Cet article appartient au dossier : Financement de la transition énergétique.

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« Le financement de projets d’énergie renouvelable est un processus très long »

Le financement de la transition énergétique passe par celui des sources d’énergies renouvelables. La Banque Populaire de l’Ouest a mis en place depuis trois ans une expertise pour financer des projets de production d’énergie renouvelable. L’approche du risque diffère entre les secteurs matures, comme le solaire et l’éolien, et les secteurs plus récents comme la méthanisation. La banque met en œuvre des ingénieries financières différentes selon la taille et la nature des projets.

Financement de projets d'énergie

L'auteur

  • AS Baibled
    • Expert financement de projets énergie renouvelable
      Banque Populaire de l'Ouest

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°362

Financement de la transition énergétique

Que fait la Banque Populaire de l’Ouest en termes de financement des énergies renouvelables ?

La Banque Populaire de l’Ouest a créé, début 2014, une expertise « financement de projet » pour accompagner, avec une équipe dédiée, le financement de projets de production d’énergie renouvelable. Elle accompagne différents types de technologies, d’énergies (solaire, vent, déchets…), sur des projets qui peuvent être de tailles très différentes.

Les énergies renouvelables regroupent des secteurs matures comme le solaire ou l’éolien, et des secteurs en développement depuis quelques années seulement, comme la méthanisation.

Les clients sont majoritairement des clients entreprises ou agriculteurs.

En quoi consiste, par exemple, un financement de projet de méthanisation ?

La méthanisation représente une demande de plus en plus forte, particulièrement de la profession agricole. Elle consiste à créer de l’énergie renouvelable en retraitant des déchets de matière organique : en se décomposant, ils produisent du biogaz, qui est retraité pour la fabrication de biométhane et d’électricité verte et de chaleur. Or la Banque Populaire de l’Ouest a une clientèle importante d’agriculteurs, qui ont des problématiques de retraitement de leurs déchets. Des agriculteurs peuvent être éligibles au processus de méthanisation, ainsi que des industriels, des collectivités, qui retraitent ainsi leurs déchets verts, ou ceux issus des cantines par exemple.

La méthanisation est une technologie moins mature que les projets d’énergie renouvelable plus classiques comme l’éolien et le solaire, pour lesquels nous avons désormais beaucoup de recul. Pour les projets de méthanisation, nous avons mis au point une approche du risque différente pour faire face à la problématique de l’approvisionnement (pérennisation des matières entrantes) ou au risque technique (maîtrise de la construction et de l’exploitation d’un site industriel).

Globalement, le financement de projets d’énergie renouvelable nécessite-t-il une approche du risque spécifique et laquelle ?

Pour accompagner les clients en financement de projets énergie renouvelable, on s’appuie sur la solvabilité du projet. L’approche consiste à regarder comment va se comporter le projet de façon intrinsèque, et pas seulement la santé financière de l’actionnaire. On regarde le projet, le chiffre d’affaires, comment il est sécurisé, les charges…

Quelles sont les différences selon la taille des projets à financer ?

Les ingénieries financières sont différentes selon la taille des projets d’énergie renouvelable financés. Il y a trois strates. Pour prendre l’exemple de la méthanisation, il y a donc trois tailles de projets, des projets dits de méthanisation « à la ferme », des projets qui regroupent deux ou trois fermes, et des projets de plus grande envergure qui peuvent réunir 20, 30 ou 40 exploitations agricoles. Ces projets de grande taille sont parfois financés via des développeurs qui s’associent avec le monde agricole ou industriel et font de la méthanisation pour compte propre en nouant des contrats avec des apporteurs de matière.

Les projets de méthanisation « à la ferme » sont des projets unitaires, qui peuvent aller jusqu’à deux millions d’euros de dette. Techniquement, ils sont situés dans les risques de la banque, avec en amont un audit sur la qualité de la ferme.

Les gros projets collectifs, industriels, sont financés par de la dette à partir de 5 millions d’euros.

Ils nécessitent systématiquement un prêt syndiqué, et nous sommes en mesure d’être l’arrangeur du crédit et d’aller chercher les banques participantes, souvent les banques régionales, le Crédit Coopératif, la Caisse d’Épargne et, parfois, Bpifrance. Ces projets sont sécurisés grâce à des audits spéciaux.

Pour tous les dossiers au-delà de 5 millions d’euros de dette, nous travaillons avec l’équipe Énergies renouvelables de la Banque Populaire Atlantique. Nous avons travaillé depuis deux ans en partenariat avec cette banque pour mettre en place le même savoir-faire qu’elle a mis au point depuis 7 ans. Nous préparons par ailleurs notre fusion avec la Banque Populaire Atlantique qui devrait être entérinée le 7 décembre prochain et rétroactive au 1er janvier 2017.

Pour les projets de grande envergure, au-delà de 20 millions d’euros, Banque Populaire de l’Ouest peut bénéficier du savoir-faire de Natixis qui intervient notamment au travers sa filiale Energéco, spécialisée dans le financement de projets d’énergies renouvelables depuis 20 ans. Enfin, des cofinancements se font parfois avec de subventions de la région ou de départements bretons, et de l’Ademe.

Entre les projets de méthanisation « à la ferme » et les plus gros projets, il y a les dossiers hybrides, des dossiers de dette entre 2 et 5 millions d’euros. Ce sont des projets trop gros pour se baser uniquement sur la qualité de la ferme pour mesurer le risque. Il y a un audit réalisé sur certains points. Il y a parfois deux banques en bilatéral, mais nous recommandons qu’il n’y ait qu’un seul prêt pour une somme entre 2 et 5 millions d’euros.

Le financement de projets d’énergie renouvelable présente-t-il des particularités ?

Le financement de projets d’énergie renouvelable est un processus très long, plus long que le financement de projets corporates. Nous avons par exemple en ce moment un dossier de méthanisation agricole collective (rassemblement de 27 exploitations) dont le financement a été initié en avril 2016 et doit aboutir d’ici novembre. Il s’agit de projets ad hoc à créer, avec beaucoup de réglementaire, des autorisations à obtenir et parfois la question de l’épuisement des recours. Car en général la population est d’accord pour avoir de l’énergie verte, mais les riverains sont rarement d’accord pour avoir une infrastructure d’énergie renouvelable près de chez eux.

Où en sont les incitations pour ce type de financements ?

Il y a la question des tarifs de l’électricité. Nous avons des tarifs sécurisés sur les 15 ou 20 prochaines années, selon les énergies. Beaucoup de choses ont été faites fin 2016 et début 2017, qui vont dans le sens de facilitateur et permettent de sécuriser le chiffre d’affaires, les revenus…

Quelles autres énergies renouvelables financez-vous ?

Le projet de fusion avec la Banque Populaire Atlantique va donner une grande Banque Populaire très côtière, du Calvados à la Vendée [1]. Nous nous intéressons aux énergies marines, comme l’éolien offshore, qui nécessite d’installer des mâts en pleine mer visibles depuis la terre ou des hydroliennes. Il existe des démonstrateurs, qui ne sont pas encore en phase industrielle. Il s’agit de projets qui se font encore sous subventions ou avec des financements publics mais nécessiteront des ingénieries financières spécifiques.

Nous nous intéressons globalement à des sujets autour de l’environnement qui feront les métiers et les activités de demain, dans le retraitement des déchets par exemple. Si une technologie est au stade de recherche et développement, notre expertise « financement de projet » ne finance pas de démonstrateurs. Dans ce cas, il s’agira pour commencer de financement de l’innovation.

 

[1] La Banque Populaire de l’Ouest couvre sept départements du Grand Ouest : Finistère, Côtes-d’Armor, Ille-et-Vilaine, Manche, Mayenne, Orne et Sarthe. La Banque Populaire Atlantique couvre les départements Finistère (Sud), Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Morbihan et Vendée, ndlr.

 

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