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Les Assurtech révolutionnent le marché de l’assurance

En France comme à l’international, le jeune paysage des AssurTechs se développe avec des acteurs qui renouvellent divers maillons de la chaîne de valeur de l’assurance. Si beaucoup de jeunes pousses françaises se positionnent en courtier ou en comparateur, d’autres proposent des outils pour optimiser les processus des assureurs.

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Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°368

AssurTech : des start-up renouvellent la distribution et les offres d’assurance

L’année 2017 aura été incontestablement une année pleine d’espoir pour les AssurTechs. L’intérêt que leur accordent le monde financier et les (ré) assureurs traditionnels a atteint de nouveaux sommets, avec des investissements à hauteur de 2,28 milliards de dollars [1]. Cette tendance à la hausse ne semble pas s’infléchir en 2018, comme le démontre la prise de contrôle par CNP Assurances [2] pour 40 millions d’euros d’ISalud (Espagne) et Azimut (France), deux AssurTechs spécialisées dans le marketing digital et la distribution directe de solutions de santé individuelles et de prévoyance. En se positionnant soit en disruption, soit en facilitateur ou tout simplement en intermédiation avec le client final, les AssurTechs sont parvenues à se faire une place dans un secteur où les barrières à l’entrée sont réputées fortes. Pour y parvenir, elles ont principalement su tirer profit de l’essor de nouvelles technologies digitales.

Nous proposons un passage en revue du paysage des AssurTechs françaises et internationales, en insistant sur leur valeur ajoutée. Le « Radar Assurtech » (voir graphique) apporte par ailleurs une vision structurée de cet écosystème en constante évolution.

Des offres en phase avec les nouveaux usages et les nouveaux modes de consommation

L’une des conséquences tangibles de la multiplication des AssurTechs est le foisonnement de nouvelles offres. Certaines start-up ont fait un double pari :

  • révolutionner l’expérience client en adoptant les meilleures pratiques des géants du digital (design simple et épuré, personnalisation des parcours et des offres), à même de séduire les millennials notamment ;
  • dématérialiser tout ou partie des processus d’acquisition des clients et de gestion des sinistres.

Cette digitalisation de la manière de consommer le produit d’assurance permet de proposer des offres à des tarifs très concurrentiels. C’est le cas des start-up Lemonade (Habitation, États-Unis) ou Alan (Santé, France) qui, grâce au Big Data et à l’intelligence artificielle, proposent à des tarifs low cost une expérience utilisateur de premier plan (souscription en 90 secondes, indemnisation en moins de 2 minutes, 100 % en ligne avec zéro papier).

Les nouveaux modes de consommation et d’usage des biens inspirent également les AssurTechs. De nouveaux modèles d’assurance collaborative voient le jour, telles que FriendInsurance (Allemagne) ou Yakman (France). Ces dernières proposent aux personnes ayant des profils de risques identiques ou pas, avec ou sans affinités, de se regrouper et de concevoir pour leur communauté des solutions de protection contre des risques classiques (IARD, Santé) ou sur-mesure (voiture de collection, instrument de musique…). Shareenjoy (Espagne) et Trov (États-Unis) proposent quant à elles des assurances dites « à la demande », spécifiquement conçues pour des situations limitées dans le temps. Concrètement, un client peut se couvrir pour la durée de prêt d’un objet de valeur (appareil photo, drone…) ou assurer tout objet en sa possession sur une très courte période.

Une autre tendance forte est l’intégration de l’IoT (Internet of Things) à la proposition de valeur des AssurTechs, pour développer des offres directement liées à l’usage (en automobile notamment) ou au comportement des clients (comportement ou contexte de conduite, occupation du logement, prévention en santé…).

Une distribution résolument tournée vers le digital

La distribution des produits d’assurance est sans doute le maillon de la chaîne de valeur assurantielle la plus concernée par l’essor des AssurTechs. À l’échelle de la France, environ 38 % des AssurTechs sont des courtiers qui proposent des solutions d’assurance digitale sans pour autant couvrir le risque [3]. Les technologies utilisées par ces courtiers digitaux pour se différencier vont de l’exploitation optimisée des techniques de référencement web, pour capter un maximum de prospects, aux algorithmes intelligents pour offrir une hyperpersonnalisation de la couverture et une protection sur-mesure. C’est le cas du courtier +Simple (France), dédié aux professionnels et TPE, dont les équipes ont développé un algorithme pour analyser en profondeur le besoin du client. En fonction des résultats, une solution d’assurance sur-mesure est assemblée automatiquement et les offres sont personnalisables en fonction des objectifs du dirigeant. Outre les courtiers, on retrouve également une surreprésentation des comparateurs dont la principale promesse est celle du prix le plus bas.

La distribution des produits d’assurance vie n’échappe pas au phénomène. Des plates-formes de conseil financier, ou robo-advisor, permettent de choisir des supports d’investissement en fonction des profils et des objectifs des investisseurs, ceci sans intervention humaine. Les plus célèbres (En France Nalo, Yomoni, WeSave, Advize…) promettent des rendements optimisés et une simplicité de parcours, en limitant les conditions d’accès (pas ou peu de portefeuille minimal, pas ou peu de frais d’entrée, frais de gestion réduits…), espérant ainsi séduire les néoépargnants.

Une autre catégorie d’AssurTech s’est spécialisée en fournisseurs de services pour assurés, avec pour objectif de faciliter leurs échanges avec les assureurs. C’est le cas des start-up WeProov (France), Valoo (ex CBien, France) et Trov (États-Unis) qui proposent des services d’inventaire de biens personnels à des fins de déclaration de sinistre ou de souscription d’assurance.

Fournisseurs d’outils pour assureurs et assurés

Enfin, la dernière grande famille des AssurTechs regroupe celles qui visent à optimiser les processus impliqués dans la mise en œuvre d’un produit assurance, de la tarification à l’exécution d’une prestation, au service des assureurs historiques.

Pour permettre à ces derniers d’affiner leurs modèles et concevoir de nouvelles offres, des AssurTechs proposent des plates-formes sous forme d’un abonnement annuel en mode SaaS. La start-up Dreamquark (France) propose des solutions basées sur le deep learning pour mieux valoriser les données et développer des applications destinées à la prévention ou au diagnostic de maladies, à l’identification des comportements frauduleux ou encore à l’optimisation de campagnes marketing. Dans un autre registre, ActuData (France) fournit en temps réel, grâce au Big Data, des données sur les prix et les contenus des offres concurrentes. Cet outil de benchmark tarifaire et de veille concurrentielle automatisé se substitue aux simulations manuelles, souvent d’usage au sein des directions marketing et actuarielles.

Des AssurTechs s’illustrent également dans la gestion de sinistres, que ce soit dans l’automatisation des tâches à faible valeur ajoutée ou dans la relation client, grâce aux chatbots. Dans la lutte contre la fraude à l’assurance, la start-up Shift Technology (France) a développé une plate-forme basée sur des algorithmes d’apprentissage automatique qui permettent de détecter environ 75 % des cas de fraude lors de la déclaration de sinistre grâce aux technologies issues du machine learning, contre 30 % en moyenne. Depuis la création de la start-up, plus de 100 millions de déclarations de sinistres IARD et 300 millions en santé ont été passées au crible.

Enfin, la cybersécurité et la protection des données représentent un enjeu significatif pour les assureurs, notamment à l’aune de l’entrée en vigueur du RGPD [4] en mai 2018 et de la multiplication des cyberattaques. La start-up Keeex (France) a développé une solution utilisant la technologie blockchain qui permet d’assurer la traçabilité des échanges. Son offre comprend, entre autres, la preuve de recueil de consentement, la gestion des contrats ou l’expertise à distance. Pour les assureurs souhaitant mettre en œuvre un smart contract, la start-up UtoCat (France) fournit un accès à la technologie blockchain à travers l’API qu’elle a développée. Une première application a déjà vu le jour, avec une assurance couvrant les retards de vols aériens : lorsque les conditions de retard sont observées, l’indemnisation s’exécute automatiquement par la blockchain, sans intermédiaire.

La multiplication des AssurTechs et la multitude de cas d’usage aux résultats probants mettent au grand jour la révolution digitale que le secteur de l’assurance est en train de vivre. Face au risque de disruption, nous avons la conviction que la collaboration avec les start-up est la clé de la réussite des assureurs historiques dans les mois à venir.

 

[1] Willis Towers Watson, dernier rapport trimestriel « Insurtech ».

[2] « CNP Assurances prend une participation majoritaire dans deux AssurTech, Azimut et iSalud.com, opérant respectivement en France et en Espagne », communiqué de presse du 29 janvier 2018, disponible sur le site http://www.cnp.fr, rubrique « Journaliste ».

[3] Cabinet Klein Blue Partners, « Panorama des Insurtech françaises », 9 juin 2017, étude disponible à l’adresse :https://www.kleinblue.fr/single-post/2017/06/01/Panoramainsurtech.

[4] Règlement général européen sur la protection des données personnelles, en anglais « General Data Protection Regulation » (GDPR).

 

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Des start-up renouvellent la distribution et les offres d’assurance

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