Cet article appartient au dossier : FinTech : un écosystème en construction.

Paiements

« Nous avons inventé le cash nominatif »

Cashway propose des services de dépôts ou paiements en espèce sur Internet. Il s’appuie sur un réseau de points de dépôts, en pratique des buralistes sélectionnés pour leur compétence en matière d’opérations de paiement.  Pour son président, les espèces vont perdurer aux côtés de moyens de paiement numériques.

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Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°373

Fintech: un écosystème en construction

Quels services propose Cashway ?

Le dernier service lancé par Cashway en mai 2018 est un réseau d’agences bancaires virtuelles, en partenariat avec la Banque Delubac, qui permet aux clients PME des banques de régler le problème de la remise du cash qu’ils collectent au cours de leur activité. Jusqu'à présent, les options ouvertes pour prendre en charge ce service étaient très peu nombreuses, à des prix prohibitifs et avec une faible flexibilité technique. Seule la Banque Postale a une offre spécifique en la matière. Il reste quelques guichets qui acceptent des espèces, mais cette prestation est facturée à la banque bénéficiaire à des conditions commercialement peu avantageuses. À cela s’ajoute une raréfaction des automates en France, supprimant autant de possibilités de dépôts. Cette tendance est particulièrement sensible en France, mais également dans toute l’Europe, et nous estimons donc que notre produit peut être intéressant pour de nombreux acteurs, soit des grands réseaux traditionnels – mais dont la densité diminue –, soit des acteurs purement en ligne, qui ne peuvent pas s'appuyer sur un réseau d'agences.

Concrètement comment se déroule cette collecte de cash ?

Pour les remises de cash, notre réseau fonctionne avec un partenaire bancaire, la Banque Delubac, et des points de dépôts. L’offre s’adresse exclusivement aux clients déjà bancarisés, qui ont déjà fait l'objet d'un KYC en bonne et due forme. Ils peuvent alors déposer leurs recettes en espèces dans nos points de dépôts, qui sont des buralistes triés sur le volet et sélectionnés notamment sur des critères réglementaires : ils doivent avoir le statut d’agent de paiement. Nous accueillons volontiers des buralistes déjà membres du réseau Compte Nickel, car ils ont l’habitude et le sérieux nécessaires en matière de transactions financières. Cela peut être aussi des opérateurs comme les relais Moneygram, qui sont répertoriés par la Financial Conduct Authority (FCA) et présentent également des garanties de sérieux. Tous doivent accepter une charte de qualité. Ce réseau de points de dépôt est géré avec l’assistance opérationnelle de Bimédia, principal fournisseur de solutions de caisse pour les buralistes, et sous la responsabilité juridique de la banque Delubac, notamment vis-à-vis de l’ACPR. Cashway est le fournisseur de la solution technique. Nous avons inventé toute l’architecture technologique qui permet de vérifier l’identité des personnes qui se présentent dans les points de dépôts, donner l’autorisation en temps réel, assurer le suivi et la réconciliation des transactions entre notre partenaire bancaire et les banques des remettants. Au moment même où l’argent est déposé dans le réseau, il est crédité sur le compte du client. Nous permettons ainsi, via nos API, un crédit instantané sur du cash, en donnant une information en temps réel à la milliseconde au partenaire bancaire pour qu’il puisse créditer le compte client.

Outre ce service de remises de cash, quels sont les services sur lesquels se positionne Cashway ?

Nous proposons de la même manière le paiement en cash des factures. Le créancier doit avoir un compte chez notre partenaire bancaire, Delubac, et nous fournit une table de concordance associant un code-barres à chacun de ses clients. Celui-ci se présente alors muni de sa facture et du code-barres qui y figure au point de dépôt pour payer en cash, ce qui permet au créancier d’être immédiatement crédité de la somme sur son compte.

Enfin, nous proposons également le paiement en cash sur les sites de e-commerce. Concrètement, ceux-ci doivent également ouvrir un compte chez notre partenaire bancaire, pour pouvoir obtenir des paiements en cash de panier numérique. Lors d’un achat, le client reçoit un code-barres associé à sa transaction, envoyé par mail ou par sms et qu’il suffira de présenter à un buraliste de notre réseau pour pouvoir payer en espèces.

Et nous n’avons pas fini d’inventorier les cas d’usage : remboursements de crédit à la consommation, primes d’assurance, paiement de loyer…

Comment la sécurité est-elle assurée ?

Un code-barres est attribué au client pour chaque transaction et permet son identification. Pour le produit bancaire, il garantit notamment que le client a fait l'objet d'un KYC dans sa banque. Pour le produit e-commerce ou le paiement de factures, outre la vérification d’identité, nous mettons en application les directives AML du site partenaire. Nous avons en quelque sorte inventé le cash nominatif !

Quel est le modèle économique de l’entreprise et qui paye le service ?

Nous nous rémunérons non pas auprès des personnes qui déposent de l’argent ou paient leurs factures ou achats, mais auprès de leurs banques, de leurs créanciers ou des sites de e-commerce. Concernant le dépôt d’espèces, nous faisons payer aux banques les frais de développement de nos plateformes puisque nous construisons pour chaque établissement une architecture sur mesure, et des frais mensuels d’abonnement à notre plateforme SaaS, pour la fourniture des logiciels. En outre, Delubac prélève de son côté une commission de 3 % du montant de chaque transaction. En effet, celle-ci a pris l’initiative de développer cette infrastructure dont elle garantit à ses frais et à ses risques toutes les transactions. Concernant le paiement des factures ou des achats de e-commerce, nous prélevons une commission sur chaque transaction.

Comment vous financez-vous ?

Après une première levée de fonds de 250 000 euros en love money, en 2015, nous avons fait en décembre 2017 une deuxième levée de fonds de plus de 500 000 euros auprès de deux fonds d’investissement, l’un français et l’autre suisse. Nous souhaitons aujourd’hui financer notre croissance internationale, essentiellement vers l’Espagne et l’Allemagne, car l’Allemagne est un grand pays de cash, et l’Espagne est la quatrième économique numérique européenne mais reste très utilisatrice de cash, sans offrir de service équivalent au nôtre.

Avec le développement de paiements digitaux, par mobile, sans contact, le cash n’est-il pas voué à se réduire fortement ?

Selon une étude réalisée par la BCE fin 2017 et les statistiques de la Banque de France [1], les émissions net de billets par l’eurosystème au 31 décembre 2016 a atteint une valeur de 1 126 milliards d’euros, en progression de 4 % par rapport à l’année précédente, dont 124 par la Banque de France, avec une progression de 6,2 %. Le cash va perdurer longtemps encore, contrairement à ce que peuvent souhaiter certains pays nordiques.

 

Propos recueillis par E.C.

[1] Bulletin de la Banque de France 212, juillet-août 2017.

 

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