Taux bas, ETF, digitalisation…

La gestion d’actifs face à ses grands défis

Depuis 2008, le secteur de l’asset management s’est rapidement développé, à raison d’une hausse annuelle de ses encours de 8 %. Mais l’environnement financier, réglementaire et concurrentiel est de plus en plus complexe, poussant les sociétés de gestion à innover. Croissance externe, internationalisation, extension des expertises, rationalisation des process, nouveaux métiers… les pistes d’actions sont multiples.

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Banque & Stratégie n°403

Taux bas, ETF, digitalisation… La gestion d’actifs face à ses grands défis

Depuis la grande crise financière, le montant des actifs gérés à travers le monde par l’industrie de l’asset management a été multiplié par plus de 2,5 et a dépassé fin 2020 – en dépit de la crise sanitaire – le seuil symbolique des 100 000 milliards de dollars [1]. Cela représente 8 % de croissance annuelle moyenne sur les douze dernières années. Le mouvement de désintermédiation qui a marqué la période post-faillite de Lehman a en effet donné une place plus grande aux sociétés de gestion au sein de la sphère financière. Cette croissance a notamment permis à quelques géants d’émerger, à commencer par BlackRock, qui, avec ses 9 000 milliards de dollars d’encours au 31 mars 2021 contre 1 300 milliards en 2008, a gagné sa place de premier asset manager au monde. En Europe, c’est le Français Amundi qui a tout particulièrement profité de ce mouvement : les encours du gérant, né de la fusion des activités de gestion d’actifs de Crédit Agricole et Société Générale, sont passés de 670 milliards d’euros à sa création en 2010 à 1 755 milliards à la fin du premier trimestre 2021. Mais, spécificité de l’industrie de l’asset management, l’émergence de ces mastodontes n’empêche pas une multitude d’acteurs de plus petite taille, souvent spécialisés sur une expertise, de continuer d’exister : en France, par exemple, on compte 680 sociétés de gestion en 2020, contre 567 en 2009 [2].

Cette croissance du secteur de la gestion d’actifs n’est toutefois pas sans embûches. Comme l’ensemble du secteur financier, l’asset management est pénalisé par l’environnement de taux bas, qui met sous pression l’ensemble des rendements obligataires. La gestion pour le compte d’investisseurs institutionnels (assureurs, fonds de pension…) est particulièrement fragilisée par ce contexte. D’autant que parallèlement, les gestionnaires d’actifs doivent faire face à des dépenses croissantes. La pression réglementaire s’est en particulier accrue, notamment depuis MIF 2, entraînant une hausse des investissements en matière de conformité. Dans les années à venir, de nouveaux chantiers conséquents attendent les asset managers, qu’il s’agisse de la digitalisation ou de la généralisation de l’investissement responsable (lire Revue Banque n° 857, juin 2021). Enfin, l’environnement concurrentiel s’est singulièrement durci durant la dernière décennie, avec l’explosion de la gestion passive, connue pour ses coûts très compétitifs. En Europe, le marché des ETF vient ainsi de franchir en avril la barre des 1 000 milliards d’euros sous gestion, contre moins de 150 milliards en 2011.

Les gérants d’actifs sont donc progressivement amenés à faire évoluer leur stratégie. Plusieurs voies sont poursuivies, parfois simultanément. La quête d’une taille critique pousse les opérations de croissance externe (rachat de Lyxor par Amundi, rapprochement entre Ostrum et La Banque Postale AM pour les grands exemples français) mais aussi le développement hors des frontières, à commencer par l’Europe. L’Union des marchés des capitaux, que le régulateur européen essaie actuellement d’approfondir, pourrait les y aider. Côté clientèle, le marché des épargnants particuliers est également vu par les sociétés de gestion comme un relais de croissance, dans un contexte de perte de vitesse de l’assurance vie en euros. Enfin, les acteurs n’hésitent pas à diversifier leur offre : développement de la gamme d’ETF, renforcement des fonds thématiques, promotion de la gestion pilotée… Sans compter le rapide essor de la gestion d’actifs dits « alternatifs » issus de l’univers non coté. Certaines sociétés de gestion cherchent même à s’aventurer sur un nouveau métier, celui de la prestation de services informatiques. BlackRock avait ouvert la voie avec sa solution Aladdin, mais Amundi ou encore Ostrum sont en train de faire de même. La décennie à venir s’annonce donc encore riche en chamboulements pour l’industrie de la gestion d’actifs.

 

[1] Source : BCG Global Asset Management Market-Sizing Database 2021.

[2] Source : AFG, Panorama du marché de la gestion pour compte de tiers, mars 2021.

 

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