Cet article appartient au dossier : Big Data, De la maîtrise à l'utilisation des données.

Innovation

Maîtrise de la donnée : un enjeu stratégique pour l'assurance

Plus qu'une réponse aux contraintes réglementaires, la qualité de la donnée s'annonce comme le principal levier de croissance et d’innovation dans l’assurance. Les assureurs doivent placer au cœur de leur stratégie une véritable culture de la data, s'appuyant sur l’usage de la donnée réelle.

Maîtrise d ela donnée : un enjeu stratégique pour l'assurance

L'auteur

  • Vincent Daffourd, vice-président communication et marketing chez Apidata
    • Vice-président stratégie, communication et marketing
      Apidata

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°376

De la maîtrise à l’utilisation des données

L’assurance a jusqu'à présent réussi à échapper aux innovations de rupture qui ont transformé au cours des dernières années les autres secteurs économiques et ont donné naissance à de nouveaux usages, de nouveaux profils de consommateurs, de nouvelles offres de service, de nouveaux circuits de distribution. C'est finalement la croissance exponentielle des flux d’informations échangées qui vient bousculer le monde de l’assurance.

La donnée : une arme de conquête…

L’entreprise intelligente est celle qui sait utiliser son capital métier, la mémoire et l’exploitation de l’acquis – données et process. L’assurance est un secteur qui, typiquement, conjugue au présent l’analyse et l’exploitation du passé, pour distribuer des contrats dont les tarifs sont établis par projection et extrapolation des tendances sur l’avenir, susceptibles de garantir ainsi la prise de risque.

Une arme de conquête majeure est dès lors à portée de main de tout assureur : la donnée de gestion présente dans ses bases, portée notamment par l’émergence de l'intelligence artificielle (IA), et dont la maîtrise offre l'opportunité au monde de l’assurance de sécuriser et d’accélérer sa transformation.

Les assureurs ont la chance de pouvoir bénéficier d'un nombre incalculable d'informations accumulées au contact de leurs clients et dans l'exercice de leur métier. Toutes les conditions sont donc réunies pour qu'ils puissent réussir leur révolution. Pour ce faire, il leur faut cesser d’opposer une vision d’avenir déconnectée de leur histoire, et de concevoir le réglementaire comme une contrainte onéreuse. Il s’agit au contraire d’un investissement qui contribue à défendre un marché en train de devenir extrêmement concurrentiel. Il faut par exemple saisir l’obligation de conformité comme une opportunité. La réglementation exige des assureurs qu’ils maîtrisent leurs données, sur le plan qualitatif comme sur celui de la sécurité.

…et un carburant

La donnée est le seul et unique carburant dans le secteur de l’assurance, d’un bout à l’autre de la chaîne de valeur. Investir dans la maîtrise de la donnée dans un seul but de conformité serait se priver de l’intérêt majeur qu’elle représente, comme marqueur du temps. L’assurance consiste à garantir la couverture d’aléas à venir par des cotisations encaissées aujourd’hui et mobilisables dans l’avenir, à leur survenance. L’optimisation recherchée par un assureur tient dans la mobilisation de ses ressources pour réduire au maximum son ratio d’équilibre entre sinistres et primes. Cela passe à la fois par un développement de la base mutualisée et par une appréciation plus fine de la sinistralité.

La réduction du risque sera possible selon le type de risque, grâce à des opérations de prévention et de sécurisation – par exemple dans le cas des accidents du travail, qui ne sont réalisables que grâce à une appréciation fine des indicateurs. Il devient possible, par des outils d’analyse adaptés, d’enrichir des bases plus importantes et d’identifier des comportements ou situations sur lesquels intervenir en prévention, et ainsi contribuer à améliorer sa rentabilité.

Connaître les ruptures de la chaîne opérationnelle

La course à la croissance a généré une complexification des circuits de distribution. L'ouverture du marché à la concurrence inter-codes a par exemple poussé les assureurs à externaliser leur distribution sur les marchés qu'ils ne maîtrisent pas.

Les contrats d’assurance, vie et non-vie, d’entreprises ou de particuliers, mobilisent de nombreux acteurs et des processus spécifiques à chaque organisation. Ainsi, un assureur ou une mutuelle peut gérer et distribuer lui-même ses contrats ; une partie du portefeuille ou un segment de marché peut être délégué en gestion ; des courtiers peuvent distribuer et/ou gérer des contrats d’assurance ; une entreprise peut choisir de gérer ses sinistres pour le compte d’un assureur… Cette diversification correspond aujourd’hui à un contexte où il faudrait avoir une maîtrise complète de la donnée pour la production de rapports clients et réglementaires.

Quelle que soit l’organisation choisie, les engagements de l’organisme assureur demeureront identiques. Son besoin d’information restera le même mais la qualité, le contrôle et la maîtrise de l’information ne nécessiteront pas les mêmes moyens. Son obtention pourra même être très difficile. À chaque rupture de la chaîne opérationnelle, les informations doivent être récupérées, analysées et consolidées pour des raisons variées, mais avec le souci majeur de les expurger de nombreux biais : informatiques, organisationnels, liés au paramétrage…

Les informations et données utilisées pour la couverture du risque seront utilisées de manière unitaire, et par agrégation après consolidation, mais elles devront être à tout moment récupérables et identifiables de l'aval à l'amont, et inversement, en vue de respecter l’obligation de traçabilité et d’« auditabilité ».

La parfaite connaissance de l’ensemble de cette chaîne qualitative est d’un intérêt majeur pour l’assureur. Le niveau de fonds propres dont il devra disposer pour couvrir les besoins de solvabilité imposée par la réglementation sera déterminé avec un haut degré de précision, mais également en fonction de sa capacité à démontrer à tout moment la maîtrise de son activité et de ses process, de son univers de données.

Un middle office pour centraliser la donnée

Cette chaîne de valeur serait complète s’il ne manquait un maillon primordial, un véritable outil qui préserverait l’indépendance des assureurs, en centralisant de façon homogène et documentée les données des systèmes de gestion. La création d’une brique métier collaborative dédiée aux services techniques de l’entreprise, de la gestion de l’assurance et de la réassurance, garantirait la maîtrise des référentiels et de la conservation des données élémentaires, et la reproduction des chiffres, avec un niveau de granularité toujours plus fin.

Par la conservation de son univers de données ainsi que de ses méthodes et process d’obtention, l'assureur redeviendrait propriétaire de ses informations, centralisées et accessibles, en totale indépendance des évolutions internes ou externes : changement de système de gestion, migration de contrats, développement de nouveaux canaux de distribution, fusions… Nous pourrions ainsi définir cette organisation dédiée à la matérialisation et à la conservation du savoir-faire de l’assureur et de ses données opérationnelles comme le « middle office assurance ». L'entreprise d’assurance valorise ainsi la compétence et l’expertise de ses collaborateurs, autour de leur capacité à couvrir les risques actuels et futurs des assurés. Le middle office assurance est l’un des moyens les plus adaptés et sécurisés de favoriser la centralisation de la donnée et de responsabiliser l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur dans leur domaine de compétence.

Investir dans la donnée de gestion

Les outils d'IA, pour les processus de vente, de contrôle, de relation client ou de détection de fraude ne pourront se concevoir et se développer que sur des bases de compétences solides et validées, la donnée de gestion. Le lien entre la mémoire et l’intelligence prend ainsi tout son sens. Investir sur la maîtrise de la donnée de gestion, c'est à la fois se donner des moyens de nourrir les technologies intelligentes de l'avenir et offrir l’alimentation indispensable au pilotage de l'entreprise.

En effet, combien coûtent l'absence de qualification ou la qualité discutable de la donnée de gestion ? Comment parler de pilotage d'entreprise lorsque les cadrans ou les indicateurs ne reflètent pas la réalité, ou ne sont pas complets ? Marketing, engagement, gestion, actuariat… Ravitaillés en bonnes données réelles, d’une qualité parfaite, issues des portefeuilles, les experts des entreprises d'assurances pourront optimiser l’exécution de leurs missions au quotidien et participer au formidable chantier d'optimisation, de l'IA par exemple.

Un enjeu stratégique majeur pour l'assurance

Pour rester dans la course à l’innovation et réussir leur transformation, les assureurs doivent optimiser leur organisation autour de leur cœur de métier : la maîtrise du risque. Maîtriser le risque, c’est avant tout le connaître. La qualité de la donnée est donc un enjeu stratégique majeur pour les sociétés d’assurance et les mutuelles.

Cette donnée va rendre la vue à l’assureur, bien trop souvent devenu un payeur aveugle. Elle va lui permettre d’innover, dans le respect et la sécurité inhérente à ses engagements. L’analyse sémantique et l'IA cognitive jouent un rôle majeur dans la transformation digitale des entreprises et constituent un formidable levier de création de valeur pour le secteur. L’IA offrira demain une meilleure gestion et prévision du risque, un gain de temps dans la souscription et l'optimisation de la relation client, l’automatisation des tâches sans valeur ajoutée… Les applications sont infinies.

Un assuré pourra être indemnisé d’un sinistre en quelques clics, les diagnostics seront améliorés et accélérés, la santé améliorée, les maladies chroniques observées. A moyen terme, le taux de sinistralité des compagnies s'en trouvera mécaniquement réduit. Un cercle vertueux !

 

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De la maîtrise à l'utilisation des données

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