Cet article appartient au dossier : L’ISR va-t-il devenir la norme?.

Gérant d’actifs

« L’ISR inspire peu à peu l’ensemble de notre gestion »

L'intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) concerne 95 % des encours gérés par Amundi. Cette stratégie résulte de la diffusion des valeurs portées par l'ISR, qui représente lui-même près de 9 % des encours. En 2012, Amundi n'a pas cherché à obtenir le label ISR de Novethic. Explications…

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Cet article est extrait de
Revue Banque n°758

ISR : va-t-il devenir la norme ?

Quelle est la politique ISR d'Amundi ?

Amundi privilégie une gestion ISR dite Best in Class. Elle consiste à sélectionner les « meilleurs élèves » de chaque secteur, c'est-à-dire ceux qui gèrent le mieux les risques et les opportunités liés aux enjeux du développement durable, selon leur secteur d'activité.

Vous n'excluez donc aucun secteur, même lorsque l'activité présente un risque pour l'environnement ?

Pour la majorité de nos fonds, nous n'excluons aucun secteur a priori, mais nous excluons ou sous-pondérons systématiquement les émetteurs dont le comportement est contestable. Cette approche positive accroît la sensibilité des entreprises aux questions ESG et les aide à progresser.

Pouvez-vous détailler le filtre extrafinancier que vous utilisez ?

La gestion ISR d'Amundi combine trois règles systématiques :

  • sur une échelle de A à G – A étant la meilleure note et G la moins bonne –, les émetteurs les moins bien notés au sein de leur secteur – E, F et G –, sont exclus des portefeuilles ISR. Cette exclusion écarte ainsi les émetteurs aux pratiques ESG contestables, afin d'éviter un risque financier et de réputation pour l'investisseur ;
  • la note ESG du portefeuille doit être supérieure ou égale à la note C ;
  • la note ESG moyenne d'un portefeuille ISR doit être supérieure ou égale à la note de son univers de référence ou de son indice de référence. Cela signifie que les émetteurs sélectionnés sont plus avancés dans leur démarche de développement durable que leurs concurrents.

Pour compléter et renforcer cette approche pragmatique et dynamique de la sélection Best in Class, Amundi dispose d'une politique de vote qu'elle exerce aux assemblées générales des entreprises dans lesquelles elle est investie [1]. Elle a également mis en place une politique de dialogue actionnarial, conduite à la fois par les équipes d'analystes extrafinanciers et de corporate governance.

En quoi votre approche diffère-t-elle de celle de Novethic ?

Novethic a fait évoluer récemment le règlement de son label. Pour rappel, le label Novethic [2] doit répondre à 4 exigences . Notre divergence de vue avec Novethic provient de la notion de taux de sélectivité : Novethic recherche un niveau minimum de taux de sélectivité, quel que soit l'univers d'investissement concerné, ce qui est incompatible avec le processus ISR d'Amundi, bien qu'il soit exigeant.

En effet, notre notation extrafinancière conduit à une note unique par émetteur (entreprise ou État) en fonction de son comportement au regard des critères ESG, quelles que soient sa nationalité et les zones géographiques où il opère. Cela s'applique, quel que soit le secteur d'activité de l'émetteur, même si des critères sectoriels sont pris en compte [3]. Amundi attribue à près de 3 000 émetteurs dans le monde une note extrafinancière déterminée selon ce processus. Ainsi, sur certains univers d'investissement, où les réglementations sont fortes (comme en France, par exemple, avec la loi NRE) et la culture ESG prégnante, le taux de sélectivité sera faible, les émetteurs étant tous plutôt bien notés ; sur d'autres, aux règles de fonctionnement moins normées et où la conscience de l'importance de l'ESG est moins affirmée, ce taux sera très élevé.

S'ajoute à cela, dans le processus ISR d'Amundi, une exigence sur l'empreinte extrafinancière du portefeuille dans son ensemble. En plus d'exclure les émetteurs les plus mal notés, les règles conduisent à surpondérer les meilleurs élèves et sous-pondérer les autres.

Or, chez Novethic, la comparaison des fonds se fait sans prise en compte de la différente pondération de chaque émetteur puisqu'il s'agit d'une sélection brute. (voir aussi l'interview d'Anne-Catherine Husson-Traore, NDLR)

Quelle part les encours ISR occupent-ils dans la gestion d'Amundi ?

Au 31 septembre 2012, nos encours ISR s'élevaient à 62,3 milliards d'euros, ce qui représentait 8,76 % de nos encours totaux.

Amundi propose des fonds ISR dans toutes les classes d'actifs (actions, obligations et monétaire) et dans son offre diversifiée. Les solutions produits se déclinent selon différentes approches : exclusions sectorielles et Best in Class.

En épargne salariale, Amundi gère également une gamme complète de FCPE ISR.

À côté de ces fonds ISR, Amundi gère également des fonds à forte utilité sociale qui permettent de financer l'économie réelle de proximité via des entreprises ou des associations non cotées : fonds solidaires et de partage, d'entrepreneuriat social (social business) et d'aide au développement. Amundi privilégie 5 domaines : l'insertion sociale par l'emploi, l'éducation ou la formation, le logement, la santé, l'utilisation responsable des terres agricoles et la solidarité internationale.

Les gammes ISR et à fort impact social sont commercialisées en France et à l'international, auprès de clients particuliers, d'institutionnels, de fondations et d'entreprises. L'offre est disponible auprès des réseaux partenaires d'Amundi : Caisses régionales de Crédit Agricole, LCL, Société Générale et Crédit du Nord.

Amundi développe également des solutions dédiées et des mandats pour une clientèle institutionnelle et corporate.

Les principes ISR ont-ils essaimé dans l'ensemble de votre gestion ?

Sur l'ensemble de sa gestion active [4], soit 95 % des encours, Amundi applique des règles d'intégration des critères ESG qui constituent le socle de sa responsabilité. Cette stratégie s'exprime tout d'abord au travers de notre politique d'exclusion normative [5]. C'est ainsi que nous excluons :

  • tout investissement direct dans les entreprises impliquées dans la fabrication ou le commerce des mines antipersonnel et des bombes à sous-munitions, en conformité avec les conventions d'Ottawa et d'Oslo qui s'imposent à nous ;
  • les investissements dans des entreprises qui contreviennent gravement et de manière répétée à l'un ou plusieurs des 10 principes du Pacte mondial qui constitue une initiative à caractère facultatif.

Sur l'ensemble de sa gestion, Amundi va donc au-delà de ce que la loi impose aux investisseurs.

Notre stratégie d'intégration prend également d'autres formes. Par exemple, elle implique de mettre les notations extrafinancières à disposition de tous les gérants. Bien sûr, les gérants ISR accordent à ces notations plus de poids, mais tous nos gérants y sont sensibles. L'ISR inspire peu à peu l'ensemble de notre gestion.

Êtes-vous satisfait par la distribution des OPCVM ISR par les réseaux bancaires ?

De façon générale, la distribution d'OPCVM était faible dans les réseaux en 2012. L'ISR pourrait relancer cette distribution car il répond à la demande d'épargne utile qui a émergé depuis la crise. Mais l'ISR doit apporter la preuve de son efficacité. Nous y travaillons en intensifiant et en démultipliant les séances de formation à destination des conseillers, dans un langage plus pédagogique illustré par des exemples concrets.

Lorsque les analystes extrafinanciers étudient une valeur bancaire, tiennent-ils compte des impacts qu'ont sur l'environnement les projets et entreprises financés par cette banque ?

Oui, il s'agit d'ailleurs du principal enjeu environnemental étudié pour le secteur, les impacts directs des banques étant marginaux.

Les principes Équateur, ensemble de dix principes volontaires mis au point par des banques privées, fournissent un cadre méthodologique à la prise en compte et à la prévention des impacts sociaux et environnementaux au sein du processus de financement de projets.

Nous évaluons aussi la prise en compte de ces impacts au-delà du périmètre, restreint, des financements de projets (représentant 2 % environ de l'ensemble des financements d'une banque).

Propos recueillis par Sophie Gauvent

[1] Disponible sur www.amundi.com.

[2] Voir le site www.novethic.fr

[3] Selon le secteur, le poids des critères E, S et G varie : l’environnement, par exemple, est plus important lorsqu’il s’agit d’évaluer une entreprise du secteur pétrolier.

[4] Gestion active : hors OPCVM indiciels et ETF contraints par leur indice de référence.

[5] Stratégie excluant les activités stigmatisées par les normes internationales.

 

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L’ISR va-t-il devenir la norme?

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