Assurance vie : s’adapter aux taux bas

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

Introduction

Assurance vie : s’adapter aux taux bas

La chute des taux à des niveaux proches de zéro, voire négatifs, met à mal le modèle de l’assurance vie. Sont en jeu la rentabilité et, parfois, la solvabilité des acteurs. L’industrie doit s’inventer un nouvel avenir, fait de produits plus risqués pour l’épargnant que les assureurs devront apprendre à commercialiser.

Assurance vie

Voilà plus de 30 ans que les taux d’intérêt ne cessent de baisser. Une manne pour les produits d’épargne massivement investis en obligations, comme l’assurance vie en euros. Mais en touchant le plancher de 0 % sous l’effet du Quantitative Easing de la BCE, les taux ont mis fin à ce cycle faste. Comment dégager des marges quand les coupons des titres achetés ne couvrent même pas les coûts de fonctionnement ? Comment réduire les rendements servis aux assurés sans provoquer leur fuite ? « À moyen terme, un environnement de taux d’intérêt bas persistant met sous pression la rentabilité et plus généralement le business model du secteur de l’assurance », met ainsi en garde le Haut conseil de stabilité financière [1].

Le superviseur européen, l’EOIPA, surveille de près la situation depuis 2011 (lire). Les stress-tests menés en 2014 ont ainsi montré la vulnérabilité de près d’un quart des compagnies d’assurance face à un scénario « à la japonaise » de taux durablement très bas. Pour l’exercice ORSA de fin 2015, l’ACPR a aussi demandé aux assureurs français de tester deux scénarios, l’un laissant les taux très bas sur le long terme, l’autre envisageant leur hausse brutale.

L’un des impératifs de l’industrie est de freiner la collecte des fonds en euros. Les chiffres de l’Association française de l’assurance semblent indiquer qu’un mouvement s’enclenche : depuis le début de l’année, 9,1 des 17,3 milliards d’euros de collecte nette ont concerné des supports en unités de compte. Mais la part de ces derniers dans l’encours total reste encore inférieure à 20 % et les statistiques sur la collecte nette ne font pas apparaître le risque que constitue le réinvestissement des obligations arrivant à échéance (lire).

Les assureurs lancent également peu à peu la commercialisation des nouveaux supports dits « Euro-Croissance », institués par un décret de septembre 2014, et qui permettent de dégager des marges de diversification pour l’investissement des primes. Certains assureurs ont converti leurs supports euro-diversifiés (lire), d’autres ont créé un fonds nouveau (lire), parfois récemment comme l’Afer en juin dernier. Le démarrage du nouveau dispositif est toutefois poussif, du fait, là encore, des taux bas. Selon le Trésor, la collecte représentait en mai environ 100 millions d’euros par mois et un stock de 1,5 milliard compte tenu des contrats transformés [2]. Pour stimuler la collecte, François Villeroy de Galhau, dans son rapport sur l’investissement [3], avait pointé trois leviers d’action possibles :

  • une fiscalité favorable, que le futur gouverneur de la Banque de France ne privilégie toutefois pas ;
  • l’accélération de la baisse des rendements servis sur les fonds euros, qu’il va vraisemblablement continuer de préconiser une fois devenu gouverneur ;
  • la mutualisation d’une partie des réserves latentes entre le fonds euros et le fonds Euro-Croissance. Ce dernier point devrait faire l’objet d’un décret qui prévoit un transfert temporaire de certains actifs en plus-values latentes dans une proportion encore en discussion [4].

Ces mesures suffiront-elles à préserver la rentabilité – et la solvabilité – des assureurs vie ? Probablement une diversification vers des activités de prévoyance, moins sensibles au risque de taux, sera également nécessaire. Faut-il d’ailleurs chercher à sauver le modèle de l’assurance vie en euros ? Rien n’est moins sûr pour Christian Gollier, professeur à la Toulouse School of Economics, qui voit dans ce défi des taux bas l’occasion de repenser en profondeur le financement long terme de l’économie (lire).

 

Dossier réalisé par Séverine Leboucher

[1] Rapport annuel, juin 2015.

[2] Audition de la commission des finances du Sénat, le 6 mai 2015.

[3] Rapport d’étape sur le financement de l’investissement des entreprises, 26 août 2015.

[4] En consultation à l’heure où nous écrivons.

Sommaire

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