Finance décalée

La crise expliquée au grand public

La crise expliquée avec des Lego

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°742

Numéro double : Rétrospective 2011- Prospective 2012

Face à la crise de la dette européenne, le besoin de pédagogie se fait pressant, comme l’ont bien compris médias et économistes. Qui aurait imaginé il y a quelques mois que les JT de 20 heures consacreraient un sujet à la description des mécanismes de ventes à découvert ? Face à la nécessité de vulgarisation, la créativité est de mise. Internet, en particulier, foisonne de présentations décalées des phénomènes actuels. C’est le cas du site www.kleptocracy.us qui compare visuellement la dette des États-Unis avec des palettes de liasses de billets de 100 dollars. Slate.fr a repris l’idée à l’échelle française, montrant ainsi qu’il faut l’équivalent d’un Arc de Triomphe de billets de 100 euros pour payer la dette hexagonale en 2011 et que, sans changement de tendance, c’est une Tour Montparnasse qui serait nécessaire en 2045.

Moins sérieux, le quotidien britannique The Guardian a mis la crise en musique dans « The Euro Crisis Song », un clip rythmé et coloré sur ces États tristement surnommés « PIGS » (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne) : « They call you PIGS, but they don’t understand, you’re not the only ones to spend more than you can. And now you might default, you’re feeling so deflated. This Euro Crisis left us all so jaded [1]. »

Une version poétique circule depuis l’été sur la Toile, un dialogue en alexandrins entre « Angela von Mecklemburg  » et « Nicolas de Neuilly » signé par le journaliste Luc Rosenzweig sur causeur.fr : « Madame, l'heure est grave : alors que Berlin danse / Athènes est en émoi et Lisbonne est en transe. / Voyez la verte Erin, voyez l'Estrémadoure / Entendez les Romains : ils appellent au secours ! / Ils scrutent l'horizon, et implorent les Dieux. / Tous les coffres sont vides, et les peuples anxieux / Attendent de vous, madame, le geste généreux ! / De leur accablement ils m'ont fait l'interprète : / Leur destin est scellé, à moins qu'on ne leur prête / Cet argent des Allemands sur lesquels vous régnez. / Cette cause est bien rude, mais laissez-moi plaider… »

L’économiste du CNRS Frédéric Lordon avait déjà publié en mai une « comédie sérieuse » en quatre actes et en alexandrins [2].

Et puis, il y a la version pour enfants – bien calés en économie – où la crise est expliquée avec… des Legos ! On la doit à un analyste de JPMorgan, épaulé par « un spécialiste de la conceptualisation par les figurines » de 9 ans… son fils ? Une explication tout à fait technique qui ne lésine pas sur les clichés : on savourera en particulier la Commission européenne en Dark Vador, la Bundesbank en Viking, le Français en artiste romantique loin des questions financières et la foule des contribuables européens mécontents. S. L.

 

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[1] « Ils vous appellent les PIGS [les cochons] mais ils ne comprennent pas que vous n’êtes pas les seuls à dépenser plus que vous ne pouvez vous le permettre. Et maintenant que vous pourriez faire défaut, vous vous sentez tellement déprimés. La crise de l’euro nous a tous laissés tellement blasés. »

[2] D’un retournement à l’autre, Seuil.

 

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