Innovation

Les assureurs veulent tirer parti des partenariats avec les AssurTechs

Les relations entre assureurs et jeunes Assurtechs ont rapidement été placées sous le signe des partenariats plus que de la rivalité. Ces start-up sont considérées comme des sources de solution aux sujets de préoccupation des assureurs, concernant leurs nécessaires innovations technologiques.

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Pour en savoir plus

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  • 1. Montants investis dans les AssurTechs

    1. Montants investis dans les AssurTechs

  • 2. Types d’acteurs investis dans les AssurTechs

    2. Types d’acteurs investis dans les AssurTechs

  • 3. Avantages et inconvénients des stratégies des assureurs envers les AssurTechs

    3. Avantages et inconvénients des stratégies des assureurs envers les AssurTechs

Revue de l'article

Cet article est extrait de
Banque & Stratégie n°368

AssurTech : des start-up renouvellent la distribution et les offres d’assurance

Pour 39 % des dirigeants d’assurance, la croissance du secteur est tirée par les partenariats avec les AssurTechs [1]. Ce levier est d’ailleurs cité en 4e position, derrière la croissance organique, la réduction des coûts et les alliances stratégiques ou les Joint Ventures (JV). Et c’est encore plus vrai dans l’assurance que dans les autres secteurs, car tous secteurs confondus, le partenariat avec les start-up n’est cité qu’en 5e position.

Rien d’étonnant quand on voit que les dirigeants d’assurance considèrent que leur secteur est un des plus disruptés, que ce soit au niveau :

  • des processus et technologies de gestion des contrats, des sinistres ou de services (avec notamment l’apport de l’intelligence artificielle, la robotique ou la blockchain) pour 37 % d’entre eux ;
  • des évolutions réglementaires toujours plus complexes à traiter, pour 30 % d’entre eux ;
  • des changements de comportements des consommateurs (29 %) et de canaux de distribution (28 %) ;
  • de l’arrivée de nouveaux compétiteurs (traditionnels ou nouveaux) pour 22 % d’entre eux.

Il est intéressant de noter que les dirigeants d’assurance posent un regard optimisme sur la disruption à venir de leur secteur. Cet optimisme s’explique notamment parce que la disruption venant de nouveaux compétiteurs comme les AssurTechs ne s’est pas matérialisée autant que ce que les assureurs avaient craint. En effet, les partenariats avec les nouveaux entrants ont largement primé sur la rivalité et la concurrence avec eux. Il n’y a même pas un an, plus de la moitié (56 %) des assureurs mondiaux estimaient que 20 % de leur chiffre d’affaires était menacé par les AssurTechs, 20 % d’entre eux considéraient même que cette perte potentielle pourrait s’élever à 40 % de leur chiffre d’affaires [2]. Or aujourd’hui, ils sont résolument optimistes (84 %) concernant la croissance de leur activité sur leurs 12 prochains mois.

Source de solutions

Les AssurTechs apportent des solutions face aux trois grands enjeux : surréglementation, menace cyber, évolutions technologiques.

Les assureurs ont compris que les AssurTechs, si elles continuent de représenter une menace pour eux, sont surtout source de solutions à leurs sujets de préoccupation, à commencer par la surréglementation (pour 95 % d’entre eux), la menace cyber (pour 93 % d’entre eux) et la rapidité des évolutions technologiques (pour 85 %). Sur ce dernier point, le challenge consiste à passer de la maintenance de vieux systèmes (parfois obsolètes) lourds et lents, mais souvent fiables à de nouvelles platesiformes, avec des chantiers de migration souvent très complexes. Il est important de rechercher toutes les opportunités pour simplifier, décommissionner de façon sélective et basculer les outils « legacy » vers le cloud/SaaS, avec l’objectif de gérer les processus métiers de façon intégrée de bout en bout.

Près de la moitié (49 %) des dirigeants d’assurance planifient des alliances stratégiques ou des JV pour porter la rentabilité et la croissance, ce qui reflète l’importance toujours plus grande de l’écosystème des partenariats. Le secteur des AssurTechs est, et continuera d’être, clef pour les partenariats et les acquisitions car il est porteur de technologies innovantes pour répondre aux nouvelles exigences des consommateurs (individuels, pro, TPE/PME, grands comptes), fluidifier, automatiser et « augmenter » les processus sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’assurance.

En fait, les montants investis dans les AssurTechs ne cessent d’augmenter, leur donnant ainsi les moyens de s’adapter aux mutations du secteur et répondre au mieux aux enjeux des clients (voir Graphique 1).

Environ 50 % des levées de fonds en 2015 étaient liées à deux transactions majeures (Zenefits avec une levée de fonds de 500 millions de dollars en série C et ZhongAn Insurance avec une levée de fonds de 900 millions de dollars en série A). Environ 50 % des levées de fonds en 2016 concernaient des start-up en phase d’amorçage (premier tour ou série A). Il est intéressant de noter que les assureurs n’ont pris vraiment part aux deals avec les AssurTechs qu’à partir de 2014 (25 % des deals impliquant un assureur en 2014 puis environ 50 % en 2016).

Finalement, de nombreux acteurs se positionnent sur le marché des AssurTechs, dont quelques exemples (non exhaustif) sont listés dans le Graphique 2.

Depuis 2014, les assureurs ont pratiquement tous développé une stratégie reposant sur trois piliers : Build (incubation), Invest (investissement), Partner (partenariat), pour apporter un maximum de flexibilité dans la collaboration avec l’écosystème des AssurTechs (voir Graphique 3).

Technologies de transformation

Les assureurs sont conscients des opportunités que représentent les transformations technologiques du secteur. Plus de la moitié des dirigeants d’assurance ont une stratégie claire sur la façon dont la robotisation et l’intelligence artificielle pourront augmenter l’expérience client. D’ailleurs, le point d’entrée classique pour les assureurs est la mise en place de RPA (Robotic Process Automation) qui est devenue relativement mature. L’émergence de technologies de data analytics va également permettre aux assureurs de se concentrer sur les opportunités offertes par l’Internet des Objets (IoT). Les assureurs peuvent ensuite identifier les opportunités pour appliquer des solutions plus avancées avec de l’intelligence artificielle. Les plus matures d’entre eux considèrent qu’il s’agit plus d’une transformation dans la manière dont les collaborateurs doivent travailler et interagir avec les solutions digitales qu’un simple challenge classique d’implémentation technologique.

Le succès de l’intelligence artificielle libèrera du temps pour les professionnels expérimentés qui pourront ainsi travailler sur des décisions plus complexes, nécessitant une réflexion en profondeur. La blockchain constitue également de plus en plus une technologie motrice de la transformation des assureurs et elle représente de nombreux avantages pour les assureurs :

  • automatiser les processus de déclaration des sinistres, réaliser des économies et proposer des avantages aux consommateurs ;
  • rationaliser les données, conférer davantage de visibilité et de contrôles aux souscriptions ;
  • regrouper et répartir les risques ou les pertes liées aux catastrophes, permettant ainsi un contrôle, une compréhension et une transparence des expositions et des processus de déclaration de sinistres accrus. L’an dernier, seuls 17 % des assureurs considéraient la blockchain comme une tendance en matière d’innovation contre 50 % cette année.

81 % des assureurs sont maintenant familiarisés avec la technologie blockchain et s’attendent à une adoption massive dans l’ensemble du secteur. Mais, alors que 100 % des assureurs prévoient d’intégrer la blockchain dans leur système de production d’ici 2021, seulement 8 % déclarent prévoir investir dans l’année en cours. Le rythme d’investissement devra donc s’accélérer considérablement pour atteindre cet objectif à 5 ans.

Attirer les talents

87 % des assureurs déclarent rencontrer des difficultés à recruter et à fidéliser des talents dotés des compétences adéquates pour innover. C’est évidemment un challenge dans tous les secteurs, mais c’est dans l’assurance que les dirigeants expriment la plus forte anxiété. Il ne s’agit pas seulement de recruter des compétences digitales, mais aussi des talents créatifs dotés d’intelligence émotionnelle pour innover et se reconnecter avec les assurés. Plus encore, pour devenir une véritable organisation bionique, la clef est de pouvoir réconcilier et combiner ces talents techniques, technologiques avec les talents centrés « expérience, émotion ». Trop souvent ces compétences, quand elles existent, sont « silotées » (par exemple actuaires d’un côté, marketing de l’autre). L’avenir est aux assureurs qui réussiront à combiner ces talents pour les faire véritablement collaborer ensemble.

Dans ce contexte, les assureurs cherchent également à acquérir des start-up, à s’associer avec des partenaires innovants et à encourager les projets d’open innovation auprès de leurs collaborateurs afin d’attirer les talents de demain.

RegTechs

Avec la surréglementation comme élément de préoccupation numéro des 1 des assureurs, les « RegTechs » apparaissent comme une solution incontournable pour aller de l’avant.

Le temps du « chèque en blanc » pour traiter les nombreux sujets de conformité est terminé pour la plupart des assureurs. Les RegTechs apportent de nombreuses solutions : réduction du coût de traitement mais aussi renforcement de l’efficacité des processus réglementaires et donc réduction des risques de non-conformité. Les problématiques autour du « Know Your Customer » ou du profilage client en voient déjà les premiers effets.

À moyen terme, on voit encore de plus grandes opportunités avec les nouvelles générations d’analytics prédictifs et d’intelligence artificielle qui vont transformer la capacité des assureurs à détecter, anticiper et empêcher les risques réglementaires. Les possibilités offertes par les RegTechs concernent par exemple le scanning de signaux faibles permettant de prévenir le risque de crime financier ou la prévention des fraudes a l’assurance par des techniques de détection d’images fictives. Les liens resserrés entre assureurs, courtiers et grands fournisseurs technologiques donnent un élan majeur à l’essor et l’implémentation des RegTechs.

Stratégie d’innovation

Les assureurs traditionnels se transforment et cherchent des opportunités en dehors de leur entreprise.

Malgré les menaces identifiées, plus de la moitié des assureurs pensent que l’innovation doit devenir un élément central de leur stratégie. Ils perçoivent et comprennent désormais mieux les avantages que les activités des AssurTechs peuvent apporter à leur secteur (développement de produits et de services, augmentation de la base de données clients, optimisation des capacités analytiques…) sur l’ensemble de la chaîne de valeurs. Pour cela, ils ont développé des stratégies d’incubation, d’investissement, ou de partenariat avec les AssurTechs. Ces stratégies varient bien sûr selon chaque assureur, mais reste la nécessité de changer la culture et la structure d’organisation des assureurs pour porter l’innovation. Aucun assureur n’aura la taille et la capacité d’adresser seul l’ensemble des problématiques. Le lien avec l’écosystème des AssurTechs est donc crucial. À quel point les assureurs sont-ils préparés à cette transformation culturelle et technologique ? Quel niveau d’expérimentation sont-ils prêts à accepter avec les AssurTechs ? La réponse à ces deux questions fera certainement la différence entre les pionniers de l’assurance « bionique » et les autres.

[1] Ces chiffres sont issus de la 21e édition de la CEO Survey, dont le focus Assurance a été publié le 30 mars dernier.

[2] Insurtech Survey publié en juillet 2017.

 

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Des start-up renouvellent la distribution et les offres d’assurance

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