La finance éthique vise à changer le monde pour ne pas continuer le « business-as-usual » et accorder toute l’attention qu’elle mérite à la « vie bonne » pour les hommes et à l’épanouissement de la nature. Pour ce faire, elle s’appuie sur trois leviers.
1. L’évolution au sein des entreprises industrielles et financières : par exemple, des fonds de pension ou des banques commencent à ne plus financer l’extraction des énergies fossiles ; des banques comme la NEF renforcent les critères environnementaux et de transparence dans leurs procédures d’octroi des crédits.
2. Les nouvelles aspirations des investisseurs : aujourd’hui, plus de 20 % des investisseurs institutionnels souhaitent sélectionner leurs investissements sur la base de critères éthiques. Un prestataire comme Carbone 4 en France leur permet de mesurer la compatibilité de la trajectoire d’émissions de gaz à effets de serre d’un portefeuille d’actions, avec l’objectif d’une augmentation de la température mondiale en 2050 limitée à 2 °C, posé par la COP21.
3. L’évolution des comportements individuels : les acheteurs et investisseurs particuliers sont de plus en plus sensibles aux enjeux de la transition énergétique quand les financements sont pour eux adaptés.
Le dérèglement climatique menace l’économie d’un effondrement rapide…
Hélas, pour éviter un changement climatique violent, le compte n’est pas
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Les conséquences macroéconomiques d’une telle évolution seraient désastreuses. Aucun modèle capable de prendre en compte l’ensemble des conséquences du changement climatique n’existe actuellement. Mais plus les prévisionnistes avancent, plus les scénarios qui se dessinent empirent.
Denis Meadows et son équipe, en 1972, avaient montré dans le rapport du Club de Rome « Les limites de la croissance », appuyé par des modèles physiques, que l’effondrement de notre civilisation était possible – voire probable – au XXIe siècle. Dernièrement, Gaël Giraud (chef économiste de l’Agence française de développement) a mis au point un modèle physico-économique qui conduit aux mêmes
Le scénario qui nous menace n’est pas une chute du PIB « ordonnée », si importante soit elle ; il s’agit d’un recul brutal de la civilisation dans un monde où des milliards d’individus, en particulier les plus
La finance a montré sa puissance : elle reste la seule force qui permettrait de repousser suffisamment vite le scénario catastrophe. Et c’est encore possible.
…qu’il est encore possible d’éviter
Les solutions techniques pour décarboner l’économie mondiale et maintenir l’augmentation de la température autour de 2 °C sont connues et leur coût est chiffré : en ordre de grandeur, pour financer la transition
Les banques centrales peuvent créer 1 000 milliards d’euros par an et les flécher vers la transition (pour situer les ordres de grandeur, c’est le montant annuel du programme de rachat de créances de la seule BCE). Le secteur privé qui cherche à investir des liquidités surabondantes pourrait investir 4 500 milliards si la rentabilité est assurée grâce à des politiques réglementaires et fiscales incitatives. Les gouvernements pourraient enfin réaffecter les aides aux industries du carbone qui représentent de l’ordre de 500 milliards par an au niveau mondial.
Cette réaffectation des flux est également stratégique pour assurer une décroissance rapide des business « carbonés » qui risquent de voir leurs actifs se déprécier massivement à mesure qu’il sera devenu impossible ou très coûteux de les exploiter. L’augmentation du coût de l’extraction des ressources fossiles est inéluctable, même en l’absence de toute réglementation des émissions, en raison de la difficulté physique croissante de leur extraction : les champs d’accès facile sont en voie d’extinction. La problématique des « stranded
La finance éthique ne peut être efficace sans se saisir de l’enjeu climatique
La finance éthique a du mal à trouver sa place dans un monde financier dérégulé. Les stratégies industrielles vertes peuvent être cassées brutalement par la libre concurrence : par exemple, l'industrie allemande, 4e producteur mondial de cellules photovoltaïques jusqu'en 2011, a connu alors une hécatombe face au dumping chinois ; la plupart des entreprises ont disparu et Q-Cells, ex-leader mondial du secteur, a été racheté par le sud-coréen Hanwha.
Dans une certaine mesure, l’éthique en finance cherche aujourd’hui à aller à contre-courant des conséquences d’une financiarisation globale des économies, qui a fait croître le niveau des risques financiers et environnementaux, à travers notamment :
- l’instabilité du secteur financier et la volatilité des cours des matières premières ;
- les rendements élevés disponibles à court terme, qui, en attirant l’épargne vers ces niveaux de rendement, polarisent l’économie réelle vers le court-termisme et peuvent donc conduire à une préférence pour le prélèvement le plus rapide possible des ressources sans souci du long terme ;
- la concentration de l’attention des décideurs sur les questions financières, au détriment de la prise en compte des impacts de leurs décisions dans l’économie réelle, dans la sphère sociale et dans la sphère environnementale ;
- l’explosion des inégalités de patrimoines et de revenus : les très riches ont un impact très négatif sur l’environnement, notamment en raison de leur consommation excessive d’énergie ; la grande pauvreté ne permet évidemment pas de s’occuper de la nature ;
- les possibilités et l’ampleur de la fraude fiscale et des pratiques d’« optimisation fiscale » ; la disparition des ressources fiscales des États entraîne une impossible planification et une faiblesse des États face à leurs créanciers et aux entreprises. Les politiques n’ont plus le poids nécessaire face aux investisseurs et aux entreprises pour impulser une réglementation environnementale opérationnelle.
Un plan d'urgence
Notre dernière chance d’éviter un recul dans des âges sombres est que la finance éthique prenne le pas et s’oriente résolument vers la transition énergétique mondiale.
Nous proposons, comme de nombreux économistes (Adair Turner, Michel Aglietta, Pierre-Noël Giraud, Gaël Giraud…), une vraie régulation financière, à la fois pour mettre fin au risque systémique que la finance telle qu’elle existe fait peser sur les économies et pour flécher dès aujourd’hui l’épargne vers la transition énergétique.
1. Favoriser la transition dans les financements. En la matière, la Chine donne le « la ». Elle envisage de recourir davantage aux obligations vertes, aux prêts bonifiés pour des projets respectueux du climat, ainsi qu’aux banques et aux fonds verts. Il faut que la BCE et les autres banques centrales relancent l’activité économique à l’aide d’un programme de création monétaire ciblé sur ce qui crée le plus d’emplois et favorise la transition énergétique. Il faut orienter le financement en intégrant dans les choix d’investissement (notamment public) le critère de l’impact sur le climat. Les banques publiques de développement, comme l’AFD, dont la moitié des financements sont aujourd’hui à co-bénéfice climat, disposent des outils pour le faire et ont déjà commencé à implémenter ces approches. Il faut enfin intégrer dans les pondérations de risque pour les crédits bancaires des critères de climato-comptabilité. La Fédération bancaire française propose ainsi qu’un facteur de réfaction soit applicable aux exigences de capital associées aux expositions sur les actifs favorisant la transition énergétique.
2. Pénaliser l’utilisation des énergies responsables des émissions de gaz à effet de serre. Des tarifications du carbone progressives dans les régions du monde les plus émettrices doivent être mises en place, sous forme de taxes ou de marché de quotas. L’Europe qui avait pris de l’avance doit rapidement réformer son marché de
3. Limiter le trou noir qui attire les capitaux vers des activités au mieux stériles et au pire nuisibles : réguler le shadow banking et interdire la finance
4. Mettre la transition au cœur de la finance éthique par des fonds éthiques dont l’objet serait la « transition énergétique » et qui pourraient signer une charte édictant des principes simples :
- favoriser les investissements dans la transition énergétique ;
- investir dans les pays où la transparence est suffisante ;
- ne pas participer à l’achat de biens communs (terres cultivables, eau potable, etc.) ;
- participer à la renégociation des dettes insoutenables ;
- ne pas financer les entreprises pratiquant l’évasion fiscale ;
- favoriser les financements locaux avec investisseurs locaux ;
- favoriser les petites structures assurant des projets d’autonomie de collectivités ;
- boycotter les entreprises ne respectant pas ces principes (mettre en place une transparence sur la production des entreprises).