Banque multilatérale de développement

« La BEI est le premier émetteur d’obligations vertes au monde »

Créé le

11.10.2017

-

Mis à jour le

12.10.2017

Financer la transition énergétique est l’une des priorités stratégiques de la BEI, qui entend jouer un rôle de chef de file dans la mobilisation des investissements. Ses partenariats avec divers intermédiaires financiers lui permettent notamment de soutenir des porteurs de projets petits et moyens, et de jouer le rôle de catalyseur pour financer des projets risqués. Elle développe des solutions de financement novatrices.

Climat et environnement sont une des grandes priorités de la BEI. Quelle est sa stratégie en matière de financement de la Transition énergétique (TE) ?

Le changement climatique constitue sans doute le plus grand défi mondial de notre époque. En tant que premier bailleur de fonds multilatéral au monde pour le financement de l’action climatique, la Banque s’est engagée à consacrer au minimum 25 % de ses investissements à l’atténuation des changements climatiques et à l’adaptation à leurs effets, soutenant ainsi une croissance à faible intensité de carbone et à l’épreuve des changements climatiques. La mission de la Banque européenne d’investissement (BEI) est de jouer un rôle de chef de file dans la mobilisation des financements nécessaires pour parvenir à respecter l’engagement mondial visant à contenir le réchauffement de la planète en dessous du seuil de 2 °C. Plus encore, la nouvelle stratégie de la BEI en matière climatique est ambitieuse et horizontale, car elle affecte tous les secteurs d’activité de la banque, centrée sur des instruments de financement innovants et à fort impact pour combler les lacunes du marché et attirer des financements privés, notamment en passant par le marché des capitaux.

En matière de transition énergétique, la BEI est un acteur majeur du financement des projets du secteur de l’énergie avec 63 milliards d’euros de signatures entre 2012 et 2016, dont 57 % dédiés aux projets d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables. La Banque investit également en faveur des transports sobres en carbone, du boisement et de la gestion des forêts comme dans les activités de recherche et développement en faveur de technologies sobres en carbone. L’innovation tient en effet une place importante dans les activités de la banque.

Quels sont vos instruments de financement de la TE ?

La BEI dispose d’une large gamme d’outils pour assurer ses missions de financement : prêts, garanties, investissements en fonds propres, etc. La transition énergétique crée une demande de financements émanant de petites structures (entreprises et collectivités locales), en particulier en matière d’efficacité énergétique et de projets innovants (renouvelables, smart grids). C’est pourquoi, la BEI a un fort partenariat avec les intermédiaires financiers (banques, fonds de capital d’investissement, fonds de dette) pour soutenir les petits et moyens porteurs de projet. La BEI a augmenté son activité de financement à risque (type venture debt) auprès de sociétés innovantes tel que Sunpartner Technologies, en France. Autre solution de financement : le panachage de ressources, ou blending, très prisé pour les projets de Recherche, développement et innovation (RDI). L’activité de conseil est également un des grands atouts de la Banque : il facilite les investissements en renforçant les capacités en matière de gestion et d’administration des projets. La BEI a ainsi mis en place le « European Investment Advirory Hub » (EIAH) – un des piliers du Plan d’investissement pour l’Europe – qui assiste les promoteurs publics et privés dans l’identification, la préparation et la mise en œuvre des projets d’investissements prioritaires pour la Banque.

Quelles relations avez-vous en matière de financement de la TE avec les banques, françaises en particulier ?

Les banques sont des partenaires très privilégiés de la BEI. Notre premier objectif est d’aider au financement des projets et d’augmenter l’appétit de financement d’autres investisseurs, tant en termes de volume que de risque. En France, la BEI a noué un partenariat de grande qualité avec le groupe Caisse des Dépôts et sa filiale la SNI.

À titre d’exemple, la BEI a signé avec la Société Générale en 2016 un accord cadre de garantie d'un montant global de 150 millions d'euros visant à soutenir des projets de construction navale favorisant le transport durable et la protection de l'environnement. Cet accord n'aurait pas été signé sans le concours du Plan d’investissement pour l’Europe appelé plus communément plan Juncker, et du Mécanisme pour l'interconnexion en Europe (CEF). Il s'agit de la première concrétisation en Europe du nouveau mécanisme européen de garantie pour le « verdissement » du transport maritime. Doté d'une enveloppe globale de 750 millions d'euros, le nouveau mécanisme européen de garantie a pour objectif de financer des projets de construction navale pour les nouveaux navires mais également pour convertir et moderniser les navires, respectant le transport durable et la protection de l'environnement.

Toujours dans le cadre du plan Juncker, la BEI a élaboré un schéma innovant de partage de risque avec la banque régionale Saar LB afin de permettre l’augmentation de son intervention transfrontalière dans les énergies renouvelables (éolien et solaire) moyennant une garantie de la BEI sur son portefeuille existant. Toujours à titre d’exemple, la BEI a travaillé avec le Crédit Coopératif et la Commission européenne dans le cadre du programme LIFE pour la mise en place d’un instrument de financement privé pour l’efficacité énergétique : Private Finance For Energy Efficiency – PF4EE. Cet instrument permet de remédier au manque d'accès à des financements commerciaux adaptés et abordables pour les investissements dans le domaine de l'efficacité énergétique. Ainsi le Crédit Coopératif va être en mesure d’accorder 75 millions d’euros de prêts supplémentaires à des entreprises ou des associations pour favoriser l’efficacité énergétique tout en bénéficiant de l’expertise technique et financière de consultants spécialisés de la BEI.

Que faites-vous en matière d’obligations vertes ?

La BEI est le premier émetteur d’obligations vertes au monde, avec un montant cumulé de plus de 22 milliards d’euros depuis 2007 [1] . La Banque a joué le rôle de pionnier sur le marché des obligations vertes en lançant dès 2007, sa première émission d’obligations climatiquement responsables (OCR) (Climate Awareness Bonds). Nous célébrons d’ailleurs cette année le dixième anniversaire des OCR.

Les obligations vertes émises par la banque sont exclusivement destinées aux projets dans les domaines des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Elles peuvent inclure les investissements de mitigations et d’adaptation, mais aussi de contrôle de la pollution de biodiversité ou encore d’efficacité d’utilisation des ressources.

Vous mettez en œuvre des instruments de financement innovants, lesquels et pourquoi ? Pourquoi l’innovation financière est-elle particulièrement importante pour le financement de la TE ?

L’innovation fait partie de l’ADN de la Banque. C’est pourquoi le soutien à des opérations financières innovantes est au cœur de notre action. Il est en effet essentiel de développer des solutions novatrices et plus adaptées au type de financement et du secteur concerné tel que la transition énergétique face à des marchés mondiaux actuellement limités dans leur prise de risque. À titre d’exemple, l’initiative obligations de projets (Project Bond Credit Enhancement – PBCE) est un instrument innovant dont l’objectif est de stimuler le financement sur le marché des capitaux des grands projets d’infrastructure de réseau. Cet instrument a été utilisé notamment pour le financement du câble de connexion des parcs d’éoliennes off-shore au Royaume-Uni (OFTO). Il y a également le dispositif InnovFin – Financement européen de l’innovation – qui a permis de faciliter le financement de projets tels que Floatwind (éoliennes flottantes) au Portugal ou Wave Roller, utilisant l’énergie des vagues. De nombreux autres produits de la BEI existent pour le financement de la transition énergétique, notamment pour les projets de plus petite envergure.

La BEI cherche à combler des lacunes de marché… lesquelles, comment et avec quels types de financement ? Y a-t-il des besoins qui sont nécessairement couverts par des fonds publics comme ceux de la BEI ?

Suite à la crise économique et financière, il y a un déficit d’investissement au sein de l’Union européenne, mettant en exergue une défaillance du marché alliée à un manque de prise de risque de la part des investisseurs. Le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) est un partenariat entre l’Union européenne et de la BEI qui vise à combler ce déficit en augmentant la capacité de prise de risque de la banque. Dans le domaine de la TE, cela s’est concrétisé par le financement de projets renouvelables développés par de nouveaux promoteurs de plus petite taille et à l’assise financière moins solide que les grands clients traditionnels de la banque. En France, la BEI a ainsi adopté en 2015 un programme de 400 millions d’euros pour les travaux de rénovation énergétique des logements privés, individuels et collectifs, financés par des Sociétés de tiers financement (STF). À ce jour, deux STF ont d’ores et déjà bénéficié de financements dans le cadre de ce programme : la SEM Energies Posit’if en Ile-de-France et la Régie SPEE en Picardie.

Quelles sont vos spécificités en matière de financement de la TE liées à votre statut de financeur européen, de bailleur de fonds à long terme… ?

La BEI se sert de sa solidité financière avec sa notation triple A pour emprunter à des taux avantageux et rétrocède cet avantage de coût à des projets économiquement viables et sur le long terme. Par ailleurs, la banque dispose d’une expertise unique en matière technique, économique et financière lui permettant d’évaluer la qualité des projets qu’elle finance.

À titre d’exemple, la Banque a financé les premiers projets de construction de fermes éoliennes off-shore qui ont vu le jour dans la mer du nord, en Belgique et au Royaume-Uni. À l’époque, ces projets étaient considérés comme très risqués et la présence de la banque parmi les financeurs a clairement joué un rôle de catalyseur pour mobiliser les autres banques. Les nouveaux projets éoliens off-shore sont maintenant beaucoup plus matures avec des niveaux de coûts et de risque mieux maîtrisés.

Comment s’articulent les fonds publics et privés ? Européens et régionaux ?

La banque peut accompagner la mise en œuvre d’instruments financiers au titre des Fonds structurels et d'investissement européens (ESIF). Les instruments financiers transforment les ressources de l'UE issues des Fonds structurels et d'investissement européens en des produits financiers tels que des prêts, des garanties, des apports de fonds propres et d'autres mécanismes à risques qui sont ensuite utilisés pour financer des projets. À titre d’exemple, la Commission européenne et le groupe BEI mènent actuellement une initiative dénommée SFSB – Smart Finance for Smart Buildings –, dont l’objectif est de promouvoir l’efficacité énergétique des bâtiments résidentiels existants.

Comment faire changer d’échelle le financement de la TE ? Avec des garanties premières pertes par exemple ?

À l’échelle de l’UE, les investissements doivent passer de 112 milliards par an actuellement à 208 en moyenne entre 2015 et 2030 [2] . Pour faire face à cette forte demande d’investissements, la BEI dispose en effet d’instruments de partage de risque comme le Connecting Europe Facility (CEF) qui offre ainsi un soutien financier aux projets d’infrastructure énergétique d’intérêt commun (PCI) qui peuvent s’avérer risqués. Ces projets bénéficient alors de garanties de premières pertes.

Que faites-vous en matière de financement de la TE hors Union européenne ?

Dans le cadre de l’Accord de Paris, la Banque s’est engagée à consacrer d’ici 2020 au moins 35 % de son activité dans les pays en développement à l’action pour le climat. Dans les pays partenaires, à titre d’exemple nous avons financé le complexe solaire Noor-Ouarzazate au Maroc qui, une fois finalisé, représentera la plus grande installation d’énergie solaire en Afrique avec une capacité supplémentaire d’énergie renouvelable d’environ 500 MW d’ici à 2020. Nous avons également financé le projet éolien Jordan Wind en Jordanie avec un financement de 72 millions de dollars. En Inde, une enveloppe de 800 millions d’euros sera entièrement dédiée au financement de projets d’énergies renouvelables. Nous allons également signer un nouveau partenariat avec l’Alliance solaire internationale (ISA) lancée par l’Inde et la France lors de la CoP 21.

Outre le volet financement, la BEI participe-t-elle à des réflexions en matière d’action et de finance climat ?

La BEI publie chaque année depuis 2011 un rapport sur la finance climat en collaboration avec les autres banques multilatérales de développement [3] . Au niveau européen, la BEI contribue également au groupe de haut niveau de l’Union européenne sur le financement durable (EU High-level expert group on sustainable finance, HLEG). Ce groupe doit d’ailleurs rendreses conclusions en fin d’année sur le système de classification des investissements durables qui vise notamment à établir un label européen pour les obligations vertes.

 

1 Source : JP Morgan, octobre 2017.
2 Source : Primes.
3 Groupe Banque mondiale, EBRD, African Development Bank, Asian Development Bank, Interamerican Development Bank.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº362
Notes :
1 Source : JP Morgan, octobre 2017.
2 Source : Primes.
3 Groupe Banque mondiale, EBRD, African Development Bank, Asian Development Bank, Interamerican Development Bank.