Crédits

Freinage des crédits aux sociétés en 2012

Encours de crédits sociétés

L'auteur

  • O Éluère
    • Economiste Direction des études économiques
      Crédit Agricole S.A.

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°753

Résolution des crises bancaires : trouver la bonne équation

La croissance de l'encours de crédits aux sociétés est restée solide en 2011 (+4,5 % sur 1 an en fin d'année, +4 % en moyenne annuelle) et début 2012 (+3,5 % en mars). Les crédits ralentissent ensuite : 2,1 % en juin 2012, 1,6 % en août.

Si, en 2011 et début 2012, les crédits aux sociétés ont assez bien résisté à la nette détérioration de la conjoncture et à une baisse continue du climat des affaires, c'est que les dépenses des entreprises sont restées plutôt soutenues sur cette période (+15 % en valeur en 2011). Dans le même temps, leurs profits non distribués ont sensiblement reculé : -11,6 % en 2011. Au total, leur besoin de financement – différence entre les profits non distribués et les dépenses d'investissement et de stocks – s'est nettement accru, à 65 milliards, contre 20 milliards par an environ en 2009 et 2010.

Mais ces tendances s'infléchissent depuis le printemps 2012. L'encours de crédit freine à partir d'avril et, dans les enquêtes Banque de France sur la distribution du crédit, la demande de crédit des entreprises perçue par les banques s'inscrit en baisse depuis mars dernier. Parallèlement, les critères d'octroi de crédit, resserrés fin 2011, sont depuis restés à peu près inchangés. Les opérations de refinancement de la BCE à 3 ans ont allégé les pressions sur la liquidité des banques. Ces dernières devraient toutefois rester prudentes et sélectives face à la dégradation des conditions d'activité.

Une demande moins soutenue

Le freinage du crédit est en partie lié à un retour des grandes entreprises vers les financements de marché. Il s'explique surtout par le repli des dépenses des entreprises, estimé à 8 % en valeur cette année. L'investissement productif recule en volume (-0,4 %), en raison d'une faible visibilité sur l'environnement économique et financier mondial – malgré la relative accalmie de la crise des dettes souveraines en zone euro –, du freinage des débouchés, de l'absence de tensions sur les capacités de production et des mesures de durcissement fiscal. Sur ce point, on peut noter que les nouvelles mesures du projet de loi de finances 2013 sont concentrées sur les grandes entreprises et toucheront peu les PME. De plus, une baisse des cotisations patronales pourrait être décidée dans le cadre des projets de réforme du financement de la protection sociale. Mais le manque de stabilité en matière de fiscalité des entreprises et le risque de nouvelles hausses de prélèvements confortent l'attentisme des entreprises et pèsent sur les projets d'investissement, pourtant indispensables pour restaurer notre compétitivité. De même, les entreprises réduisent leurs stocks. Parallèlement, les taux de marge restent historiquement bas et les profits devraient encore baisser : croissance très faible en volume (0,2 % en moyenne), hausse assez forte des coûts salariaux unitaires, fiscalité alourdie. Au total, le besoin de financement des sociétés devrait se réduire et le taux d'autofinancement passerait de 70 % en 2011 à 75 % en 2012. La demande de crédit est donc moins soutenue.

2013 : un possible redressement

En 2013, la croissance sera en faible reprise : 0,7 %. La résolution graduelle de la crise de la dette en zone euro et une demande mondiale plus porteuse permettraient un redémarrage modeste de l'investissement… d'où une certaine remontée du besoin de financement et de la demande de crédit.

Le flux de nouveaux crédits accordés (cumul 12 mois), en baisse de 8 % fin 2012, se redresserait de 4 % en 2013. La croissance de l'encours des crédits aux sociétés serait limitée à 1,2 % fin 2012 et un peu plus élevée en 2013, soit 2,4 %.

 

Articles du(des) même(s) auteur(s)

Sur le même sujet