Témoignage

MaTontine digitalise l’épargne traditionnelle

Le système des tontines est vieux comme l’humanité, mais depuis quelques années, il prend lui aussi le virage du numérique. Pour l’y aider, des start-up comme MaTontine, installée à Dakar. Grâce à sa plate-forme, elle enrôle les membres d’un groupe d’épargne informel, leur permet de verser leur cotisation mensuelle via un porte-monnaie électronique (Orange Money, Yup) ou via un transfert d’argent (Wari). Si un membre « oublie » de cotiser, des SMS le lui rappelleront et informeront également les autres participants. Une fois la somme mensuelle totale collectée, l’outil effectue lui-même le tirage au sort du membre qui aura la chance de toucher la cagnotte ce mois-ci. La somme lui sera également versée de manière digitale.

Mais MaTontine ne veut pas se limiter à ce rôle de facilitateur des transactions, qui ne génère pas de revenus. « Notre produit phare est l’avance sur gain : nous avançons jusqu’à la moitié des gains futurs du membre, dans la limite de la moitié des participants qui doivent encore être tirés au sort », explique Ismaïla Aïdara, responsable des opérations de MaTontine. Lorsque le tour du membre bénéficiaire arrive, la start-up prélève le montant qui lui est dû plus une commission de 6 %. « Il ne s’agit pas de prêt : on ne sait pas quand l’avance sera remboursée et la commission reste fixe, quel que soit le délai de remboursement. » Outre ce service d’avance, MaTontine teste la distribution d’autres produits : une micro-assurance décès est ainsi proposée, en partenariat avec un assureur sénégalais, pour 300 francs CFA par mois (45 centimes d’euros). Une assurance santé est également en phase pilote.

Lancée en 2015, MaTontine avait réussi à fédérer 2 000 clients avant un coup d’arrêt dû à la défaillance de son partenaire financier. « Quand on est, comme nous, une petite FinTech dont l’activité nouvelle est en marge de la réglementation, il n’est pas facile de se faire entendre du régulateur ou des partenaires financiers », témoigne Ismaïla Aïdara. Les atouts de MaTontine peuvent aussi faire des envieux : « le bouche-à-oreille fonctionne bien : les membres des tontines sont attirés par l’avance sur gain, qui leur permet d’accéder à des fonds sans les contraintes administratives (dossier papier, garanties à fournir) des institutions de microfinance et surtout pour moins cher (6 %, contre 17 % en moyenne). » Les données de transactions sur la plate-forme permettent à la FinTech de déduire un score décidant de l’octroi de l’avance. « C’est une information qui pourrait intéresser les institutions financières », veut croire Ismaïla Aïdara.

 

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