Innovation financière et sociale

Le « pay-as-you-go » sur les terres du microcrédit

Le financement de la transition énergétique passe aussi par des crédits de tout petit montant. Longtemps l’apanage des institutions de microfinance, ces derniers intéressent aujourd’hui des entreprises non financières et des fonds d’impact investing. À l’instar de la solution de M-Kopa Solar au Kenya.

M-Kopa Solar dans une famille kenyane

L'auteur

* Cet article a été écrit pour l’édition 2017 du Baromètre de la Microfinance, réalisé par Convergences pour son forum mondial des 4 et 5 septembre à Paris.

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Revue Banque n°811

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Payer 0,50 shilling par jour pendant un an pour acquérir un panneau solaire, c’est ce que propose M-Kopa Solar au Kenya. Non, M-Kopa n’est pas une nouvelle institution de microfinance (IMF), mais une entreprise sociale dont le modèle économique repose sur le « pay-as-you-go » : le client paie par téléphone de petites sommes pour utiliser un bien et en devient propriétaire à l’échéance. Une sorte de microcrédit-bail 2.0. « À la différence du microcrédit traditionnel, nous n’exigeons pas de collatéral ni de garantie, autre qu’une pièce d’identité et un compte de mobile money valide, explique Chad Larson, cofondateur et Chief Credit Officer de M-Kopa. Notre sécurité vient de notre utilisation de la carte SIM intégrée dans chacun de nos systèmes d’électricité solaire. » Il s’agit d’un boîtier, livré en même temps que le panneau solaire, trois lampes, un chargeur de téléphones et une radio, qui communique à distance avec M-Kopa, se coupe automatiquement si le client n’a pas payé ses 50 centimes et se relance immédiatement dès que le paiement a été effectué. Pas besoin de personnel de terrain pour collecter les remboursements et assurer le suivi, comme pour une IMF. Tout passe par M-Pesa, le portefeuille de monnaie électronique omniprésent au Kenya.

Une bonne qualité de crédit

Si certaines IMF proposent elles aussi des microcrédits pour acquérir des panneaux solaires, elles n’ont pas nécessairement la main sur la qualité du produit acheté, ni le service après-vente en cas de dysfonctionnement. M-Kopa, dont l’activité est d’abord de vendre des panneaux solaires avant d’octroyer des crédits, a au contraire mis au cœur de ses priorités la recherche de produits de qualité, la mise en place d’un vaste réseau de vendeurs mobiles et de centres d’accueil de la clientèle dans les principales localités kényanes, sans oublier le savoir-faire marketing de plusieurs transfuges de M-Pesa.

Bien que n’étant pas une institution financière, M-Kopa déclare les scores de crédit de 250 000 prêts de son portefeuille au CIS, la centrale de crédits récemment créée au Kenya. « 92 % de ces reportings sont dans une situation positive, les prêts ayant été remboursés ou n’enregistrant pas d’incidents. Cela permet aux clients d’accéder à de nouveaux financements, pour acquérir d’autres biens ou services, auprès de M-Kopa ou non », précise Chad Larson. 120 000 crédits complémentaires ont ainsi été accordés sur le même principe par l’entreprise pour acheter plus de lampes, une télévision, un smartphone, un réservoir à eau, un réchaud éco-efficient… le tout grâce à l’énergie fournie par ses panneaux solaires. L’entreprise sociale a calculé que ses 500 000 clients actuels économisent plus de 60 millions d’heures d’éclairage à la lampe au kérosène chaque mois, soit plus de 300 millions de dollars sur quatre ans.

Des levées de fonds innovantes

Un impact chiffré qui séduit les fonds d’impact investing, comme la Gates Foundation ou ResponsAbility. Certains des financements en dette de M-Kopa sont d’ailleurs garantis par les micropaiements de ses clients, une forme de « titrisation » qui lui a permis de lever 7 millions de dollars entre 2015 et 2016. Une entreprise sociale française, Sunna Design, qui a elle aussi développé une offre de « pay-as-you-go » autour de lampadaires solaires en Afrique de l’Ouest, s’est quant à elle essayé au crowdfunding pour lever des fonds : 500 000 euros ont été collectés auprès de particuliers sur la plate-forme Lendosphère en novembre 2015, en échange d’un taux d’intérêt annuel de 6 % sur 3 ans. Mais l’existence de ces cash-flows ne fait pas tout lorsqu’il s’agit de lever des fonds, estime Chad Larson : « Les investisseurs aiment les entreprises qui ont des objectifs d’activité et d’impact, et qui peuvent prouver qu’elles les atteignent. » Un savoir-faire que les institutions de microfinance peuvent, elles aussi, mettre en avant.

 

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