Coopération

Un cluster financier à Dakar

Le Sénégal veut faire émerger un écosystème favorable à l’innovation en matière de services financiers. Le Pôle de compétitivité français Finance Innovation l’épaulera dans sa démarche.

L'auteur

  • Christian de Boissieu
    • Professeur
      Université Paris I (Panthéon-Sorbonne) et Collège d'Europe (Bruges)
    • Membre
      Collège de l'AMF
    • Président
      Africa Financial Hub

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°367

Services financiers sur mobile : l’expérience de l’Afrique francophone

Les plus hautes autorités du Sénégal se sont tournées vers le Pôle de compétitivité Finance Innovation, dont le siège est à la Bourse de Paris, afin de développer des start-up et des FinTechs, rassemblées dans un cluster financier sur la Place de Dakar. Ce projet ambitieux s’inscrit dans le cadre du Plan Sénégal émergent (PSE), plan dont la responsabilité est confiée au Ministre Cheikh Kanté, précédemment président du Port de Dakar. Je suis, dans ce contexte, mobilisé par le Pôle Finance Innovation pour présider une telle initiative dénommée Africa Financial Hub (AFH), qui a effectivement démarré depuis l’automne 2017 et qui rassemble déjà un certain nombre d’entreprises et d’institutions financières partenaires.

Le Pôle de compétitivité Finance Innovation a été créé à l’initiative de la Place de Paris et labellisé en 2007 par le ministère des Finances. En 10 ans de fonctionnement, il a déjà acquis une dimension mondiale. Son rôle principal est d’identifier et d’accompagner des projets innovants dans le secteur financier, avec comme objectif premier de doper la croissance et l’emploi dans la finance, mais aussi, grâce aux effets multiplicateurs, dans l’économie en général. Ce pôle, qui rassemble près de 500 membres, a jusqu’alors labellisé 460 projets innovants et il fait partie sans conteste des pôles de compétitivité ayant pleinement satisfait leur cahier des charges. Avec le AFH de Dakar, il ne s’agit pas de répliquer mécaniquement et servilement ce qui existe et fonctionne à Paris et en France. L’idée est de tirer parti de l’expérience de ce pôle français, de ses succès et de ses défis, pour développer un projet de Place qui tienne compte de l’écosystème du Sénégal et de la sous-région de l’UEMOA [1].

Construire un écosystème au Sénégal et au-delà

Pourquoi Dakar ? D’abord, la demande vient comme indiqué des autorités sénégalaises, désireuses de promouvoir la finance dans ses nouvelles expressions technologiques (en particulier les FinTechs), la croissance, le développement durable et responsable, ainsi bien sûr que l’emploi. Nous savons que les chefs d’État et de gouvernement ont choisi Abidjan comme Place financière régionale de l’UEMOA. Nous saluons le rebond significatif de la Place ivoirienne, après les affres de la guerre civile. Une relance qui profite à la sous-région et pas seulement à la Côte d’Ivoire. Il s’agit, à travers le AFH, de favoriser les coopérations entre Dakar et Abidjan, sans oublier les autres pays membres de l’UEMOA : ensemble, avec le premier rôle donné à nos partenaires africains, nous allons favoriser les projets gagnant-gagnant. De tels projets à somme positive sont fréquents, et il s’agit, grâce aux bonnes incitations, de faire en sorte qu’il en soit ainsi le plus souvent possible !

Un bon écosystème, requis pour la réussite d’un tel projet, s’articule autour du triptyque technologies-talents-gouvernance. Pour les technologies du numérique, l’Afrique est aujourd’hui quasiment au niveau des pays les plus avancés. Pour ce faire, elle a su sauter les étapes par lesquelles les pays du Nord ont dû passer. Par ailleurs, le vivier des start-up et FinTechs dans l’UEMOA s’enrichit chaque jour.

Les talents ? « Il n’est de richesses que d’hommes », comme disait Jean Bodin dès le XVIe siècle. Notre projet est fait en partenariat avec l’Excellence universitaire africaine (EUA) de Dakar, qui combine des activités de formation, une pépinière de start-up et l’organisation de conférences de haut niveau. Ce partenariat avec l’EUA est ouvert, prêt à accueillir d’autres partenaires, dans un contexte où les initiatives en Afrique touchant à l’éducation et à la formation se multiplient.

Quant à la bonne gouvernance, nous comptons beaucoup sur la grande implication de tous nos partenaires africains. L’appui indispensable des Pouvoirs Publics, au Sénégal comme du côté des autorités régionales, signifie aussi qu’il sera possible de miser sur des incitations financières et fiscales qui ne remplacent pas les initiatives et les investissements privés, mais qui viennent en démultiplier les retombées positives.

 

[1] Union économique et monétaire ouest-africaine.

 

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