Cet article appartient au dossier : Rétrospective 2013.

Rétrospective 2013

ISR et développement durable peuvent mieux faire

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°767

Numéro double 767-768 : Rétrospective 2013 - Prospective 2014

2013 a vu naître une définition de l'ISR (voir Encadré). Les différents acteurs de cette gestion ont dû se mettre d'accord sur un texte commun à la suite d'une impulsion donnée par le gouvernement, via la Conférence environnementale de 2012. Cette définition est un préalable à la création d'un label de place ISR. Un label existe déjà, celui de Novethic [1], mais certains le jugent peu consensuel, notamment Amundi qui le boycotte depuis 2012. Cette année-là, Novethic avait cherché à durcir les conditions d'attribution de son label. Dans Revue Banque de septembre dernier, l'agence précisait au sujet du projet de label de Place : « si une procédure d'agrément publique est lancée pour créer un nouveau Label, Novethic sera candidat ».

Leader de la gestion d'actifs en Europe, Amundi ne semble guère convaincu par ces travaux. Il a les moyens de faire cavalier seul et adopte une voie singulière, celle de la certification Afnor, qu'il a obtenue en septembre dernier. Le manque de cohérence entre les différents acteurs de l'ISR est regrettable, à l'heure où cette forme de gestion cherche à se structurer.

Débordant de la sphère de la gestion d'actifs, l'ISR a fait son entrée dans les BFI. Par exemple, Société générale et Crédit Agricole CIB ont accompagné Air Liquide dans l'émission d'une obligation ISR. Les sommes levées financeront une activité précise du groupe (soins à domicile tels que l'assistance respiratoire). Ce type d'opération est jugé sévèrement par Novethic (voir ci-contre) qui y voit une forme de récupération.

Autre façon pour les banques d'agir en faveur d'une finance plus responsable : le développement durable appliqué à leur activité de prêteur. Les établissements tentent d'éviter de financer les entreprises ou les projets les plus nuisibles à l'environnement. Par exemple, Laurence Pessez, déléguée à la responsabilité sociale et environnementale de BNP Paribas, met en avant la sélectivité de cet établissement : « BNP Paribas est […] sorti du projet Béléné [2] depuis plusieurs années. En raison notamment de notre sélectivité, nous n'avons pas financé de centrale depuis 2006, mais seulement du matériel d'équipement comme des turbines ». Toutefois, les ONG telles que les Amis de la terre (voir ci-contre) souhaitent que les banques aillent plus loin et se retirent totalement du financement du nucléaire.

 

Ils ont dit…

Europe : à chacun son ISR

« À ce stade, aucun consensus sur une définition unifiée de l'ISR ne semble exister au niveau européen, et souvent même national. Plutôt que de tenter d'imposer une définition de l'ISR qui ne correspondrait pas à la diversité des réalités nationales, la dernière étude Eurosif présente chacune des stratégies prenant en considération les facteurs ESG (stratégies des exclusions normatives, des exclusions sectorielles, de sélection ESG dont le Best in class, intégration des critères ESG, dialogue actionnarial, fonds verts dotés d'un filtre ESG, ndlr). »

François Passant, Executive Director, Eurosif, Revue Banque n° 758, mars 2013.

 

Amundi s'inspire de l'ISR pour l'essentiel de sa gestion

« Sur l'ensemble de sa gestion active [3], soit 95 % des encours, Amundi applique des règles d'intégration des critères ESG qui constituent le socle de sa responsabilité. […] L'ISR inspire peu à peu l'ensemble de notre gestion. »

Pierre Schereck, directeur de l'ISR, Amundi, Revue Banque n° 758, mars 2013.

 

AXA veut faire sortir l'ISR de sa niche

« Après plusieurs années de travail, nous avons en effet décidé, en 2012, de formaliser et d'officialiser une politique d'IR. Celle-ci repose sur l'intégration de facteurs ESG dans les processus d'investissement et d'engagement actionnarial. »

Laurent Clamagirand, directeur des investissements, Groupe AXA, Revue Banque n° 758, mars 2013.

 

« En nous appuyant sur notre politique d'IR, nous avons l'ambition de contribuer à ce que l'ISR ne soit plus perçu comme une compétence de niche, qui n'intéresse qu'un cercle restreint d'investisseurs, mais comme une stratégie d'investissement à part entière, tournée vers l'avenir et capable de générer à travers toutes les classes d'actifs et solutions des performances saines et ajustées du risque sur le long terme. »

Matt Christensen, directeur de l'investissement responsable, AXA IM, Revue Banque n° 758, mars 2013.

L'ERAFP : un fonds de pension 100% ISR

« L'approche de l'ERAFP, dont la totalité des investissements sont réalisés dans le cadre d'une grille ISR qui lui est propre, se distingue de l'intégration […]. Nous prenons le monde tel qu'il est. Il est illusoire de croire qu'on pourrait le changer par un coup de baguette magique. Même si on peut le regretter, le pétrole demeure une énergie essentielle. Ce que nous souhaitons, c'est contribuer à faire évoluer la situation dans le bon sens, en sélectionnant les entreprises qui font le plus d'effort pour aller vers une économie plus soutenable, donc moins intensive en carbone, plus soucieuse des hommes et offrant une meilleure gouvernance. »

Philippe Desfossés, directeur, ERAFP, Revue Banque n° 758, mars 2013.

 

L'ISR, un atout pour les émetteurs obligataires

Sur l'émission d'une obligation ISR par Air Liquide : « Une démarche ISR permet aujourd'hui à un émetteur de se différencier sur les marchés et d'attirer de nouveaux investisseurs. Il s'agit donc avant tout d'une démarche de communication et d'un véritable investissement pour l'avenir. »

Félix Orsini, coresponsable mondial de l'origination corporate, Société Générale CIB, Revue Banque n° 758, mars 2013.

 

Novethic stigmatise l'usage abusif de l'étiquette ISR

Sur les émissions obligataires ISR comme celle d'Air Liquide : « La confusion est à son comble. Le sigle ISR constitue une bonne étiquette, qui est parfois plaquée un peu rapidement. Avec son obligation, Air Liquide a réalisé une belle opération de communication. »

Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale, Novethic, Revue Banque n° 758, mars 2013.

 

Développement durable : l'avis sévère des Amis de la Terre

« Nous souhaitons que les banques cessent de financer les activités les plus dangereuses, comme le nucléaire. Au lieu de cela, elles tergiversent, projet par projet, pour éliminer les plus périlleux. Or le nucléaire est indomptable. Le drame de Fukushima montre que cette énergie ne peut pas entrer dans une démarche responsable. »

Yann Louvel, référent de la campagne Responsabilité des acteurs financiers, Les Amis de la Terre, Banque & Stratégie n° 312, mars 2012.

 

BNP filtre les projets qu'elle finance

« Les politiques énergétiques sont décidées par les États. Les banques n'ont pas à porter de jugement, elles ne sont pas les gendarmes du monde. Nous devons financer l'économie dans sa globalité. Le nucléaire ayant un rôle à jouer dans le mix énergétique mondial, nous devons maintenir notre présence dans ce secteur. Nous choisissons de le faire au travers des meilleures pratiques, c'est-à-dire en sélectionnant les projets que nous finançons. »

Laurence Pessez, déléguée à la responsabilité sociale et environnementale, BNP Paribas, Banque & Stratégie n° 312, mars 2012.

 

RSE : Crédit Agricole rattrape son retard

« Crédit Agricole ne figure pas dans le classement des meilleures performances 2012 car nous avons progressé moins vite que les meilleures références mondiales en matière de RSE. Il faut aussi tenir compte d'un effet rétroviseur : Vigeo note les secteurs économiques tous les 18 mois. Lorsque Crédit Agricole est sorti de l'indice Vigeo, cela s'est fait sur la base d'une notation vieille de 18 mois. Vigeo est justement en train de nous renoter. »

Stanislas Pottier, directeur du développement durable, Groupe Crédit Agricole S.A, Banque & Stratégie n° 312, mars 2012.

[1] Centre de recherche sur l’ISR.

[2] Projet de centrale nucléaire en Bulgarie.

[3] Hors OPCVM indiciels et ETF contraints par leur indice de référence.

 

Sommaire du dossier

Sur le même sujet