydia dans les paiements avec 13 millions d'euros.

Ces cinq acteurs comptent ainsi parmi les FinTechs les plus capitalisées, aux côtés de Younited Credit (financement), avec 113 millions d'euros de fonds levés, Tinubu Square (solutions de gestion du risque de crédit commercial pour les banques et les assurances) avec 73 millions d'euros de fonds levés, ou encore Hipay (paiements), seule FinTech française cotée à ce jour.

Les métiers de la FinTech ciblés par les levées de fonds du 1er semestre 2018

Le premier semestre 2018 est également intéressant en termes de répartition des investissements entre les différents métiers de la FinTech [1]. Profondément impactée par la levée de fonds de Ledger, la blockchain capte 28 % des fonds levés sur le semestre, suivie par les services de paiement (25 %) et de financement (17 %). L’AssurTech (16 %) devient également plus recherchée.

En cumul et à date, les premiers métiers à avoir émergé dans la FinTech, comme les paiements ou le financement, ont représenté respectivement 30 % et 22 % des fonds levés. Les néobanques ont vu leur progression ralentir depuis le rachat, en 2017, de Nickel par BNP Paribas, et l’arrivée d’acteurs étrangers comme N26, d'origine allemande, ou la Britannique Revolut. L’AssurTech, la blockchain ou la RegTech constituent les métiers plus récents dans la FinTech, et à l’instar de ce que l'on observe au niveau mondial, ces métiers progressent mais leur poids est encore limité, à hauteur, respectivement, de 7 %, 7 % et 5 % des fonds levés en cumul (voir Graphique 3).

Les principaux investisseurs et leurs motivations

Les fonds d’investissement

Les fonds investissant dans les FinTechs en France appartiennent en majorité à la famille du capital-risque, certains cumulant également un rôle de capital-développement. Les représentants au capital des FinTechs dans lesquels les investissements ont été réalisés sont particulièrement attentifs aux orientations prises par le management et à la réalisation des plans stratégiques. Ils apportent un regard critique aux réflexions des dirigeants et leur font bénéficier de leur expérience et de leurs réseaux. Ils investissent dans des projets à fort potentiel de croissance, avec des tailles importantes de marché adressables, des capacités humaines, managériales et technologiques permettant une forte accélération, et enfin des propositions de valeur innovantes fondées sur la connaissance du client par l’utilisation des données et la capacité de monétisation des produits et services.

Les cinq opérations les plus importantes du semestre ont concerné principalement les fonds d’investissements suivants :

  • Cathay Innovation, Draper Esprit, FirstMark Capital et Korelya Capital pour Ledger ;
  • Idinvest et Partech pour Lendix ;
  • Index ventures, p3VC et Partech pour Alan ;
  • New Alpha AM et Xange pour Lydia ;
  • 360 Capital Partners, Omnes Capital et Ring Capital pour Tiller Systems.

Par leur nature, ces investissements s’inscrivent dans une logique de développement de capacités de disruption technologique, de structuration et de gestion de la croissance, et pour certains, de conquête de marchés européens ou plus globaux.

Si les levées supérieures à 10 millions d'euros sont plus fréquentes, qu’elles intègrent ou non des fonds étrangers, se posera à moyen terme le sujet de l’exit. Celui-ci n’a pas systématiquement de logique industrielle, et les marchés financiers doivent pouvoir représenter une des alternatives possibles. Si ce n’est pas encore le cas en France, où la valorisation des nouvelles technologies n’est pas encore totalement reflétée dans les marchés boursiers, un signal très positif a été donné au printemps dernier à Amsterdam, qui a vu l’introduction en Bourse réussie de l’acteur des paiements Adyen, avec une valorisation de 7 milliards d'euros, suivie d’une progression régulière du cours de l’action. Dans le métier du financement pourtant moins prisé, Funding Circle a aussi pu tout récemment lever près de 340 millions d'euros lors de son entrée sur le LSE, se valorisant ainsi autour de 1,7 milliard d'euros.

Les institutions financières

Les institutions financières mettent en œuvre des politiques d’innovation pour adapter leurs offres et leurs modèles aux évolutions attendues par la clientèle et permises par la technologie. L’investissement dans les FinTechs fait partie de ces dispositifs d’innovation, et les institutions financières françaises se montrent très actives en France sur les investissements dans les FinTechs.

En 2017, les institutions financières ont ainsi investi pour un demi-milliard d’euros dans des rachats de FinTechs: Nickel par BNP Paribas, Dalenys par BPCE, KissKissBankBank par La Banque Postale, Credit.fr par Tikehau Capital et Pumpkin par Crédit Mutuel Arkea.

Au premier semestre 2018, les institutions financières ont participé à trois tours de financement parmi les cinq plus importants - Alan par CNP, Lendix par Allianz et Lydia par CNP – et à un exit, Lumo, dans le financement participatif ENR, par la Société Générale.

Ces prises de participations s’inscrivent dans des logiques d’accélération de l’innovation consistant à acquérir une technologie ou à sécuriser son accès, à acquérir une nouvelle clientèle ou une offre de service innovante permettant de compléter une partie des offres existantes, à développer de nouveaux relais de croissance en sécurisant des partenariats commerciaux, ou encore à stimuler l’innovation en interne par des co-développements.

Postérieurement aux acquisitions majoritaires, l’enjeu-clé du maintien des capacités d’innovation d’une FinTech acquise par une institution financière fait l’objet d’une attention particulière de la part des actionnaires financiers, qui doivent apprendre à travailler et à innover ensemble, tout en évoluant dans des environnements et des structures très différents.

L’accélération observée au cours du premier semestre 2018 confirme que les FinTechs, à présent bien ancrées en France, poursuivent le développement de leurs modèles innovants, en bénéficiant des levées de fonds nécessaires.

Répondant aux besoins des différentes catégories d’investisseurs, fonds d’investissement ou institutions financières, les FinTechs évoluent dans des secteurs très porteurs d’opportunités. Si les activités de paiement ou de financement ont déjà acquis un certain niveau de maturité, les RegTechs sont portées en Europe par de multiples réglementations affectant les services financiers (DSP2, MiFID II, MiFIR, GDPR) et par des offres attractives en termes de technologies (intelligence artificielle, Know Your Customer, Know Your Data).

Enfin, l’adoption croissante de l’Open Banking dans le monde laisse présager l’arrivée progressive de sociétés nativement non financières (GAFA, distribution, énergie) au sein du marché des services financiers, par l’intermédiaire d’acquisitions ou de collaborations avec les FinTechs.

 

[1] KPMG dénombre huit métiers dans la FinTech en France : les paiements, le financement, les services bancaires 2.0, l’investissement, l’AssurTech, la RegTech, la blockchain et services aux institutions financières.

 

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