Avant-propos de l'AMAFI

L'auteur

  • Philippe Tibi n°3, Amafi
    • Président
      AMAFI
    • Professeur
      École Polytechnique
    • Président
      UBS en France

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°736HS

La crise née en 2007 a changé la nature et l’intensité de la critique des marchés, tant elle apparaît à la quasi-totalité des courants de pensée comme la démonstration de la nécessité d’une remise en cause fondamentale du mode de fonctionnement du secteur financier. Dans ce contexte apparaissent des questions, légitimes, mais aussi des jugements empreints d’une certaine ignorance du rôle et de l’utilité des marchés financiers, sous couvert de prescriptions morales et parfois moralisatrices.

L’AMAFI (Association française des marchés financiers) a souhaité contribuer à la proposition d’un débat informé et ouvert sur ces matières.

Elle rassemble, en effet, les entreprises établies en France et actives sur les marchés financiers (prestataires de services d’investissement et infrastructures de marché). En tant qu’association professionnelle soucieuse du développement des activités de ses membres, elle participe naturellement à tous les débats liés à l’organisation des marchés et de leurs acteurs, aux échelons national, européen et international. La volonté de l’AMAFI, en la matière, est de porter les positions des praticiens de marché dans une perspective de meilleure régulation, définie comme le corps de règles qui donne droit aux impératifs d’ordre public et aux objectifs assignés par le législateur, tout en assurant un cadre propice au développement de notre Place financière et de ses acteurs ainsi qu’à la protection légitime des investisseurs, des émetteurs et des acteurs industriels désireux de couvrir leur risques.

À ce titre, il est donc naturel que l’AMAFI contribue avec détermination au débat d’idées sur la notion de marchés financiers, tant cette question est mal connue en France. C’est précisément dans cette perspective qu’elle a installé en mai 2010 un Conseil scientifique. Et comme le marché est par essence un lieu de débat où il serait incongru de vouloir imposer une pensée unique ou une littérature propagandiste, sa composition (économistes académiques, économistes d’institutions financières, praticiens, journalistes) est garante de la diversité des points de vue qui y sont exprimés.

Le Conseil scientifique a souhaité consacrer sa première publication destinée à un large public à la question de l’utilité des marchés financiers, problématique que la crise impose. Même si les efforts de conceptualisation de la finance trouvent leur origine dès le XIIIe siècle en Italie, le marché était traditionnellement peu préoccupé par des questions existentielles. Il faisait son office, en tant que lieu d’échanges et de formation des prix, et demeurait absent des débats d’organisation économique de la société, domaine d’élection des forces politiques et sociales. Il a, cependant, souvent été utilisé, depuis une trentaine d’années, comme le mode ultime (et silencieux) de régulation. Il est désormais mis en cause en raison de la perception de son extension à des domaines où il n’est pas légitime, de sa puissance face aux États, et de son insensibilité, ou sa brutalité, face aux questions sociales.

Le débat étant un mode productif de résolution des contradictions de la société, je suis heureux, en tant que président de l’AMAFI, d’avoir trouvé en la Revue Banque un partenaire engagé pour développer avec nous cette discussion. Ce hors-série est le résultat direct de cette collaboration fructueuse, prolongée d’ailleurs par un Forum des auteurs au cours duquel seront débattues les principales problématiques qui y sont traitées.

La réponse classique à la question posée « À quoi servent les marchés financiers ? » est double. Les marchés servent à financer l’économie et à gérer l’épargne des individus. L’objectif de ce hors-série est de discuter ces assertions sous différents aspects et de débattre des conditions de l’efficacité des marchés, puisque la crise, à l’évidence, pose problème.

Notre ambition est ici d'ouvrir des perspectives et de lancer un débat trop souvent occulté par des stéréotypes inopérants. Nous espérons le continuer tout au long des prochains mois avec tous ceux qui estiment que la question de la « place du marché » est absolument structurante au regard des choix que la France devra formuler dans l’année à venir.

 

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