Cet article appartient au dossier : Le collatéral, précieuse matière première.

Gestion du collatéral : des inefficiences qui coûtent plus de 4 milliards d'euros par an

Jusqu’ici, la gestion du collatéral était considérée par les banques comme une activité secondaire. Pourtant, elle recèle un potentiel et peut apporter des bénéfices aux établissements qui savent l’optimiser.

Estimation du marché du collatéral dans le monde : 10 000 millliards d'euros

L'auteur

    • Responsable mondial de l’offre « collateral management » pour les marchés capitaux
      Accenture
  • Vidal
    • Responsable de l’activité banque et marchés de capitaux
      Accenture France

Pour en savoir plus

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Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°299

Le collatéral, précieuse matière première

Jusqu’ici, la gestion du collatéral était considérée par de nombreuses banques comme une activité secondaire, une formalité administrative qu’il suffisait de pointer sur un fichier Excel. Une telle approche était peut-être appropriée lorsque les marchés internationaux n’étaient pas aussi interconnectés que maintenant, et encore, quand ils disposaient d'une liquidité abondante. Mais aujourd’hui, avec l’omniprésence des produits dérivés et des groupements d’actifs titrisés, la gestion des biens apportés en garantie est devenue un processus complexe comportant des fonctions interdépendantes impliquant de multiples acteurs. En outre, comme l’a montré la dernière crise financière, un problème inattendu rencontré par l’une des parties peut créer un effet domino et causer un bouleversement des marchés du crédit du jour au lendemain.

Gestion du collatéral : un centre de profit potentiel

Les banques capables d'utiliser au mieux la gestion du collatéral pourront en tirer de grands avantages. En effet, il est clair que les 12 000 milliards d’euros – au bas mot – de collatéraux détenus par les institutions financières du monde entier pourraient être gérés beaucoup plus efficacement. Face à une faible demande de crédits et au durcissement de la réglementation, une meilleure gestion des biens apportés en garantie permettrait aux banques non seulement de réduire leurs coûts, mais encore d'améliorer leurs capacités de résistance en cas de crise des marchés. La gestion du collatéral deviendrait alors une source de profit pour les banques et les prestataires de services d’infrastructure, sachant que les petits établissements envisageront de sous-traiter ces tâches à des tiers, qui en retour les aideront à optimiser leurs avoirs tout en abaissant leurs coûts technologiques et de personnel.

Accenture et Clearstream ont étudié récemment les pratiques de certaines des plus grandes banques mondiales en matière de gestion du collatéral. Dans le cadre de cette enquête, nous avons interrogé plus de 30 responsables de 16 établissements internationaux, qui assurent au total la gestion de presque 20 % des actifs bancaires de la planète. Nous en avons conclu qu’avec une gestion plus efficace de leurs collatéraux, les banques économiseraient collectivement des milliards chaque année.

Les avantages ne s’arrêtent pas là. Non seulement les banques les plus efficaces dans la gestion de leurs collatéraux économiseront de l'argent, mais elles deviendront plus compétitives sur le marché. Une meilleure gestion des biens apportés en garantie contribuera à réduire leurs coûts de financement tout en libérant des liquidités qui pourront être affectées à d’autres usages. En offrant des services de nantissement et de compensation englobant toutes les catégories d'actifs, les établissements seront à même de proposer des tarifs plus intéressants, de conclure davantage de transactions avec leurs contreparties et d’offrir un plus grand choix de services et de produits à leurs clients.

S’adapter au renforcement réglementaire

Certes, anticiper une telle situation suppose d’envisager l’avenir de la réglementation bancaire. Même s’il s’agit d’une science inexacte, il ne fait aucun doute que les efforts visant à réduire le risque systémique affecteront la manière dont les banques gèrent leurs collatéraux. Les dernières réformes réglementaires exigeront sans doute des établissements qu’ils demandent aux partenaires commerciaux avec lesquels ils ont déjà eu des différends d’apporter davantage de garanties, ce qui risque de freiner leur capacité à réutiliser les collatéraux déjà engagés pour une autre contrepartie.

De telles restrictions réglementaires pourraient rendre le crédit interbancaire moins intéressant et restreindre fortement la liquidité. De plus, les autorités de réglementation exigent des banques davantage de fonds propres, la source de capital la plus onéreuse. Pour réduire leurs besoins en capital, les banques devront donc diminuer leur risque de crédit et de contrepartie en faisant appel à la garantie par nantissement.

Une organisation en silos à repenser

Une meilleure gestion du collatéral permettrait aux banques d’exploiter ces fonds plus efficacement et donc d’accroître la liquidité et le rendement de leurs fonds propres. D'après les estimations d'Accenture, les banques pourraient économiser quelque 4 milliards d’euros en optimisant leurs processus internes, qui tendaient jusqu’ici à conserver les collatéraux en silos distincts – par zone géographique, catégorie d'actif, service ou département de la banque (pensions livrées, trésorerie, titres).

Bien sûr, les banques peuvent encore autoriser chaque service à disposer de ses propres groupements de garanties ; cependant, elles doivent se donner les moyens d’avoir davantage d'informations sur chacun des actifs qui s’y trouvent. Tandis que certains établissements procédaient par le passé à une réévaluation hebdomadaire, voire mensuelle, de leurs collatéraux, il est aujourd’hui nécessaire de déterminer la valeur de ces actifs quotidiennement, et même plusieurs fois par jour dans certains cas. Pour ce faire, les banques doivent accéder à des informations détaillées sur chaque actif et disposer d'une grille de prix de transfert interne mesurant la liquidité et les coûts de financement.

Une telle approche recèle pour les banques de grands avantages. Une vision globale, et en temps réel, de l’ensemble de leurs garanties à l’échelle mondiale permet aux banques de connaître à tout moment les actifs dont elles disposent. Dès lors, elles peuvent d’une part les classer par catégorie, zone géographique, devise ou entité juridique. D’autre part, elles peuvent savoir quel actif est disponible ou engagé, et si une substitution est possible. De la sorte, les établissements  optimiseront l’usage du collatéral et pourront consacrer les fonds excédentaires à des usages plus lucratifs. Plus important encore, une meilleure gestion des collatéraux peut aider les banques à maximiser leur liquidité, et même à abaisser le coût et la durée de leur financement en leur donnant le droit de prétendre à un crédit non garanti, meilleur marché. Tout cela est possible aujourd'hui pour une large part grâce aux systèmes de gestion automatique du collatéral, qui permettent aux établissements d'accroître leurs volumes de transaction sans surcharger leurs équipes de traitement administratif.

Pourtant, ce qui peut surprendre, les banques tardent à renforcer leur gestion des collatéraux. À ce jour, seulement un tiers des établissements interrogés par Accenture ont déclaré avoir réduit les inefficiences internes de leur gestion du collatéral au cours des trois dernières années, et à peu près un quart d'entre eux ont annoncé une diminution de leurs coûts externes. Néanmoins, nous observons une multiplication des projets en ce sens.

 

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Le collatéral, précieuse matière première

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